Mardi 19 février, 2008...2:26

Guérini et Gaudin draguent les gays et les lesbiennes pour les municipales de Marseille

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medium_drapeau-gay.jpgLes gays, combien de divisions ? C’est sûrement la question qu’ont dû se poser les deux principaux candidats à la mairie de Marseille avant leur entrée en lice officielle. Tout nous fonde à croire que, selon les statistiques, dans les villes de plus de 100.000 habitants, ils sont entre 8 et 15% (8% selon les anti-pacs, 12 à 15% selon les affirmations des associations LGBT, pro-gays, qui fondent leurs chiffres sur la multitude des bi-sexuels mariés ou non qui ne déclareront jamais leur appartenance, et pour cause…, les chiffres officiels les situant à 10%), autant dire la seconde communauté de Marseille, par exemple, après les musulmans.

De quoi prêter l’oreille, sans nul doute. Force est de constater que, pour la 1ère fois lors d’une élection municipale, nos édiles se livrent, charment et disent. Plusieurs exemples. D’abord, fait incroyable pour les observateurs que nous sommes, un entretien de Jean-Claude Gaudin et de Jean-Noël Guérini dans le Têtu du mois de février, le mensuel national des gays et des lesbiennes. C’est-là, selon-nous le plus grand succès de la cause. Jamais, dans les élections municipales précédentes, surtout à Marseille, un quelconque candidat n’aurait osé. C’est un bon curseur comparatif pour l’évolution sociologique de notre vivre ensemble.

Gaudin, un gay friendly très mal dans sa peau
Donc le maire UMP sortant et son opposant, Jean-Noël Guérini, se livrent dans le même magazine, au même moment, la même journée paraît-il. Curieux échange non-croisé. Qu’apprend-ton ? D’abord une souffrance du maire sortant. Celle d’avoir été “l’objet d’attaques personnelles assez vives, souvent sous la ceinture”. Pourquoi? Nous ne le saurons pas… Et chacun est libre de dire ou de taire ce qu’il est. Respect. On sent néanmoins une profonde schizophrénie entre l’homme qui fait tout pour aider la cause gay, il délie : “nous étions parmi les premiers à faire voter des subventions pour des association homosexuelles en faveur de la prévention”… Les gays étaient-ils donc tous malades du Sida? “Depuis que je suis maire, la municipalité apporte son aide matérielle et logistique à la gay pride”, non sans ajouter “nous participons également au festival de films gay & lesbien “Reflets” au cinéma des variétés.” Tout cela est vrai, Marseille a été l’une des villes dont le consensus entre toutes les collectivités territoriales a aidé à la normalisation et l’indifférenciation très méditerranéenne de la sexualité entre même sexe. Plus encore, Jean-Claude Gaudin, envers et contre tous ses amis, s’est porté garant du respect des gays dans sa ville, il faut le dire parce que c’est heureux. Banco ! Sauf que ses positions “grand-écart” au niveau national valorisait l’inverse Au point où il nourrissait l’incroyable pour sauver l’image du porte-cierge catholique, version Pie X, en faisant des clins d’œil locaux, manière de dire : “Tenez-bon, suivez-moi dans mon paradoxe !” Un fait quand même : celui du festival “reflet” qui a vu sa faible subvention annulée pour raison administrative ces derniers jours.

Point de détail sûrement. Vendredi soir, son 1er adjoint, Renaud Muselier, de renommée très conservatrice, l’ami du député Vaneste, condamné pour homophobie, est venu s’expliquer devant 25 gays aphones, lui qui avait signé une pétition contre l’adoption pour les couples de même sexe et contre le mariage gay, un pourfendeur du traditionalisme électoral à l’assemblée nationale. Nous y étions. Qu’a-t-il dit ? Faisons table rase du passé, je suis venu vous dire que j’ai compris. Nous avons fait des erreurs ! Pas moins que ce que son patron confirmait dans Têtu : ” Les hommes politiques sont souvent appelés à changer de positions… Je pense que les enfants de Renaud Muselier le font évoluer…” Schizophrénie absolue… entre un électorat conservateur , très catholique traditionaliste, voire opusien, qu’il convient de garder dans sa besace, et ce que l’on est, le gouffre de l’hypocrisie s’inscrit dans les interstices des stèles chimériques des églises de chacun. Bon, on ne peut qu’en appeller au jugement dernier, celui qui importe, bien au-delà du bulletin de vote. Mais enfin pourquoi? Le songe pourfend… Pour trop le comprendre…Quel malheur pour celui qui le vit, quelle autoroute à côté de son honnête vie…

Guérini affirme : ” je veux que les gays et les lesbiennes sachent qu’ils seront aimés par le maire de Marseille !
Alors voilà un autre catholique pratiquant. Corse qui plus est, très loin de la culture gay qu’il n’a jamais effleurée, sauf à l’aune de l’élection municipale. Qu’il y ait vu l’intérêt de l’électorat gay, sur le tard, lui appartient, pas de jugement, c’est sûrement vrai. Rien de plus simple à comprendre. Néanmoins, on peut en témoigner, l’homme a contourné, séduit, jamais affronté, son questionnement. Au point où, un jour il livre aux inconnus que nous étions : “vous ne me connaissez pas, vous avez des idées préconçues, j’ai vécu les limites de ma vie en janvier dernier, j’étais sûr d’y rester, laissez-moi vous dire si vous le voulez…” Il venait de vivre une opération à cœur ouvert. Il nous confie ses lectures des œuvres fondatrices bouddhistes, sa conscience de la précarité de la vie. Convainquant, force est de l’admettre…

Pour autant, que dit-il? Contrairement à son adversaire, il trouve insupportable que les gays s’unissent dans les caves d’un tribunal d’instance . Est-il prêt à changer les choses à Marseille? Non, il respectera les lois de la République, non sans savoir qu’il faut les faire bouger pour qu’elles évoluent… Bien d’autres maires en ont pris l’initiative tant l’insupportable se conjugue à l’inacceptable.Tant le taux de mariage fond comme neige au soleil, face à la montée en puissance desdits Pacs, très majoritairement hétérosexuels d’ailleurs. Autant dire que les gays sont encore loin de pouvoir s’embrasser sous les seins pulpeux de Marianne… L’adoption ? Il constate que son concurrent y est favorable. Pas de surenchère, lui réfléchit. Pourtant chacun sait que notre système actuel est hautement hypocrite, n’importe quel célibataire peut adopter en France, là n’est plus la question, le point est le sésame de l’agrément et il se trouve qu’être concrètement gay devient rédhibitoire. Alors que deviendront les conjoints et conjointes des 250 000 enfants de parents gays dans notre pays ?

Néanmoins, la personne en charge de ces questions dans les Bouches-du-Rhône, Marie-Arlette Carlotti a écrit publiquement qu’elle s’alignerait sur les récentes décisions européennes dont elle a soutenu le fond et la forme. Plus encore elle l’a écrit et le fait savoir à qui veut l’entendre. Elle a raison selon nous. Vont-ils se comprendre ? Sûrement, comme le candidat de gauche aime à le dire, en matière d’idées, tout évolue, rien n’est figé. Son opposant, sur le tard, l’admet aussi. Tous ont fait fausse route et, contraints, admettent l’évolution naturelle de la société. Le reproche est qu’ils n’en n’ont pas été le moteur.

Pour autant, on peut reconnaître à Guérini d’avoir choisi de porter, urbi et orbi, ses choix. Il a décidé de mettre en lumière Christophe Lopez, Vice-président du syndicat national des entreprises gay (Sneg), sur ses listes. Il ne cache pas son amitié pour lui. Plus encore, il publie sur son blog son entretien à Têtu, d’ailleurs l’un des articles les plus commentés. L’homme à sans nul doute compris les enjeux.

Bref, on semble être à un carrefour de normes, voire de normativités. Mais où est l’élan que l’on constate à Paris, Berlin, Londres, New york, Montréal ?

Marseille pour les gays, c’est mieux mais ce n’est pas encore gagné !

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