Les collectivités territoriales sont touchées de plein fouet par la crise financière. La gestion hasardeuse de la ville de Marseille n’y échappe pas. Exemple : l’immobilier de la rue de la République

De L’Elysée à Matignon, en passant par Bercy, le même refrain rythmait, il y a peu, la sérénité feinte, rassurante et trompeuse, qui sied en période de crise. Celle-là même dont l’objet, salutaire, ne fait que nourrir les interstices du doute, début et fin d’un système économique fondé sur la confiance. Pourtant, en dépit de l’optimisme affiché, il n’aura fallu que quelques semaines pour que les pouvoirs publics dévoilent leur embarras face à la vitesse de propagation de la « Big depression » qui touche désormais les collectivités territoriales et leurs besoins exponentiels en matière d’emprunts.

Pour parer à cette énorme secousse budgétaire publique, le 21 octobre dernier, au terme d’une réunion de suivi du plan de refinancement des établissements en difficulté, le gouvernement décide discrètement de débloquer une enveloppe de 5 milliards d’euros pour garantir les prêts aux collectivités locales et couvrir leur gestion très souvent hasardeuse. Claude Bartolone, fraîchement élu à la tête du Département de Seine-Saint-Denis fustige la gestion de son prédécesseur communiste en découvrant un passif de 808 millions d’euros, généré par les seuls produits financiers toxiques. Dans les Bouches-du-Rhône, le bilan est moins morose grâce à la prudence budgétaire, prônée par le Président du Conseil général, Jean-Noël Guérini, et à un recours à l’emprunt composé à 83% de taux fixes. L’exemple est si rare qu’il convient de le saluer.

Néanmoins, nombre d’économistes prédisent désormais que les collectivités locales succomberont toutes à l’effet boule de neige de la crise selon le volume des montages bancaires « exotiques » réalisés. Problème : au jeu des disparités territoriales, la ville de Marseille ne s’en sort pas avec les honneurs (48% d’emprunts à taux variables), à l’image de la préoccupation grandissante entourant le projet de réhabilitation du centre ville, et plus particulièrement de la rue de la République, laissée entre les mains d’investisseurs privés, en proie à la spirale faillitaire.

La rue de la République en faillite ?

Depuis 2004 en effet, la rue de la République, artère marseillaise emblématique, est le théâtre d’un Mic-Mac immobilier, sur fond de spéculations douteuses et de carence des pouvoirs publics.

A cette époque, la Société P2C décide de vendre l’intégralité de son patrimoine immobilier au fonds de pension américain, Lone Star-Fund IV. Bercés par le symbole de « l’American Dream », les élus locaux encensent ce transfert de propriété et goûtent au triomphalisme, en qualifiant l’opération de « véritable aubaine pour les habitants». Les travaux qui s’ensuivent, ne laissent planer aucun doute sur les prétentions de la mairie : le visage du quartier sera haut de gamme ou ne sera pas ! Nouvelles enseignes commerciales, rénovation des façades, remise à neuf des immeubles dans le plus pur style haussmannien, envolée des prix du mètre carré …

En 2007-2008, Lone Star revend son bébé à deux sociétés, Buildinvest, groupe immobilier français, et Atemi, filiale à 80% de la banque d’affaires américaine Lehman Brothers, en réalisant au passage une plus-value de 94 millions d’euros. Là encore, la Ville n’est pas avare de félicitations, à l’instar de Jean-Claude Gondard, Secrétaire général de la Ville, obnubilé par « le moyen de redorer l’image de Marseille ».

Cependant, les réjouissances ne sont que de courte durée. Le 15 septembre 2008, la nouvelle tombe : Lehman Brothers est placé en situation de liquidation judiciaire, emportant dans la tourmente son fonds d’investissement, Lehman Brothers Real Estate Partners. Sa solide réputation sur la place new-yorkaise relayée au rang de vague souvenir, la banque devient le symbole du marasme économique mondial. A des milliers de kilomètres de Wall Street, la faillite du géant américain fait l’effet d’une bombe en plein cœur de la rue de la République.

Riverains, politiques, associations se succèdent afin de briser le silence de la mairie de Marseille, quant au devenir d’un quartier fortement imprégné de « l’esprit lehmanien ». Comme à l’accoutumée, entre l’optimisme des cadres financiers en perte de crédibilité et l’excès de confiance de la droite locale, les premières réactions se veulent rassurantes. Pourtant, en coulisses, la rumeur enfle qu’Atemi souhaiterait se débarrasser de son cadeau empoisonné. Seul hic, les acquéreurs potentiels ne se bousculent pas au portillon et pour cause : qui serait assez téméraire pour lâcher 200 millions d’euros dans un projet d’investissement sentant le souffre ?

Le logement social trouble la mairie de Marseille
Face à ce dilemme, les dirigeants de la filiale ne tardent pas à trouver la solution miracle, en la personne des bailleurs sociaux. Début octobre, Jean-Claude Aznavour, directeur général d’Atemi, confirme officiellement l’intention du groupe de céder un quart de son patrimoine immobilier afin de favoriser la mixité sociale. Autant le dire franchement, cette initiative n’a pas été du goût de tous à l’Hôtel de Ville, peu enclin à verser dans le mélange des genres entre le haut standing et le locatif abordable.

Déjà, à l’origine du projet de réhabilitation urbaine, Danièle Servant, adjointe à l’urbanisme, n’avait pas caché sa volonté de lutter contre la prolifération des logements sociaux au sein de la Rue de la République. L’Association « Un centre ville pour tous », œuvrant pour une meilleure représentativité des couches populaires en zone urbaine, a dû apprécier…

Toujours est-il que pour certains observateurs, la réticence municipale sous-tend un malaise plus politique qu’il n’y paraît. En effet, parmi les prétendants à l’appel d’offre, le positionnement ferme de l’OPAC-Sud, premier bailleur social du département, a jeté un froid dans l’équipe du Maire, Jean-Claude Gaudin, convaincue d’essuyer un revers de fortune cinglant en cas d’acquisition du futur ex-patrimoine d’Atemi par l’OPAC ou un quelconque bailleur social proche de la gauche. Rappelons que depuis presque dix ans, la droite locale porte à bout de bras le projet de réhabilitation du Centre ville, afin d’insuffler un nouvel élan à l’urbanisme marseillais.

Quoiqu’il en soit, le prochain rendez-vous aura lieu le 4 novembre, date à laquelle seront déposées les candidatures et les offres indicatives d’achat. Aucun prix plancher n’étant fixé pour le moment, la bataille entre les prétendants au titre s’annonce d’ores et déjà serrée. Face à ce nouveau rebondissement, la mairie de Marseille, quant à elle, préfère jouer la carte du « Tout va bien dans le meilleur des mondes », à l’image de la conférence de presse du 23 octobre 2008, pendant laquelle Guy Teyssier a réaffirmé la poursuite des travaux de réhabilitation de la rue de la République… Sans piper mot sur la future venue de l’habitat social dans le quartier! Si le haut de gamme est acquis, la mixité sociale a encore du chemin à parcourir avant d’embellir le visage du centre ville de Marseille…

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3 Commentaires

Classé dans Economie, Général, Ils ont dit, Les grands projets, Municipales 2008, Politique, Pour vous faire votre opinion, Social

3 réponses à “Les collectivités territoriales sont touchées de plein fouet par la crise financière. La gestion hasardeuse de la ville de Marseille n’y échappe pas. Exemple : l’immobilier de la rue de la République

  1. sophia

    Ca fait froid dans le dos cette légèreté financière… Je ne veux pas croire que le maire de marseille n’aime pas sa ville, mais il est d’une autre génération, je crois que les choses lui ont complétement échapé, qu’il n’est plus en mesure de comprendre les enjeux du monde moderne, la finance internationale, la crise, toutes ces choses complexes. Il fait ce qu’il peut avec les forces qu’il lui reste. moi je l’aime bien mais j’ai peur qu’il ai pris de mauvaises décisions. les impots ne vont pas baisser si je comprend bien…

  2. bisounours

    No comment ! écoeurant.. Tout notre argent foutu en l’air par des incapables !

  3. geneviève

    une chose est sûre, dans cette période inquiétante, le Président du Conseil Général des Bouches-du-Rhône montre, une fois de plus, son aptitude à gérer les fonds de notre département. Dommage, qu’il n’est pas été élu à la tête de la ville !

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