Secrétariat permanent de l’Union pour la Méditerranée (UPM) : Marseille tente sans trop y croire

Le Palais du Pharo, ses jardins, sa vue panoramique sur le Vieux-Port, son ouverture sur la Méditerranée… C’est dans ce cadre mythique que les 27 ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne et les 16 représentants de la rive Sud de la Méditerranée ont choisi de se réunir aujourd’hui et demain lors du Sommet de l’Union Pour la Méditerranée (UPM).

A cette occasion, les États membres auront la lourde tâche de désigner la ville-siège du Secrétariat permanent de l’Union, avec en ligne de mire l’objectif, clairement avoué par Henri Guaino, conseiller spécial du Président de la République et instigateur du projet, « d’ancrer l’UPM dans la réalité de la quotidienneté méditerranéenne. »

Six villes étaient encore en lice la semaine dernière pour décrocher la prestigieuse timbale : Barcelone (Espagne), Rabat (Maroc), Tunis (Tunisie), la Valette (Malte), Bruxelles (Belgique) et Marseille. Depuis, le Maroc et la Tunisie se sont retirés du jeu, torpillant réciproquement leur candidature en menaçant de veto si d’aventure le choix de la ville adverse était retenu. Ambiance… Cet imbroglio témoigne de la difficulté d’unir le monde méditerranéen autour d’une table ce que, bon an, mal an, le processus de Barcelone avait mollement réussi à faire depuis 1995. Ledit imbroglio pourrait néanmoins relancer les chances de la Cité phocéenne.

Cependant, entre les encouragements feints de ses détracteurs et l’agacement non dissimulé de ses concurrentes, la candidature marseillaise, déposée seulement trois jours après le lancement en grande pompe de l’UPM par Nicolas Sarkozy, le 14 juillet dernier à Paris, est loin de faire l’unanimité. Alors qu’au titre des critiques récurrentes beaucoup sous-entendent que Marseille n’a pas la carrure pour centraliser l’organisation administrative d’une telle structure internationale, les élus locaux se relaient afin de faire valoir les atouts de la ville. Elle n’en manque pas.

Vouloir faire de Marseille le centre névralgique du rayonnement méditerranéen relève-t-il de l’utopie politique? La ville dispose-t-elle des moyens suffisants pour devenir à l’UPM ce que Bruxelles est à l’Union Européenne?

Marseille l’euro-méditerranéenne
Autant le dire d’emblée, Marseille n’a pas attendu ce sommet international pour avancer ses pions. Placée au cœur de l’arc latin, avec pour héritage une culture méditerranéenne profondément ancrée dans les mœurs, la ville fait même figure, sur le papier, de candidate idéale à l’obtention du siège permanent.

Ces derniers temps, la cité phocéenne a été le théâtre de multiples rencontres entre les acteurs institutionnels et les opérateurs économiques du Maghreb, du Mashreck et du Moyen-Orient. Tenue du Forum des autorités locales et régionales de la Méditerranée, les 22 et 23 juin 2008, organisation de l’événement MedBusinessday début juillet afin de développer une activité économique entre les États membres : qu’il s’agisse de discussions géopolitiques ou de débats sur la stimulation de la croissance économique méditerranéenne, Marseille participe à tous les grands rendez-vous internationaux et collabore aux travaux de finalisation de l’UPM.

Plus encore, elle compte déjà un certain nombre de siège permanents d’institutions internationales euro-méditerranéennes : la Banque mondiale ; l’ONUDI, chargée de promouvoir les investissements et la technologie ; le Plan Bleu, observatoire de l’environnement et du développement durable en Méditerranée ; l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD), entre autres.

Cette implication locale permet-elle pour autant de céder à l’euphorie et de présager de la victoire marseillaise à l’obtention du secrétariat permanent de l’UPM ? Pas si sûr, car depuis l’annonce de la candidature de la cité phocéenne, la municipalité doit faire face au scepticisme de la classe politique nationale, et aux critiques des villes concurrentes, irritées par la médiatisation systématique de la ville dans le processus de valorisation de la Méditerranée. Sur les rives du Lacydon, pourtant, tous élus, de droite comme de gauche, parlent d’une seule voix.

Marseille agace
Alors que Jean-Claude Gaudin se félicite de l’investissement marseillais dans le projet UPM, beaucoup préférerait que la ville se contente du rôle de simple faire-valoir méditerranéen. A commencer par quelques politiques.

Interrogé sur les chances de Marseille de décrocher le siège permanent, Alain Juppé, maire de Bordeaux, n’a pas hésité à déclarer que la cité phocéenne ne pouvait prétendre être la capitale de tout (Marseille : que sont devenues les promesses de Sarkozy ? – Rue89, 14/06/2008). Il faut avouer que depuis sa récente nomination au rang de capitale européenne de la culture, Marseille a le vent en poupe et le fait savoir à juste titre. Quitte à en faire un peu trop comme le laisse entendre un élu local, sous couvert d’anonymat : « A force de vouloir être un attrape tout, il y a un risque de devenir un attrape rien ».

Du côté des autres villes en lice, les rivalités et les dissensions se font de plus en plus pesantes. Depuis le dépôt de la candidature marseillaise, Barcelone n’a de cesse de clamer haut et fort son statut d’archi-favorite. Le géant espagnol ébranlé par l’outsider français ? Pas vraiment car l’ancrage de la ville catalane dans le partenariat euro-méditerranéen est tel que sa supériorité est acquise depuis longtemps. Elle en est même à la source.

A quelques heures du verdict, la promesse de Nicolas Sarkozy, lors de la campagne présidentielle, de faire de Marseille la Capitale française de l’Union pour la Méditerranée n’a donc jamais semblé aussi abstraite …

Quoiqu’il en soit, entre conflits d’intérêt et engagements politiques stériles, c’est surtout une cruelle réalité qui tient lieu d’évidence : en dépit d’atouts indéniables, les chances pour Marseille d’héberger le futur secrétariat permanent semblent infimes. Renaud Muselier, pourtant fervent défenseur de la candidature marseillaise en sa qualité de chargé de mission sur l’UPM auprès de l’Elysée, concède que « Marseille n’est pas la mieux placée car la France a déjà la coprésidence de l’Union. »

La cité phocéenne pourra malgré tout tirer profit de sa défaite, en bénéficiant d’un poste de pilotage dans le domaine de l’eau ou de l’environnement. L’occasion rêvée pour elle de briller plus modestement dans le paysage euro-méditerranéen, tout en construisant son règne culturel européen pour 2013.

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Classé dans Culture, Economie, Environnement, Général, Ils ont dit, Les grands projets, Politique, Pour vous faire votre opinion, Présidentielle 2007

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