Municipales 2008 – Marseille : la presse marseillaise muselée ? A l’heure du non-débat acrobatique selon Stéphane Menu

pressepaca.jpgAvec l’aimable autorisation de Stéphane Menu, ancien patron du Pavé de Marseille (publication indépendante qui fut, en son temps, très lue dans les sphères politiques et, plus généralement, de pouvoir), nous publions ses propos qui rejoignent en tous points les nôtres sur l’improbable indépendance éditoriale de la presse marseillaise. Le rachat de La Provence par le groupe Hersant, en pleine campagne électorale municipale, et le placement des plus proches de Jean-Claude GAUDIN aux postes stratégiques dans le nouvel organigramme du quotidien « phare » local, nous scandalise aussi. Vive Internet pour dire ce que l’on tait, pour faire émerger l’indicible puisque personne n’ose en parler, et pour cause… Alors faites-vous votre opinion, le papier de Stéphane Menu vous y aidera tant il est mesuré. Nous n’avons sûrement pas ce talent et cette distance pour crier l’insupportable !

A l’heure du non-débat acrobatique

« L’ennui, avec le Canard Enchaîné, c’est que c’est tellement gros qu’on a parfois du mal à le croire. Ainsi, lorsque l’hebdo satirique décrit avec force et détail le contenu du repas d’adieu de Stéphane Duhamel, ex-pédégé de La Provence, viré avec Gilles Dauxerre, ancien directeur de la publication, par le nouveau propriétaire du journal, Philippe Hersant, repas organisé à la mairie par Jean-Claude Gaudin. Ce dernier lui a d’abord assuré qu’il n’était pour rien dans son départ. Le maire de Marseille, aidé en cela par Christian Estrosi, avait beaucoup milité pour le retrait de Lagardère de ses journaux du Sud (Nice Matin, La Provence, Corse Matin…) ne se traduise pas par l’arrivée du groupe britannique Mecom mais plutôt par celle de Philippe Hersant.

Et, en effet, le Hersant en question a tout de suite rassuré Gaudin sur sa docilité : il a ainsi embauché Bruno Genzana dans une de ses filiales, le gratuit ParuVendu. Genzana n’est autre que le chef de file de l’UMP au Conseil général présidé par Jean-Noël Guérini, opposant socialiste à la mairie de Marseille. Dans la foulée, le décidément très compréhensif Hersant a recruté Guy Philip, ancien directeur de la communication de Gaudin, pour diriger le Groupe Hersant Médias (GHM), structure qui chapeautera les journaux rachetés à Lagardère. Bien entendu, que les esprits mal placés soient châtiés, l’homme en question n’aura aucun regard sur le contenu éditorial puisqu’il sera en charge du développement. Mais là, tout de même, la coïncidence est troublante.

A Marseille, il existait avant une presse d’opinion, un peu balourde, dont je vous conseille la lecture, histoire de balayer cette catin de nostalgie qui veut nous faire croire qu’avant c’était mieux. Pas une Une du Provençal sans que le Lion Defferre n’y jette un œil (maire de Marseille et, occasionnellement, ministre de l’Intérieur). On évoque le souvenir parfois avec une pointe de larme au coin de l’œil, pour poser le personnage. Le Méridional a été un torchis raciste sous l’impulsion de sieur Domenech. Mais la droite gaudiniste donnait elle aussi ses petits coups de fil pour tancer des journalistes récalcitrants. Et les supérieurs descendaient des étages pour recadrer la « charte » rédactionnelle : lui, c’est un ami ; lui, non… Un petit mot sur La Marseillaise où, quand le PC est tonitruant sur Marseille, la moindre virgule était pesée à l’angström par le comité central local. La liberté de la presse locale, c’était déjà du pipeau. Et même Le Pavé, que j’eus l’immense honneur de mener vers sa fin annoncée, dut faire, soyons honnêtes, quelques petites acrobaties sémantiques pour que les pouvoirs industriels et politiques ne retirent pas leur pub.

Aujourd’hui, à l’heure des fusions, la mise sous tutelle est plus pernicieuse. Car la presse locale n’est plus lue. Elle tient essentiellement grâce aux pages de pub. Alors, en arrière-fond, l’information est sous-pesée, les dossiers de fond expédiés aux oubliettes, les évidences contournées, etc. On regarde ailleurs. On évoque autour du café entre journalistes la chimère d’une presse courageuse qui ne serait qu’une presse normale. C’est ainsi.

Les bons journalistes font autre chose, se convertissent à d’autres pratiques. Le champ est libre pour Hersant et compagnie. Le plus triste avec ce type d’infos publiés dans le Canard Enchaîné, c’est sa manière de couler, de passer, de ne rien accrocher au débat sur Marseille, comme si nous vivions dans une contrée profonde de la Sibérie et que le Canard Enchaîné avait du mal à y être acheminé. Comme si cet article intitulé « Gaudin joue déjà à la belote avec Hersant » dans l’édition du 30 janvier, posant un regard inquiétant sur l’état de la démocratie à Marseille, ne nous concernait pas.

Comme si nous avions admis qu’il ne servait plus à rien de se battre pour s’occuper de cette petite proximité d’en bas de chez soi. Comme si nous avions admis que, du Canard Enchaîné ou de Jean-Claude Gaudin, le menteur, l’excessif, c’était le premier. A ce rythme, face à notre passivité, à notre pusillanimité, nous basculons progressivement, sournoisement, dans le non-débat, dans une presse camomille qui sert à endormir tout le monde, qui sert à anesthésier les antagonismes, qui sert à se convaincre qu’il ne sert à rien de s’exciter pour quelques arpents de dignité humaine gagnés sur les puissances de l’argent et des réseaux qu’elles alimentent. Les journalistes de La Provence font ce qu’ils peuvent.

Le Syndicat national des journalistes s’est ému de l’article, a réclamé des garanties sur l’indépendance des journalistes. Ils font ce qu’ils peuvent, le minimum syndical (les journalistes de La Tribune s’étaient mis en grève). »

Stéphane Menu

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4 Commentaires

Classé dans Général, Ils ont dit, Municipales 2008, Politique, Pour vous faire votre opinion

4 réponses à “Municipales 2008 – Marseille : la presse marseillaise muselée ? A l’heure du non-débat acrobatique selon Stéphane Menu

  1. sylvain

    il faut vraiment arrêter avec cette paranoia.
    Vous dites que La provence a « changé de mains » ce qui sous entend qu’elle était jusque là alors hostile au maire en place, ce que l’on pouvait voir dans la majorité des articles orientés contre gaudin et son équipe!
    La gauche est mal placée pour parler d’emplois à ses amis, notamment par le biais du conseil général qui est la vache laitière du réseau guérini pour employer les collègues et augmenter le clientélisme

  2. Pingback: Blog - Vartan Arzoumanian » A Marseille, toute la presse en parle…

  3. Point Virgule

    « Votre commentaire est en attente de modération »

    Vous lisez ci-aprés cette réponse qui n’a pas l’air du tout d’être du goût du modérateur (aux ordres d’une équipe qui croit réussir maintenant).

    Entièrement d’accord pour les bonnes critiques ; d’ailleurs si cela ne convient pas à cette équipe, le modérateur ne se gêne pas et élimine les vérités qui dérangent…
    C’est vraiment un choix dangereux en démocratie de n’accepter que ce l’on veut “bon pour soi” et non les autres situations….

  4. CAYOL

    MARSEILLE
    Elections municipales des 9 et 16 mars 2008

    Infractions à l’Article L 51 du code électoral, réprimées par l’article L 90
     
    Des citoyens protestent contre le déluge d’affichage électoral au seul profit de Messieurs Noël GUERRINI et Jean Claude GAUDIN par des avalanches successives, pluri quotidiennes, d’affiches sur les panneaux électoraux attribués à l’ensemble des candidats avec numéro tiré au sort.

    Ils ne laissant aucune panneau aux autres candidats dont leurs panneaux sont portant officiellement attribués par le Préfet, et réservés.

    Les hordes d’afficheurs de messieurs GUERRINI et GAUDIN, collent systématiquement sur les panneaux des autres, ce qui est une infraction à l’article L 51 du code électoral, réprimée par l’article L 90.

    Sur l’ensemble de tous les panneaux, au lieu de voir les affiches de chaque candidat, ce qui permettrait à la population de les connaître, on ne voit pratiquement que les affiches de messieurs GAUDIN ET GUERRINI, autant de fois qu’il y a de panneaux, c’est à dire, de candidats.

    On ne voit pratiquement que ces deux candidats dans toute la ville; ils se comportent en privilégiés abusant de leur pouvoir.

    Il est stupéfiant que ces deux sénateurs se rendent coupables de telles infractions à leur profit, au préjudice des autres candidats et de la clarté électorale, alors qu’ils devraient donner l’exemple par le respect de la loi.
    L’un d’eux, monsieur Jean Claude GAUDIN, maire de la ville, est chargé de la police municipale.
     
    Où prennent-ils l’argent pour s’accorder de telles dépenses, au moment où tant de familles souffrent, à Marseille, d’un pouvoir d’achat réduit … ?

    MEDIAS
    Les citoyens protestent aussi énergiquement contre le déluge médiatique discriminatoire, opéré par les journaux écrits, audio et audio visuels, en faveur de messieurs GUERRINI et GAUDIN, au détriment d’une informations complète et honnête, à laquelle ont droit les électeurs, si nous sommes toujours en démocratie, en République, ce qui est devenu douteux à Marseille, en matière électorale …

    Depuis 2 mois on ne voit que ces deux candidats sur les grands medias (1) locaux traditionnels, écrits, parlés ou audio visuels, comme sur les murs de la ville de Marseille.

    De tout le département des Bouches du Rhône, il n’y a qu’à Marseille où l’on voit de telles infractions, aussi criantes.

    C’est honteux pour le maire de Marseille, d’autant plus que de précédentes infractions similaires ont entraimé plainte devant le Procureur de la République, faits dont a eu connaissance M Jean Claude GAUDIN qui avait conseillé de s’adresser au procureur de la République.

    Une lettre au Secrétaire Général de Mairie avait rappelé les devoirs du maire, au sujet de la police des panneaux électoraux

    Les élections des 9 et 16 mars 2008 sont truquées par la discrimination médiatique négative d’une publicité écrite, audio et audio visuelle orientée, et par affichage, comme pour le lancement commercial d’une marque; ce dont sont victimes les listes des autres candidats, non soumis au système de messieurs GUERRINI et GAUDIN .

    Ce comportement se fait aussi aux dépens du contribuable, puisque les frais de campagne électorale sont remboursables entièrement à tout candidat ayant fait au moins 5 %.

    Les abus de propagande par les affiches, les journaux; les medias audio visuels, empêchent d’autres candidats de faire 5 % et les condamnent à supporter les frais, ce qui limite les droits civiques

     Il n’y a pas de « petits candidats » mais des citoyens égaux en droit.
     
    Il doit y avoir respect intégral de nos principes constitutionnels
    Liberté pour tous les candidats de s’exprimer à égalité avec les autres 
    Egalité de temps et espace de parole et d’écrit pour chaque candidat
    Fraternité par respect des autres candidats.
     
    Les principes « Liberté, Egalité, Fraternité » inscrits dans notre constitution ne sont pas respectés !

    Ces pratiques sont discriminatoires.

    On bafoue la République !

    On bafoue démocratie !

    On bafoue l’esprit de justice !

    Des citoyens en sont profondément choqués, s’organisent pour protester et forment

    UN COMITE CITOYEN DE VIGILANCE ELECTORALE FAIT APPEL A LA JUSTICE ET AU PEUPLE. 

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