Gaudin – Guérini : le duel se poursuit pour le Sénat

Discrètement mais sûrement, les élections sénatoriales battent leur plein. Le vote, prévu le 21 septembre prochain, verra s’opposer les deux ténors de la dernière municipale de Marseille, Jean-Claude Gaudin pour la liste UMP et Jean-Noël Guérini pour la liste socialiste unie, probablement, au parti communiste.

Avec un scrutin au suffrage indirect, l’intérêt du grand public paraît faible. Pourtant, cette élection cache des enjeux importants et différents pour les deux rivaux.

Pour le maire de Marseille, l’élection au « plateau », c’est à dire à la présidence du Sénat, est un rêve de longue date, souvent déçu. L’enjeu n’est pas moindre pour le président socialiste du Conseil général.

Jamais en effet il n’aura été si bien placé pour emporter un ou deux sièges supplémentaires dans les Bouches-du-Rhône. Une revanche ? De quoi poursuivre assurément sa montée en puissance pour l’avenir et se positionner en incontournable faiseur de roi lors du congrès socialiste de Reims, en novembre prochain.

Sitôt l’accord de cogestion entre la droite et la gauche signé à la Communauté urbaine de Marseille (MPM), les deux « G » se sont donc mis au travail d’arrache-pied.

Le sénateur-Maire de Marseille, fragilisé par la défaite de la droite à la présidence de MPM, s’est rapidement mis en campagne, multipliant visites, rencontres ciblées, discrètes et appels téléphoniques aux différents élus et Maire du département.

Jean-Noël Guérini n’est pas en reste. Fort du succès de l’élection d’Eugène Caselli à la Communauté urbaine, qui avait aussi pour but de conforter sa position et son influence dans la métropole marseillaise, il ratisse discrètement et consciencieusement le département. Conforté, il est vrai, par le basculement de plusieurs communes à gauche et sa victoire écrasante aux cantonales.

Les calculettes s’activent donc dans les états-majors. Sur les 8 sièges à pourvoir, la gauche se verrait bien en gagner 5 à 6, ne laissant que le strict minimum à Jean-Claude Gaudin, soit 2 à 3 sièges. Pourtant, le maire de Marseille prétend dans les colonnes de La Provence : « je devrais arriver à décrocher trois sièges sans problème. Je peux même en espérer un quatrième ».

Même si ce dernier reconnaît que depuis qu’il siège au Sénat (1989), « c’est la liste la plus facile à préparer que j’ai connue », il doit quand même transiger avec les désirs de Maryse Joissains, l’édile d’Aix-en-Provence, d’habitude peu affable à son encontre, mais très soucieuse d’obtenir l’investiture de sa fille Sophie en deuxième place de sa liste… Autre épine, Renaud Muselier. Mais, par bonheur, ce dernier préfère le Palais Bourbon laissant à son député suppléant, Bruno Gilles, le soin de prendre la 3° place.

Une élection peut en cacher une autre
Le « plateau » du Sénat fait donc figure, pour Jean-Claude Gaudin, d’ultime défi, de derniers lauriers, un triomphe de fin de carrière. Quelque-chose de très personnel, une reconnaissance finale. Ce désir, toujours inavoué et dont il ne parle qu’à ses plus proches amis tel que Claude Bertrand ou Dominique Vlasto pourrait enfin revêtir les habits de la réalité lors de ce dernier round électoral.

Pour réussir son pari, le vice-président de l’UMP cultive plus que jamais son réseau et conforte ses amitiés. Tous les mardis, généralement à l’Elysée, Jean-Claude Gaudin participe à la réunion hebdomadaire de la majorité aux côtés du Premier ministre Fillon, de Patrick Devedjian (patron exécutif de l’UMP), Jean-Pierre Raffarin (patron honorifique de l’UMP), Christian Poncelet (président du Sénat), Bernard Accoyer (président de l’Assemblée nationale) ou encore Henri de Raincourt (sénateur de l’Yonne, président du groupe UMP du Sénat). L’occasion pour lui de peaufiner sa stratégie et de jauger son principal adversaire à la présidence de la Haute-Assemblée, l’ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin.

Plus encore, il entretient comme jamais ses amitiés, notamment au sein des anciens Républicains & indépendants, comme Joël Bourdin et Ladislas Poniatowski, sénateurs de l’Eure ou Jean-Paul Emin, sénateur de l’Ain, envoyés en émissaires auprès de leurs collègues pour « tâter » le terrain.

Président du groupe UDF à l’Assemblée nationale de 1981 à 1989, Jean-Claude Gaudin a surtout été pendant dix-huit ans président de la commission des investitures de son ancien parti et occupe, aujourd’hui encore, le même poste à l’UMP. Autant dire que de nombreux élus lui sont – ou se sentent – redevables de leur élection.

Le candidat Gaudin ne manquera pas de le leur rappeler lorsque les candidatures émergeront publiquement. Pour l’heure, hormis lui-même et Raffarin, on compte d’autres prétendants comme l’UMP Gérard Larcher ou le centriste Jean Arthuis.

Si Jean-Claude gaudin est assuré d’être élu sénateur par le truchement des 3062 grands électeurs du département, sa victoire doit être éclatante s’il veut devenir le troisième homme de l’Etat. Un succès à même de faire oublier ses déconvenues municipales et, surtout, son échec à la Communauté urbaine de Marseille. Là est l’enjeu. Ses adversaires ne manqueront pas d’utiliser cet argument en cas de victoire à la Pyrrhus, Renaud Muselier non plus.

Vengeur, son ex-dauphin, toujours à la chasse aux traîtres, ne lui a pas pardonné sa mort politique prématurée et pourrait se sentir prêt à activer contre lui ses réseaux UMP-canal gaulliste avec l’aide probable de la ministre de la défense Michèle Alliot-Marie, dont la visite est prévue dans quelques jours à Marseille et qui a annoncé hier dans les colonnes du quotidien catholique La Croix la relance de son mouvement gaulliste « Le chêne. »

Comme en 1998, PS et PCF unis ?
De l’autre côté de l’échiquier politique, la gauche s’organise. Le sénateur communiste Robert Bret, en désaccord avec son parti, ne se représente pas. Un temps, Jean-Marc Coppola, secrétaire fédéral du PCF 13, a imaginé former une liste autonome. Idée vite oubliée après avoir fait le décompte de ses amis dans le département.

D’autant que la proposition d’union de Jean-Noël Guérini offrant la 3° place, éligible, n’a pas laissé les communistes de marbre. Problème pour le PCF et pour son leader départemental, parité oblige, il faut chercher « la » femme en question, Annick Boët ayant quitté l’esquif rouge depuis belle lurette. Qu’importe, la solution devrait être rapidement trouvée…

A la troisième place, les fidèles du président du Conseil général des Bouches-du-Rhône ne manquent pas. Au choix, Roland Povinelli, maire d’Allauch ou Serge Andréoni, maire de Berre l’Etang. Samia Ghali, vice-présidente de la Région Paca, fraîchement élue maire des 15° et 16° arrondissements de Marseille, pourrait occuper la 4° place.

Avant la trêve estivale, les listes se peaufinent, les rencontres s’intensifient, les déjeuners se multiplient et les stratégies s’aiguisent. Si la position de force est acquise à la gauche dans le département et devrait se concrétiser, pour Jean-Noël Guérini, par au moins un siège supplémentaire, il faudra sans nul doute compter sur la ténacité de Jean-Claude Gaudin qui joue là son baroud d’honneur.

Ce qui est écrit sur le papier prend quelque-fois, dans les Bouches-du-Rhône, des tournures étonnantes, bien loin des rapports de force politiques établis. L’élection d’Eugène Caselli à la présidence de la Communauté urbaine de Marseille en est le meilleur exemple…

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Règles du jeu :
Le renouvellement triennal du 21 septembre 2008 concerne les 7 sièges de sénateurs des Bouches-du-Rhône. Un siège supplémentaire est à pourvoir en septembre en raison de l’évolution de la démographie. Les sénateurs seront élus pour un mandat de 6 ans, par un corps de grands électeurs au scrutin proportionnel plurinominal (par liste).

Les grands électeurs sont au nombre de 3062. Parmi eux : les 16 parlementaires, les 51 conseillers régionaux, les 57 conseillers généraux et 2 938 délégués des 119 communes du département.

Ils sont renouvelables, à gauche :
GUÉRINI Jean-Noël (PS)
BRET Robert (PCF)
PICHERAL Jean-François (PS)
SIFFRE Jacques (PS)

à droite :
GAUDIN Jean-Claude (UMP)
GIRAUD Francis (UMP)
VALLET André (Union centriste-UDF)

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