On va tous mourir ! Est-ce une excuse ?

L’idée de la mort est-elle la cave indicible de nos existences? Lorsqu’on devient adulte elle devrait pouvoir s’estomper, s’assagir et se nourrir de l’humanité qu’il nous reste pour le meilleur, le carpe diem, la délectation du moment présent, des plaisirs offerts par la vie et ses rapports aux autres.

Lutter contre cette réalité est le gage d’affreuses pérégrinations intérieures, du mensonge à soi-même et d’un hédonisme aux plaisirs fugaces et souvent douloureux. La fuite en avant… Cette distance axiologique avec l’idée que l’on se fait de la finitude, qui a pourtant fondé la sociologie à travers le « Suicide » d’Émile Durkheim est encore très prégnante aujourd’hui.

Pour preuve, le dernier numéro de Paris-Match, livrant sans distance toutes les photos de ces soldats français morts aux confins d’un désert montagneux, d’un pays superbe, magiquement décrit, en leur temps, par Joseph Kessel (Les cavaliers) ou Jean-Christophe Rufin (Sauver Ispahan).

Ces gamins, certains avaient 19 ans, sont offerts en guise d’information avec leur sourire de vivants, lovés dans les bras de leurs femmes et enfants, heureux dans leurs uniformes propres de jeunes engagés ignorant tout du pays dans lequel ils allaient perdre leur vie.

Soyons clairs, ce sang livré, cet engagement pour des valeurs qui nous protègent, ce désir de dépassement, est pour nous plus qu’admirable. Il est le fondement même de la paix. Il n’y a pas de paix sans force, il n’y a pas de démocratie sans opposition, il n’y a pas de plénitude collective sans règles a respecter, pas non plus de diplomatie sans armées.

Cela posé, Paris-Match a donc convaincu des familles à terre, plombées par la douleur, de leur donner des clichés, fouillant dans les tiroirs de la détresse, sans distance. Donner à voir, le choc des photos, coûte que coûte. Un joli exercice…

Une compassion capitaliste en somme. Celle qui consiste à engraisser le tirage et l’abonnement, surfant sur le « trash », à défaut d’informations. L’hebdo a joué sur notre propre morbidité. Qui l’en blâmerait aujourd’hui ? Cette publication est loin d’être la pire…

Pourtant, il y a en ces matières des codes très précis, voire des rites, des « repères » temporels qui accompagnent cette furie violente de l’absence définitive de l’autre aimé. Du respect aussi dont les journalistes, surtout francophones, savaient honorer la règle.

En cela, le Paris-Match du 28 août titrant sur : « La France touchée au cœur. Le caporal-chef Damien BUIT mort le jour de ses 31 ans. Aurore, est enceinte de leur fils » nous a donné la gerbe…

Nous allons tous mourir en effet, et la mort devrait être beaucoup plus présente dans nos vies d’Hommes modernes. Mais pas présenté comme ça… Que feront-ils la semaine prochaine avec les supporters de L’Olympique de Marseille, morts dans un accident de car?

Publicités

Poster un commentaire

Classé dans Général, Sécurité, Social

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s