Sarkozy sur Tf1 : un exercice bien rôdé qui oublie les sujets qui fâchent !

http://www.orange.frJ’ai regardé, aujourd’hui sur le site web de Tf1, comme des millions de français avant-hier en direct, la première intervention télévisée du président Sarkozy. C’était un rendez-vous important pour comprendre quel cap politique, sous-tendu par quelles mesures, il souhaitait donner au pays. Pour l’heure, nous n’en avions que les contours, enrobés par un grand nombre d’effets d’annonce médiatiques et électoraux, pas tous très heureux d’ailleurs…

Je dois bien avouer que j’ai trouvé l’homme captivant, convaincu, motivé. En bon professionnel, il a parfaitement maîtrisé l’exercice de communication. Pour un entretien de président, chez lui sous les dorures élyséennes, le ton a nettement changé, il s’est détendu, est devenu moins technique et plus accessible. Loin, très loin, d’un Chirac auto-bronzé, figé derrière son bureau. Ce faisant, le ton s’est aussi auto-centré, personnalisé à l’extrême, on ne compte plus les « je », « moi, je », « moi », « moi-même » à défaut d’entendre le « nous » et le « ensemble » que nous attendions. Néanmoins, j’ai été étonné de constater que l’émission avait duré plus d’une heure. Dense et bien rythmée, je l’avais estimée à une demie heure tout au plus. L’affaire est donc opératoire et efficiente.

Tf1 chez elle à l’Elysée ou l’inverse ?
C’est bien le problème d’ailleurs car je ressors de cette émission mal à l’aise, suspicieux. Ce n’est pourtant pas dans ma nature. Comme si l’exercice avait été trop bien rôdé. Le choix de Tf1 d’abord quant on sait que Laurent Solly (l’ancien chef de cabinet de Nicolas Sarkozy au ministère de l’Intérieur, qui fut aussi son directeur de campagne adjoint) vient d’être nommé directeur général adjoint de la première chaîne. Peut-être n’en est-il rien, mais je ne peux me défaire de cette idée de collusion, de mélange de genres entre le pouvoir politique et le monde de la communication, des médias, des amitiés journalistiques. Le ton flagorneur des deux caciques du 20h de Tf1 ne m’a pas aidé à m’en affranchir. Le fait que le journal du soir soit présenté depuis le palais présidentiel me laisse encore songeur, pour ne pas dire plus…Tout cela n’est pas sain, c’est excessif et dangereux en termes de manipulation, surtout lorsque le discours se fonde sur la transparence : « je ferai ce que j’ai dit ».

Comment refuser les franchises médicales ? Nous serons tous malades !
Pendant que les drapeaux français et européen flottaient au vent que laissait pénétrer la fenêtre ouverte sur le parc, le président ne se départissait d’un sourire rassurant en enchaînant les métaphores vulgarisatrices, les paraboles simplifiantes. Bien rôdé disais-je…
Les quatre franchises médicales de 10 euros non remboursées et laissées à la charge de l’assuré social? Toutes les familles de France vont être confrontées à la maladie d’Alzheimer, aux cancers et, par conséquent, aux soins palliatifs où notre pays est très en retard, tout cela à un coût, répond-il sans ciller ! Là, je dois dire que je suis sorti de mes gonds… Trop c’est trop ! L’exercice confine à prendre les citoyens pour des gorets, des machines à s’engraisser de mots sans comprendre leur sens.
Loin d’être rassuré par la prestation d’hier soir, je suis furibard. Les franchises proposées, dont tous les français vont devoir s’acquitter, quel que soit leur niveau de salaire, lorsqu’ils iront voir leur docteur, faire une analyse de sang, acheter leurs médicaments ou être hospitalisés, ne financeront en rien telle ou telle pathologies. Même celles qui font pleurer dans les chaumières des téléspectateurs et qui jouent sur la sensibilité collective et l’hypra-émotionnel. La méthode est indigeste, voire indigne…

Le pire aspect de cette décision présidentielle c’est qu’elle va faire fuir un grand nombre d’entre nous du système de soin, faute d’argent. Beaucoup préfèreront ne pas aller consulter lorsqu’ils seront malades, qui intègreront l’idée qu’aller voir le docteur est devenu un luxe. On le sait tous d’expérience, ne pas prévenir la maladie, c’est découvrir trop tard une pathologie lourde et coûteuse. Ce n’est d’ailleurs pas l’accès au soin des familles qui creuse le déficit, mais l’allongement de la vie, l’augmentation du coût des traitements et surtout la politique tarifaire presque « sauvage » des laboratoires pharmaceutiques. Or, sur les rapports santé publique/politique tarifaire des laboratoires, le président est resté coi, il n’a pas pipé mot ! Ce projet est injuste et inefficace, il ne fera que baisser, une fois de plus, le pouvoir d’achat des plus modestes.

La dette ? Quelle dette ?
Autre sujet qui fâche et sur lequel M. Sarkozy est resté étrangement silencieux, c’est la dette publique qui atteint des sommets. Ce qui était prioritaire pendant la campagne semble ne plus l’être une fois aux fonctions. Certains de ses amis s’en inquiètent justement. Le chiffrage des mesures annoncées est presque impossible à établir, peu s’y risquent, pas même le gouvernement dont les estimations varient, non du jour au lendemain, mais du matin au soir, notamment sur les allègements fiscaux ou les heures supplémentaires. Quoi qu’il en soit, il avoisinera, peu ou prou, les 40 milliards d’euros.

Le matin même de l’intervention télévisée du Chef de l’Etat, on apprenait, de la bouche même du président de la Cour des comptes, M. Philippe Seguin, que le déficit français des comptes courants s’était creusé à 22,4 milliards d’euros l’an dernier, contre 15,7 en 2005. « En valeur absolue, ajoutait-il, le déficit reste deux fois supérieur à son niveau de 2001. »

La communication bien rôdée, qui tend parfois à la claire manipulation, a donc de beaux jours devant elle, jusqu’à quand ? Attention au grand écart entre la forme et le fond. Gare aux réveils douloureux entre les attentes, immenses, générées par les mots et la réalité des faits. L’échec serait catastrophique, la déception irrémédiable.

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1 commentaire

Classé dans Economie, Général, Politique, Social

Une réponse à “Sarkozy sur Tf1 : un exercice bien rôdé qui oublie les sujets qui fâchent !

  1. Notre Président Nicolas SARKOSY excelle dans lart de la communcation et se sert des médias comme un outil.
    Avant de juger, laissons le temps à ce gouvernement, à cette assemblée de travailler et attendons les résultats.et de prendre les bonnes décisions pour le bien être de tous.

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