Crise financière. Les Français ne perdront pas un euro ? Tous, sauf les clients du Crédit Foncier… Entres autres !

On se souvient encore de ces images de familles américaines ruinées, assises hébétées autour de cartons de déménagement devant la porte d’entrée de ce qui fut leur maison, têtes dans les mains pleurant sur un rêve brisé. C’était l’été 2007. Éphémère rêve américain qu’elles crûrent caresser, elles n’étaient que les premières victimes d’un système prônant le surendettement comme un art de vivre.

En France, le réflexe fut immédiat, nous avions l’Atlantique comme rempart, protégés par nos spécificités gauloises de bon sens, de saine gestion, de régulation maîtrisée. Un an plus tard, la réalité est toute autre et l’imbrication française dans le cynique système financier mondial apparaît désormais au grand jour avec les ravages que l’on sait.

Même l’écureuil (les caisses d’épargne), d’habitude si prudent, n’a pas échappé aux sirènes de l’argent virtuel facile. Résultat : 695 millions d’euros brûlés par des apprentis traders. Et que dire du Crédit Foncier de France, dont les prêts n’ont rien à envier aux subprimes américains, dont on découvre, sans que personne ne s’en alerte, les milliers de victimes françaises ?

On est bien loin des propos du président Sarkozy dans ce discours éclatant de Toulon, le 25 septembre dernier, superbe et cynique (sachant qu’il était jusqu’ici le chantre de ses amis les plus proches, les plus brillants banquiers et assureurs français) où il déclarait  » L’autorégulation pour régler tous les problèmes, c’est fini. Le laissez-faire, c’est fini. Le marché qui a toujours raison, c’est fini ». Dans une diatribe convaincue il surenchérissait : « Les banques françaises paraissent en mesure de surmonter les difficultés actuelles, mais si elles devaient êtres mises en difficulté par la spéculation, je n’accepterais pas qu’un seul déposant perde un seul euro parce qu’un établissement financier se révèlerait dans l’incapacité de faire face à ses engagements. C’est un engagement solennel que je prends ce soir : quoi qu’il arrive, l’Etat garantira la sécurité et la continuité du système bancaire et financier français. » Les déposants certes, mais les emprunteurs abusés ? Car là est le hic… Du pur subprime en somme… La source, la cause et, désormais, la conséquence….

Souvent les hommes d’Etat se révèlent à l’aune des pires crises. Gageons que ce soit le cas pour le nôtre. Au fond, ce serait heureux. Pourtant, Paul Krugman, auteur de nombreuses critiques sur l’administration Bush dans les colonnes du New York Times, introduisait très tôt dans la crise, dès l’automne 2007, le caractère mondial de la crise des subprimes…

Ne pas perdre la confiance, coûte que coûte
La chute des deux géants hypothécaires Fannie Mae & Freddie Mac marque le début d’une lente descente aux enfers qui emportera avec elle, la prestigieuse institution financière Lehman Brothers. Les investisseurs s’affolent, les index boursiers voient leurs courbes balayer le plancher. L’administration américaine, si prompte à brandir l’étendard de l’ultra libéralisme, nationalise pourtant de grands vaisseaux amiral de la finance et de l’assurance devenues en quelques semaines de véritables radeaux. L’opinion américaine, groggy, a du mal à digérer un tel retournement de situation. Il faudra deux tentatives et faire preuve de beaucoup de pédagogie pour voir le Plan Paulson (700 Md de dollars), secrétaire d’Etat au trésor américain, finalement adopté par des parlementaires pragmatiques. La menace de voir l’économie mondiale s’effondrer se révèle toujours d’actualité.

Dans l’hexagone, la facture pour le sauvetage du système financier atteint déjà les 10,5 Md d’euros (compris dans les 360 Md € européens), de quoi donner le vertige sans pour autant annoncer le retour au calme. Entre de courtes périodes d’accalmie, le système financier est toujours à la recherche de l’une de ses composantes essentielles : la confiance. Ce sentiment tient maintenant le monde entre ses mains. Le remède n’est donc pas tant dans le déploiement de liasses de billets mais dans un traitement de choc de la méfiance qui s’installe entre tous les acteurs économiques.

Désormais, les banques ont peur des banques. Et nul ne sait combien de titres dépréciés sont contenus non plus dans leurs coffres, mais dans les disques durs de leurs ordinateurs. Toutes bluffent, prétendent, affirment, rassurent, manipulent en tentant de sauver ce qui n’a désormais plus de prix : la solidité, feinte ou objective, de leurs résultats. Si, pendant les dernières semaines, elles ne savaient pas elles-mêmes à quel niveau se portait leurs achats virtuels de titres pourris, noyés dans des investissements sains, elles peuvent l’estimer plus précisément maintenant. Reste la guerre de communication pour sauver la confiance, coûte que coûte, non sans en appeler à l’intervention des Etats, remis au centre du pouvoir.

Les subprimes à la française font des milliers de victimes
Bien loin des discours lénifiants, la France a, bien entendu, participé de la finance facile et de l’immobilier lucratif. Elle a, elle aussi, lancé sur le marché des crédules emprunteurs, des produits financiers comparables aux subprimes. L’exemple, peu repris encore par la presse, du Crédit Foncier de France est à ce propos tout à fait éloquent.

Les prêts du CCF (filiale de la Caisse d’épargne) étaient, en effet, prétendument, sécurisés avec un taux d’intérêt capé, c’est-à-dire plafonné en cas de variation de l’indice de référence. Or, avec la brusque remontée des taux, plusieurs dizaines de milliers de souscripteurs (estimés par le CCF lui-même à 150 000) ont vu leurs mensualités s’envoler brutalement et la durée de leur crédit s‘étendre aux calendes grecques.

Ce spécialiste du crédit à taux variable (700 000 clients) s’est engagé, par contrat, à accorder des prêts à taux plafonné à un niveau n’excédant pas 1,3% à 1,5% par rapport au taux initial. Mais les clients ont découvert, lors de la révision trimestrielle de leur prêt, que l’augmentation de leur taux était bien supérieur à ce que leur contrat stipulait initialement (de 3,5 % à parfois 6.5%).

François Blancard, le directeur général du Crédit Foncier déclarait le 18 janvier dernier à l’Afp, suite à l’intervention de l’Union française des consommateurs (UFC- Que choisir), principal soutien aux clients affolés, que son établissement était prêt à faire un geste. Il leur proposait de plafonner leur taux de 5,75 % ou 6,25 % selon les cas.

Le philanthrope directeur général n’a pas pour autant convaincu l’UFC, loin s’en faut : « ce qu’annonce le Crédit Foncier ne règle pas le problème », juge-t-elle, arguant que l’organisme a vendu à plusieurs de ses clients un crédit plafonné alors qu’il ne l’était pas. Près de 1500 souscripteurs se sont fait d’ores et déjà connaître. « Mais ce n’est que la partie émergée de l’iceberg », prévient Alain Bazot, le président de l’UFC.

Hier, la nomination expresse de Nicolas Merindol, fraîchement viré de la direction générale des Caisses d’épargne, à la tête du CCF en remplacement de François Blancard, n’inspire pas vraiment confiance… Elle révolte même. Surtout Annick D., cliente marseillaise écœurée : « Après avoir fait mes calculs, j’ai payé 40 000 euros de remboursement de mon prêt pour rien. Cet argent à été foutu en l’air par une banque d’escrocs. Et ce n’est que le début, puisque la durée de mon crédit a été allongée de 25 à 28 ans ! »

Combien de personnes ont-elles été victimes de ce type de produits financiers ? A ce jour, les néfastes retombées du marasme économique ne sont guère chiffrables. Mais le spectre de la récession laisse entrevoir des matins qui déchantent. Nos dirigeants ont, semble-t-il, pris conscience de la moralisation nécessaire du système macro-économique. Leur intervention devrait certainement s’intensifier dans les prochains mois car d’effet domino en effet boule de neige, des pans entiers de notre économie menacent aujourd’hui de sombrer entraînant avec eux les victimes, bien humaines, elles, d’un libéralisme vorace.

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6 Commentaires

Classé dans Economie, Général, Ils ont dit, Pour vous faire votre opinion, Social

6 réponses à “Crise financière. Les Français ne perdront pas un euro ? Tous, sauf les clients du Crédit Foncier… Entres autres !

  1. robert

    Incroyable article. On le remettrait presque en doute tant personne n’en parle. Faut envoyé ca au canard enchainé !!! c’est dingue… Robert le révolté !

  2. Des voix prétendent que la crise financière est passée, qu’elle est derrière nous! que nous devons nous concentrer sur l’économie réelle! C’est FAUX!

    Avec tous ces plans fous de renflouement et de sauvetage du cadavre, nous sommes au bord d’une grave crise HYPERINFLATION généralisé.

    Il est donc grand temps de parler sérieusement de la Solution.

    Le système financier est MORT!!! Nous devons le mettre en faillite! et le changer!

    Les citoyens doivent se battent afin que la réunion autour de la crise financière prévu au Etats Unis le 15 novembre 2008 à Washington pose les premiers jalons d’un VRAI Nouveau Bretton woods.

    Cette dangereuse crise doit être utilisé comme tremplin pour l’avènement d’un nouvelle ordre économique juste et mettre fin à la tyrannie des intérêts financiers et de la spéculation.

    David C.
    david.cabas.over-blog.fr

  3. tromperiecff

    Les clients trompés peuvent retrouver d’autres clients dans le même cas qu’eux au sein du Collectif Action (http://www.collectif-action.org/).
    L’inscription est totalement gratuite.

    Retrouvez également tous les reportages télé sur ce sujet sur la chaîne YouTube http://www.youtube.com/TromperieCFF

  4. l'ornithorynque masqué

    attention, le crédit foncier vous ment !!!!

    les propositions faites par le CFF de plafonnement décrites dans l’article comprennent aussi :

    – des allongement de durée (+5 ans en moyenne) mais surtout
    – une augmentation progressive des échéances alors qu’on est sensé être passé à taux fixe !!!!

    de nombreux clients ont été trompés par le crédit foncier mais ne le savent pas encore !!!

    relisez bien vos contrats et rejoignez le collectif-action regroupant les clients trompés par le CFF au travers de ses prêts « sécurisés »

    http://www.collectif-action.org

  5. bob

    moi aussi victime du CFF et du CSF (Crédit soit-disant Social des Fonctionnaires)… la justice va passer pour eux.

  6. usty

    Surtout, pour tous ceux qui ont été arnaqués par le cf, rejoingnaient le collectif action. Plus nous seront nombreux à nous battre et plus nous leur feront mal!

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