Municipales 2008 à Marseille : l’usure et l’attente qui dure

marseilleenscene.blog.20minutes.frA neuf mois des élections municipales de Marseille, la vie politique est comme en apesanteur. Elle est confrontée à une double énigme : la menace de l’usure pesant sur l’équipe sortante et l’illisibilité de la stratégie politique à gauche. Les choses devraient certes se décanter dès les premiers jours de juillet où Jean-Noël Guérini devrait se déclarer ou pas sur son cas personnel. Quand bien même, cette clarification faite, les données du problème ne seraient guère modifiées.

Pour des raisons simples. Jean-Claude Gaudin, au-delà même de son bilan, que les uns trouveront bon et les autres bien maigrelet, amorce le dangereux tournant de la troisième mandature. Ce tournant en épingle est généralement le plus dangereux. C’est à cet endroit que l’on récolte soit les fruits de son investissement ou au contraire l’addition des illusions perdues. S’il peut se targuer de résultats probants en matière de chômage, avec une réduction de dix points en l’espace de douze ans (la question de savoir quelle part Gaudin a pris dans cette réussite sera tranchée par les experts), le maire de Marseille peut baisser les yeux sur trois sujets qui vont lui pourrir la vie : le logement, la saleté de la ville et les transports en commun.

Derrière le paravent commode du fameux incivisme marseillais (il est certain que si l’on ne fait rien pour changer les choses, elles resteront en l’état, voire empireront…), la saleté de la ville que les caméras de Plus belle la vie évitent, progresse. Sur le logement, il est clair que le maire n’est pas responsable de la flambée des prix. Mais il dispose d’une arme absolue pour parer aux pires dérives : la signature des permis de construire, l’inscription d’un quota de sortie d’un pourcentage de logements sociaux sur chaque opération immobilière. Nous n’appartenons au Jurassik Park de la gauche messianique, nous comprenons parfaitement que les cols blancs, vecteurs de développement économique pour une ville qui en a besoin, ont besoin de se loger sur la ville. Mais comment accepter l’idée que les attentes de la population, du Rmiste au col blanc, ne fassent pas l’objet d’une réponse ajustée. Quant aux transports collectifs, les fanfares grégaires autour du tramway redondant qui permettront aux élus UMP de figer quelques instantanés pour leurs clichés électoraux ne trompent que les émotifs : la priorité des priorités, c’était d’abord l’achèvement de la L2 puis le prolongement des lignes de métro. Mais il est vrai qu’un joli tramway, ça en jette sur le papier glacé…

Au-delà d’un bilan facilement contestable, le maire est confronté à l’usure de sa dream team : Guy Teissier est au bord de la crise de nerfs et ne se prive pas, dès qu’il le peut, de dire tout le bien qu’il pense de l’action de « la mairie du Vieux Port » ; depuis sa campagne régionale ratée en 2004, Renaud Muselier rame pour retrouver son aura de dauphin (il se murmure que sur le sujet, Bruno Gilles, son ami « fidèle », présente une analyse très fine de la situation en cercles fermés…) ; et Roland Blum, le fidèle bédouin, ne colle pas aux particularismes cako-pagnolesques de la communauté marseillaise (vous croyez sans doute que nous cédons à une méchante exagération mais nous vous promettons, le doigt sur le click, que, dans les incubateurs politiques marseillais, cette notion de « marseilleïté », difficile à définir car scientifiquement fragile, est débattue. Pour aller vite, un intello qui aurait le malheur d’avoir quelques compétences et une tête épousant les formes de l’œuf giscardien serait voué au crash à Marseille). Bref, s’il veut rejoindre la présidence du Sénat, Gaudin doute des capacités de ceux qui peuvent prendre le relais.

A gauche, on attend donc la fumée blanche du côté du vaisseau bleu du Conseil général. Ira-t-il ? N’ira-t-il pas ? Guérini se tâte, consulte, numérote ses abattis. Dans le cas contraire, Sylvie Andrieux tiendrait la corde, Patrick Mennucci étant l’outsider de luxe. Mais pour quelle politique ? Où en est le comité d’experts mis en place par le Parti socialiste ? A-t-il trouvé sa légitimité ? Entraînera-t-il la dynamique tant espérée ?

L’électorat de gauche marseillais, dont on dit que les bobos penchent plutôt Modem que Guérini, est confronté à plus de questionnements que de certitudes. Les choses évolueront, bien sûr ; le débat aura lieu, bien entendu ; quelle intensité atteindra-t-il ?
L’heure est à l’été, aux cigales, propices à l’assoupissement. Le grand dévoilement des cartes est prévu pour début septembre.

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7 Commentaires

Classé dans Economie, Général, Les grands projets, Municipales 2008, Politique, Propreté, Social, Transports

7 réponses à “Municipales 2008 à Marseille : l’usure et l’attente qui dure

  1. Bonjour,

    Merci pour l’analyse, car à l’heure où des réformes nationales d’ampleur vont être voté en katimini pendant l’été, d’autres ont sorti les couteaux de sous les transats, et pensent déjà beaucoup à mars 2008 😉 …

    Petite remarque loin du clivage locale, le PS ayant remisé sa rénovation au printemps 2008 (après les municipales), la gauche part avec un logiciel dépassé qui a une nouvelle fois échoué en 2007. Ce n’est pas très honnête vis à vis de l’électeur qui désirerait une alternative crédible avec un projet cohérent … La sociale démocratie française est condannée à attendre la prochaine décennie (et la mort des éléphants ?).

    Sur le niveau local, on en est toujours à essayer de faire du neuf avec des vieux. JC Gaudin, JC Guerini, M. Vauzelle, … les chefs de clan ne brillent pas par la jeunesse de leurs idées, ni par celle de leurs pratiques …

    A mon sens, ce qui manque aux logiciels de la politique marseillaise, c’est l’incarnation de l’intérêt général dans une interaction d’ouverture. La seconde ville de France se regarde trop souvent le nombril. Elle est rongée par le clanisme et le clientellisme, incapable de soutenir la comparaison dans l’action avec bien d’autres grandes métropoles européennes, pour l’adaption aux changements du 21ème siècle.

    Il y a un enjeu important pour la prochaine mandature 2008-13 : l’accord de libre échange euroméditerranéen qui interviendra en 2010. C’est une immense opportunité pour la métropole marseillaise, qui est en elle même un concentré de mondialisation et de méditerranée. Une chance pour ses filles et fils du soleil qui ont une double ou triple culture, une chance pour la terre d’azur qui les a vu grandir que de bâtir des ponts et passerelles, de tisser une relation plus intense (commerciale, industrielle et culturelle) avec l’autre rive de la méditerranée…

    Cela exige une vision politique qui dépasse les petits enjeux de pouvoir au sein des paniers de crabes. J’ai tendance à penser que l’on ne fait pas du neuf avec des vieux, et que quel que soit le camp qui gagnera en 2008, ce sont les marseillais qui seront abandonnés à de vaines promesses… Ce ne serait pas grave si l’on n’y jouait l’avenir.

    Salutations,
    Héloïm Sinclair

  2. Bonne analyse de l’avenir de Marseille
    Il faut une rupture , un troisième mandat GAUDIN , non merci , j’ai déja donné
    Le sursaut s’impose , les Marseillais , ne doivent pas se faire manipuler par la politique  » paillettes »

  3. Renée

    2 mandats de maire à Marseille comme ailleurs, c’est suffisant et cela évite le cliantélisme tant décrié…
    Bon, le Président du CG13 ne s’est pas encore prononcé….
    Mais pourquoi pas une femme, jeune, marseillaise, bien expérimentée et qui réussira l’alternance comme elle a réussi toutes ses élections..!

    Que pensez-vous de Mme S. ANDRIEUX ?

  4. Le MoDem a Marseille ne pourra exister qu’en éliminant Jacques ROCCA SERRA autrement il sera toujours à la botte de Jean-Claude GAUDIN.
    Rocca Serra est trop inféodé à Gaudn, il lui doit tous ses mandats et le deal avec Gaudin était de maitriser l’UDF avec le MoDem cela commence à se compliquer pour ROCCA SERRA. Les langues se délient.
    L’arrivée des verts, de Cap 21 est un vrai plus pour le MoDem et surtout en PACA ils permettront de clarifier les choses et de ne plus laisser faire.
    Beaucoup de gens sincères n’étaient plus motivés en Provence et un nouveau regain viendra à la rentrée pour repartir sur des bases saines avec des gens sincères.

    Je crois en l’avenir du MoDem et vive le MoDem

  5. A Renée, l’alternance ne peut pas être incarnée par la fille du Sénateur Andrieux, issue de l’époque Deferre et de ses méthodes.

    Pour moi, une seule personne peut réunir les différentes composantes de Gauche à Marseille, les différentes sensibilités du PS et faire converger les énergies de Marseille, c’est Marie-Arlette Carlotti, la députée européenne et Vice-Présidente du Conseil Général 13.

    Lançons le mouvement, lançons la mobilisation des forces de gauche pour que Carlotti nous représente et construise un projet d’opposition pour gagner Marseille.

    Etienne Luzin

  6. jack

    Les vieilles recettes éculées de Gaudin sont trop connues… il commence à prendre les marseillais pour des naïfs! En face c’est pas mieux…Guerini, Menucci; ça vole si bas! Il reste une troisième (Voix) voie.
    Celle de la société civile qui bouge et qui sanctionne.
    A nous de trouver des « leaders ».Il faut faire vite!
    Jack

  7. suzie

    Je partage votre analyse mais je crois que la droite marseillaise a encore un coup d’avance : alors que la gauche n’a pas encore désigné son candidat contre Gaudin, la droite est en train de régler les désignations de ses têtes de listes dans chaque secteur. En septembre, la droite malgré un bilan calamiteux sera en ordre de bataille et la gauche en bataille pour la lutte des places (ça ne vous rappelle pas les présidentielles…).
    Je crois que la gauche est une nouvelle fois résignée et espère simplement récupérer Marseille…en 2014 en espérant que la droite se déchirera pour la succession de Gaudin comme la gauche s’est déchirée à la mort de Deferre.

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