Gaudin est maire, Guérini en embuscade ou en premier ministre ? Le centre renaîtra-t-il à Marseille?

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Elle était touchante cette cérémonie démocratique et protocolaire du 3e tour de l’élection municipale de Marseille. Il y avait comme une intensité, une émotion visible dans tous les regards, dans les postures, presque romanesque. Une volonté de vouloir bien faire, de tamiser les risques de mauvaises surprises, de vivre honnêtement l’humilité et surtout, de prendre, quel que soit le camp politique où l’on se situât, conscience de la réalité du scrutin, la vérité des urnes.

Rarement le comptage des bulletins devant élire le premier magistrat de la ville, à été suivi avec autant d’attention, comme si l’impossible pouvait encore se produire. De part et d’autre, l’égrenage des bulletins, a fait retenir son souffle à l’assemblée… 47, 48, 49, 50, 51, c’est fait, Jean-Claude Gaudin est élu ! On sentait comme un « ouf » de soulagement collectif, comme si, jusqu’au dernier moment, cette victoire à l’arraché devait pouvoir être remise en cause par le secret des votes de ses amis politiques… Le maire sortant, étrangement ratatiné, se grandi spontanément, il sut désormais, qu’une charge énorme lui incombait et qu’elle était plus difficile que jamais. « Ah !!! » entendait-on dans l’hémicycle Bargemon.

Voir et comprendre, réaliser en somme…

47,48,49, Jean-Noël Guérini, fraîchement réélu la veille à la présidence du très riche Conseil général des Bouches-du-Rhône, réalisait qu’il n’y aurait pas, pour lui, de 50, et encore moins de 51. La lenteur du dépouillement fit subitement comprendre à celui qui a obtenu le meilleur score des progressistes marseillais depuis 25 ans, qu’il ne serait pas, au final de cette incroyable aventure, maire de Marseille. Il y eut, en ce moment, comme une réalité psychologique qui s’imposât. Une réalité dont, à la seconde, loin du tumulte d’une campagne qui fut l’une des plus longues de l’histoire de Marseille, le candidat de gauche discernait l’impitoyable couperet. Sans nul doute il sut qu’il s’était imposé comme le leader de l’opposition, il comprit qu’il était devenu incontournable et que rien ne pourrait se faire sans lui désormais. Après avoir bien épluché tous les résultats, les sondages, les études prospectives, les zooms qualitatifs… Il se convint du succès et du travail réalisé : réunir la gauche, ouvrir au centre, mobiliser les baronnies et séduire au-delà de ses frontières naturelles.

Tout le monde reconnaît l’excellence de sa campagne, aux premiers rangs desquels les plus fidèles UMP. Il a tenu sur la longueur, et son programme travaillé et chiffré sera, sans nul doute, repris en grande partie par Jean-Claude Gaudin, une aubaine pour le vieux cacique, dans le plus grand intérêt des Marseillais. Pour autant, on sent dans le regard de cet affectif, de ce catholique pratiquant, une prise de conscience, celui de la non victoire. Le début d’un vrai deuil. Lorsque le maire enfile l’écharpe républicaine, l’homme réalise soudainement qu’il est encore assis. Sûrement douloureux.

Les affres des derniers jours de campagne pour Guérini
Les derniers jours de la campagne ont été affreux pour les candidats, en particulier pour Guérini qui avoue en avoir été blessé. Rien ne lui aura été épargné, les tracts diffamatoires sur son nom (jouant de l’homonymie avec le chef de la pègre des années 40 et 50, nous avons même lu l’un d’entre eux qui prétendait que c’était son frère ! Sauf que lui-même est né en 1951…), les libelles en arabe distribués par grandes eaux dans les boîtes aux lettres sur la religion juive de sa femme et son opposition à la construction de la grande Mosquée de Marseille dans les quartiers musulmans ou supposés l’être (ce qui est faux, naturellement, il en est même l’un des principaux défenseurs), la manipulation de la presse notamment France 3 Méditerranée laissant filer, 3 jours avant le 2e tour, un reportage vidéo-trottoir l’accusant de toutes les bassesses avec mise en demeure tardive, c’est à dire après l’élection, du CSA (l’instance de régulation nationale de la presse audio-visuelle affirmant « qu’il ne fallait plus recommencer ! »), l’incroyable parti pris en début de campagne du quotidien régional, fraîchement racheté par le groupe Hersant, La Provence. Les incroyables inscrits Varois dans le secteur éligible de Guérini, qui laissent toujours songeur sur la propreté électorale qui ne sont pas sans rappeler, si elle sont avérées, les funestes méthodes du RPR pour emporter les « guerres » électorales avec des personnes aussi affables et peu amènes qu’un Charles Pasqua, expert peu regardant, dont les leçons font encore mouche semble-t-il. Les Giscardiens se souviennent encore des 13 millions de francs permettant d’éditer avec l’appui sans condition d’un Pierre Joxe socialiste, alors en charge de l’élection de François Mitterand, négocié dans une sombre cave du quartier latin parisien, du tract anti-giscardien, « Le petit télégraphiste de Moscou ». Quand aux supposés diamants… Infamants et stupides ! Un bon deal RPR-PS ! Dieu merci l’histoire sait faire naître la vérité, une bonne leçon. Tout se sait un jour et la vérité triomphe toujours… Malheureusement toujours trop tard, les historiens sont impitoyables de vérité, 20 ans trop tard, on ne saurait les en blâmer… Mais à l’aune de l’actualité électorale de Marseille, tout fait viande à nouveau et, en l’occurrence, assaisonnée à la morale « allégée »…

Un consensus salutaire, réel ?
Pour autant, le plus admirable de cette cérémonie fut l’envie de bien faire, réelle ou supposée, contrainte ou naturelle. Hormis les saillies inaudibles, violentes et hors de propos d’un Patrick Mennucci rongeant son frein, Jean-Claude Gaudin, en fin politique, sait qu’il ne pourra rien faire sans Guérini, le vrai patron de l’opposition. D’abord parce qu’il connait l’état financier de sa ville, exsangue, ensuite parce que son opposant est le président du riche Conseil général des Bouches-du-Rhône, et qu’enfin, selon lui, les Marseillais se sont reconnus dans nombre de propositions de son adversaire. Il tend donc la main, après avoir accordé tous les bureaux et les moyens à son opposition, gage de bonne volonté (information à vérifier dans quelques semaines…). Il ne sera plus le patriarche, maître du micro pendant la comedia dell’arte que furent ses conseils municipaux de naguère.

Immédiatement, il estime que le slogan de son opposant « Faire gagner Marseille » n’est plus antinomique avec son ambition de faire « Partager la réussite de Marseille  » (son slogan de campagne). Il avoue avoir « entendu pendant la campagne les attentes des Marseillais en matière de propreté, de logements, d’équipements sociaux, de qualité de vie ». Son programme ne pourra se réaliser qu’en « recherchant avec l’opposition une convergence de vues ». Le ton est donné, le fond de la mandature aussi.

Jean-Noël Guérini répond avec consensualité, à la hauteur de l’événement, en républicain démocrate. Il félicite d’emblée le nouveau maire, rappelle le nouvel état des forces, presqu’égal : 4 secteurs pour lui, contre 4 secteurs pour la majorité, et bombarde la criante conclusion : une fracture insupportable et dangereuse pour la Ville de Marseille. De fait, il souhaite une gestion de la ville plus « équilibrée », plus « juste. »

Non sans répliquer aux affiches, aux propos et aux slogans lancés par le candidat Gaudin durant la campagne et qui laissaient supposer qu’aimer Marseille équivalait à voter pour lui, Guérini rétorque que l’amour de Marseille appartient à tous, y compris lui, sans qu’aucun ne puisse s’arroger l’exclusivité dudit amour, sans monopole électoraliste ou patriarcal. Il affine, manière d’inviter son collègue à suivre ses propres prescriptions, qu’il n’est pas question que les idées développées pendant sa campagne « rejoignent le cimetière des rêves déçus ». Puisque Jean-Claude Gaudin a fait un pas vers lui, il en fait un aussi : « Le dialogue, l’écoute et le respect devront présider à la mise en forme et à la réalisation des projets sur lesquels nous serons amenés à travailler pour le bien des habitants. »

Jean-Noël Guérini pense à un syndicat mixte des transports, expérimenté dans les villes qu’il affectionne et dont il sait les réussites, Lyon et Barcelone entre autres, mais aussi pointe le « drame de la pauvreté, les retards dans certaines cités ou quartiers. » Dans un discours cadre où l’on se demande qui est vraiment le maire de Marseille, il donne le cap de ce qu’il convient de faire : « l’urgence nous commande de dépasser la loi commune et de mettre en place les outils qui favoriseront une marche en avant profitable à chacun. »

Une mandature impossible? Le centre renaîtrait-t-il à Marseille ?
Au final, nous voilà dans une mandature impossible et pourtant, peut-être, salutaire. Celle d’une cohabitation in vivo, in concreto. Gaudin effectuant son dernier round électif, il en sortira à 74 ans, et Guérini préparant sa future élection, rêve d’enfance, à la mairie de Marseille. Les deux hommes se respectent. Ils vouent à Marseille le même culte, la même passion, ils sont de quartiers différents, Guérini pour le populaire quartier du Panier, celui qui a su intégrer toutes les migrations, Gaudin, pour sa mairie de Bagatelle et Mazargue, les quartiers riches et bien pourvus. Ils ne sortent pas de grandes écoles, ils se sont construits par passion, pour et par eux-mêmes. Les deux gouvernent au centre, ils sont rassembleurs. Démocrate chrétien ou social démocrate, les étiquettes peuvent être facilement collées à l’un ou l’autre. Une différence qui, en France, parait ténue, pour ne pas dire inexistante, il sera intéressant de voir ce que produira cette cohabitation…

Rêvons… Et si Marseille devenait le terrain expérimental de la rencontre des centres, ce qu’elle a toujours été, historiquement. Gaston Defferre, soutenu par De Gaulle pour asseoir l’anti-communisme en 1946, Vigouroux qui n’a rien fait d’autre avec le talent qu’on lui reconnaît un peu tardivement (Euromed, les lieux culturels mais surtout, « Marseille espérance », là où se retrouve tous les chefs religieux pour parler, réfléchir et proposer ensemble. Un sas de décompression génial en période de supposée guerre de religions). Gaudin, qui ne cesse d’affirmer qu’il provient de cette famille centriste (il est pourtant le vice-président du parti présidentiel et, semble-t-il, reconduit dans ses fonctions), par conséquent que sa culture est de tendre la main à un Guérini dont les gènes sont naturellement réalistes voire pragmatiques.

Est-ce que Marseille, une fois de plus, ne pourrait réaliser le rêve national, le pari fou et si sensé de Bayrou? Sûrement moins précis dans les concepts, sûrement plus juste dans le vivre ensemble. Creusons un peu la réflexion. Si à Marseille on gouverne sans drapeau, sans bannière, rouge, rose, orange ou bleue, le seul souci politique proviendra seulement du prochain congrès national du Parti socialiste. C’est là où le positionnement de Jean-Noël Guérini sera forcément majeur. Lui, le leader incontesté de la fédération du PS 13, dirigée par son fidèle Eugène Caselli . C’est de là que nous comprendrons la ligne à discerner au-delà de la phase, forcément centrale et rassembleuse, du moment.

Ségolène Royal et sa volonté de rapprochement avec le Modem, Bertrand Delanoë, lui aussi partisan d’un recentrage socialiste sans être allé au bout de ses intentions à Paris, ou la cohorte des rénovateurs ? François Hollande à raison de jouer la durée et le respect du calendrier, on verra à l’automne…

Guérini prétend qu’il n’est marié à personne, il a imposé un inter-groupe (PS-Verts-MoDem-Pcf-société civile) à la mairie, dont il sera le patron, mais son directeur de campagne, le très ségoliniste Patrick Mennucci, veille au grain…

Guérini devra trancher à l’automne, le Sénat ou le leadership municipal de l’opposition? Un seul bouillonne d’impatience, le nouveau maire du 1er et du 7e arrondissement, Patrick Mennucci en personne…

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3 Commentaires

Classé dans Economie, Général, Ils ont dit, Les grands projets, Municipales 2008, Politique, Pour vous faire votre opinion, Social

3 réponses à “Gaudin est maire, Guérini en embuscade ou en premier ministre ? Le centre renaîtra-t-il à Marseille?

  1. La question qu’on devrait se poser…est ce que le MoDem emmené par Bennhamias et Madrolle dans le 3ème secteur (4 & 5 arrondissement de Marseille) ont-ils apportés des suffrages ou au contraire ont ils desservis Guérini ?
    Le MoDem va il repartir sur des bases saines, i de droite, ni de gauche mais du centre…faire avancer et partager nos idées.
    Sur Istres, le MoDem n’a pas été clair..il a joué sur tous les tableaux.

  2. vinz13

    « Le centre renaîtra-t-il à Marseille? »

    déjà qu’à Marseille on a le milieux…

  3. Merci pour votre billet, qui ouvre quelques perspectives nationales pour le PS intéressantes…

    J’en retiens que Marseille va se gouverner au centre, s’inventer en laboratoire d’une majorité relative à la recherche d’un consensus pour le mieux vivre ensemble. Gaudin et Guérini ont fait un pas l’un envers l’autre lors du premier conseil municipal, pour pacifier un début de mandat où une fusion de programmes devrait s’opérer. Le bon sens et les bonnes idées n’appartenant à aucun parti politique, on attendra de voir si l’écoute de la campagne provoque une compréhension exécutive.

    La victoire au cordeau des uns et la défaite au finish des autres, font qu’une synthèse sociale démocrate pourrait s’opérer dans la citée phocéenne. Le rêve de Bayrou sans le Modem en quelque sorte, le pragmatisme d’une ville pauvre et d’un Conseil Général riche qui pourrait faire un bout de chemin ensemble. Pour évincer Muselier en 2014 ? L’intérêt général dit merci, si cette belle histoire marseillaise ne finie pas en banquet des clanismes des deux camps.

    Amitiés,

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