Plan Hôpital 2012 : un nouvel hôpital privé redessine la carte sanitaire de Marseille

Pas moins de 250 projets d’aides aux établissements hospitaliers ont été retenus cette année dans le cadre du Plan national Hôpital 2012. Ce programme de modernisation des établissements de santé représente une aide financière de quelque 1,7 milliards d’euros d’investissement pour atteindre sur la période 2008-2012 près de 10 milliards d’euros. Son objectif : améliorer l’efficience de l’offre hospitalière en poursuivant la modernisation technique des établissements de santé engagée avec le plan Hôpital 2007 dont il constitue le prolongement.

Marseille fait partie des grands gagnants. La branche médicale marseillaise reçoit des mains de la ministre de la santé, Roselyne Bachelot, une enveloppe de 54,2 millions d’euros pour la réalisation d’un hôpital privé high-tech dans le secteur en pleine mutation Euroméditerranée.

Sous le flot des mauvaises nouvelles, les orientations du plan Hôpital 2012 ont de quoi éclaircir un ciel financier phocéen nuageux et ravir les acteurs de cette vaste opération d’intérêt national présentée comme un accélérateur de l’attractivité et du rayonnement de la métropole marseillaise. Du côté des hôpitaux publics, surendettés, bien des questions se posent…

Un nouvel hôpital privé high-tech
En apportant les subventions nécessaires au projet présenté par la Fondation Hôpital Ambroise Paré qui consiste à regrouper sur la zone Euromed les deux hôpitaux privés à but non lucratif Ambroise Paré et Paul Desbief, la ministre de la santé met le coup d’accélérateur tant espéré. Situé dans la ZAC de La cité de la Méditerranée entre les rues Peyssonnel, Désirée Clary, l’avenue Roger Salengro et la rue Melchior Guinot, ce projet fait partie des 8 plus grands projets portés par le Ministère de la santé. Le futur Pôle hospitalier d’environ 450 lits et d’une superficie totale de 54 000 m² devrait obtenir le sésame de sa construction dans le courant du mois de novembre pour une livraison fin 2012. L’investissement total est estimé à plus de 100 millions d’euros et sera donc pris en charge pour 60% par l’Etat.

Ce nouveau pôle permettra aussi de réduire les inégalités entre le nord et le sud de Marseille. Coupée en deux par son artère principale, la Canebière, Marseille souffre en effet de sévères disparités géographiques, notamment en terme d’offre de soins. 60 % de la population marseillaise réside au nord de cette avenue mais ne bénéficie que de 25% des lits disponibles, presque uniquement attribuables à l’hôpital Nord. Sur l’autre rive, cliniques et hôpitaux publics se touchent et doublonnent sur certaines spécialités médicales.

Ce nouvel hôpital sera donc le nouveau trait d’union entre le sud et le nord de la carte sanitaire phocéenne, formant un ensemble polyvalent avec un service d’urgences 24H/24, la réanimation, la cardiologie et la cancérologie notamment. Son implantation améliorera sans conteste la qualité de vie des résidents par un équipement de grande technicité au plus près de chez eux. De quoi aussi poursuivre le rayonnement marseillais en matière d’offre de soins et assurer son excellence médicale reconnue sans conteste.

Quel avenir pour l’Hôpital public ?
Montrée du doigt pour ses problèmes de gestion, l’Assistance Publique des Hôpitaux de Marseille (AP-HM) devra se contenter des miettes du plan quinquennal de la santé. Son enveloppe ne contient que 9 millions d’euros ce qui apparaît maigre en comparaison des 49 millions d’euros alloués à l’hôpital de Gap ou encore les 25 millions d’euros obtenus par Antibes.

Cette enveloppe accordée aux hôpitaux publics marseillais a pour vocation de moderniser le système informatique, fruit du « virage numérique » et gage d’économies à venir. Syndicats et personnels se disent pourtant inquiets sur la poursuite des chantiers en cours comme le Pôle Parents-Enfants de la Timone (pionnier dans de nombreux domaines en pédiatrie) ou le Trauma-Center de l’Hôpital Nord. C’est aussi un coup de frein dans les politiques mises en œuvre pour la rationalisation des dépenses et la modernisation des outils, meilleure arme pour lutter contre le surendettement dont l’AP-HM est victime, avec un déficit cumulé de 100 millions d’euros depuis 2006.

La nomination de Jean-Paul Segade à la tête des hôpitaux de Marseille et son plan de retour à l’équilibre n’ont pas suffit à convaincre. Roselyne Bachelot explique aussi son choix entre public et privé à Marseille, par la dotation importante faite par son prédécesseur, le Professeur Jean-François Mattei, ancien directeur de l’AP-HM, devenu ministre de la santé dans le gouvernement de Jacques Chirac, dans le cadre du Plan Hôpital 2007. Pourtant, sans jouer la polémique facile, il s’agissait davantage de permettre à l’AP-HM d’emprunter à hauteur d’un milliard d’euros pour financer ses nouveaux bâtiments, que d’une réelle dotation. La résultante en est le déficit qu’on lui connaît aujourd’hui : abyssal ! (pas moins de 50 millions d’euros pour la seule année 2007).

Il est néanmoins dommage de briser une dynamique que le secteur public a instauré à Marseille depuis quelques années. La ministre se dit prête à réétudier le sort de l’AP-HM qui mériterait bien une rallonge pour mener ses projets à terme et se projeter dans l’avenir. 90% des crédits sont encore à distribuer. Pour J.-Cl. Gaudin, maire et président du Conseil d’administration des Hôpitaux de Marseille, il faut en finir avec la dualité public-privé pour enfin travailler en complémentarité.

Cette sage position doit maintenant s’inscrire dans la réalité du financement en permettant au public de bénéficier d’une bouffée d’air frais dans son budget. La cité phocéenne va se parer, dans un proche avenir, d’habits de lumières, notamment en devenant la capitale européenne de la culture en 2013. Il n’en demeure pas moins que, pour l’heure, elle doit continuer à gérer la pauvreté de ses habitants avec la sempiternelle question du libre accès aux soins.

Gageons que le nouvel hôpital soit un élément de réponse, il est loin d’être le seul. Et les récents propos de Madame la ministre de la Santé, vendredi 24 octobre à Aix-en-Provence, ne sont de nature à rassurer. Loin s’en faut. Madame Roselyne Bachelot affirmait en effet que les aides possibles aux hôpitaux publics, dans une prochaine enveloppe, étaient « évidemment » liées au « retour à l’équilibre financier de l’AP-HM ». Autant dire dans plusieurs dizaines d’années… ou jamais !

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1 commentaire

Classé dans Economie, Général, Ils ont dit, Les grands projets, Politique, Social

Une réponse à “Plan Hôpital 2012 : un nouvel hôpital privé redessine la carte sanitaire de Marseille

  1. Le cas de marseille illustre bien le véritable objectif de la loi HSPT: transfert des crédits publice sur le secteur privé alors que le secteur public a de gros besoins. De plus, lorsque Sarkozy associe la mise en place de crédits pour le public à la réduction des déficits, il condamne une bonne partie des hôpitaux publics.
    Cette loi sabote le système français de soins dans le silence des partis de gauche et même des syndicats. Nous nous voilons la face, pensant qu’on n’est pas à une réforme près. Pourtant il ne s’agit pas d’une réforme comme les autres.

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