Fusion ANPE – ASSEDIC. Une bonne mesure qui ne répond pas au seul sujet qui vaille : le retour à l’emploi.

fusion-anpe-assedicCatherine d’Hervé vient tout juste de prendre les rênes du nouvel organisme issu de la fusion de l’ANPE et de l’Assedic, provisoirement nommé « Pôle Emploi », en région PACA. Composé de l’ANPE et des deux Assedic régionaux (Provence et Côte d’Azur), ce nouvel organisme au service des demandeurs d’emploi rassemblera en un même lieu les moyens mis en œuvre pour la recherche d’un travail et le calcul des droits.

L’ancienne directrice régionale de l’Agence Nationale Pour l’Emploi (ANPE) Nord-Pas-de-Calais n’hésite pas à appeler les chômeurs ses « clients » rappelle que le but de cette réforme, promesse de campagne de Nicolas Sarkozy, est « d’assurer la proximité des services et de fluidifier la relation avec les clients » mais aussi « de rendre un service de qualité aux entreprises qui nous confient des missions ». Un vocabulaire proche des sociétés d’Intérim pour attirer les entreprises qui, de son propre aveu, n’ont recours à l’ANPE pour seulement 24 % de leurs offres.

L’Etat veut donc se doter d’une « arme » supplémentaire pour les périodes de vaches maigres maintenant clairement annoncées. Mais au delà de ce « guichet unique », quels sont les véritables enjeux pour le demandeur d’emploi ? Quelles réponses pourra apporter cet organisme face à un marché du travail fortement dégradé ?

Faciliter les démarches…
S’inscrire sur la liste des demandeurs d’emploi relevait davantage du parcours du combattant que de la promenade de santé, le tout assorti de moult formalités administratives ouvrant le chemin vers l’indemnisation. Grâce à ce dispositif, les chômeurs bénéficieront d’une seule porte d’entrée pour faire valoir leurs droits et gagneront ainsi du temps et de l’énergie à consacrer dans leur recherche effective d’emploi.

Il n’en reste pas moins qu’envisager les problèmes du chômeur par la seule difficulté à s’inscrire sur une liste est des plus réducteur. Cette phase intervient au début de la période d’inactivité, au moment où les personnes sont les plus armées. Mais qu’advient-il après ? Les réponses négatives s’entassent, les entretiens sont rares, décevants, de plus en plus éprouvants.

De quoi désarçonner le meilleur des jockeys en route vers l’emploi alors qu’il mériterait assurément qu’un tel organisme lui mette plutôt le pied à l’étrier. C’est là justement que le bât blesse. Les chômeurs sont en droit d’attendre des mesures concrètes et efficientes d’accompagnement au retour à l’emploi, c’est l’évidence. Or, leur nombre nous rappelle de bien sombres périodes : + 41 000 au mois d’août, + 8 000 en septembre et la barre psychologique des 2 millions de demandeurs d’emploi se profile de nouveau à l’horizon.

Autant dire qu’il y aura du pain sur la planche pour les conseillers de l’ANPE déjà malmenés par la mise en place du « suivi mensuel personnalisé » depuis 2006. Il n’a eu pour effet que de mesurer les lacunes du système. Comment suivre efficacement 80 personnes (moyenne nationale) au rythme d’un entretien de 20 minutes mensuel ?

Comment « accueillir » les nouveaux entrants sans que cela se fasse au détriment de ceux déjà embarqués dans la galère ? Certes l’ANPE n’est pas seule. Sociétés privées et organismes de formation se partagent ce juteux business sans pour autant être contraints à une quelconque obligation de résultat. Si ce n’est que, selon le président Sarkozy, « nous sommes sans doute le seul pays où le suivi de la recherche effective de l’emploi est assuré par trois institutions : l’Etat, l’assurance chômage et l’ANPE. Autant dire qu’elle n’est suivie par personne ». Autant dire aussi qu’en exposant le18 septembre dernier sa stratégie sociale, les propos du Président étaient dictés par son leitmotiv de campagne « remettre la France au travail ».

En filigrane, c’est bien d’un renforcement des contrôles dont il s’agit et des fameuses offres d’emploi que les chômeurs ne peuvent désormais plus refuser en fin de dispositif. Mais encore faut-il que qu’il y ait des offres.

… et remettre les entreprises au centre du dispositif

Il suffit d’aller sur le site de l’ANPE, « N°1 de l’emploi en ligne » pour se rendre compte de l’inadéquation entre l’offre et la demande du marché. Moins de 200 000 offres (tous types de contrats confondus) pour 670 000 demandes, l’équilibre est loin d’être atteint. On imagine encore moins, piètres comptables que nous sommes, comment l’ANPE pourrait résoudre l’équation. Le gouvernement peut faire montre d’activisme verbal, concrètement, il ne lui reste que les emplois aidés avec une budget exsangue et, à peine voté, déjà surévalué.

Catherine d’Hervé l’a bien compris, le principal volet de la mesure est d’inciter les entreprises à déposer leurs offres d’emploi en ligne. Faute de quoi les choses resteront en l’état. Elles empireront même, crise oblige. Les entreprises ont d’ores et déjà anticipé en réduisant de façon inquiétante la voilure.

Premier touché, le secteur de l’intérim qui enregistre une perte de 8.5% au deuxième semestre, victime de la frilosité des entrepreneurs et des incidences de la loi Tepa sur les heures supplémentaires. Les plans de réduction d’effectifs se succèdent avec des entreprises comme Renault, PSA ou encore Arcelor Mittal, géant mondial de l’acier qui, comme à Fos-sur-Mer, arrêtent ou réduisent leur production pour plusieurs mois. Les prévisions de l’Unedic s’assombrissent (+46.000 chômeurs en 2008), l’Insee table sur un taux de chômage de 7,4% à la fin de l’année.

Aux chiffres officiels s’ajoutent les officieux. L’utilisation du travail dissimulé par des entrepreneurs peu scrupuleux ne relève pas de l’anecdote. Elle ne date pas non plus de l’effondrement récent de nos économies. Le travail au noir aurait même plutôt tendance à regagner du terrain. Les redressements Urssaf au titre du seul travail illégal ont plus que doublé en un an, passant de 17,6 millions d’euros en 2005 à 40,7 millions en 2007. Certains secteurs sont fortement touchés comme le BTP, l’hôtellerie-Restauration ou encore les services à la personne.

Pour Christophe H., serveur dans une brasserie marseillaise, l’ANPE est souvent une porte d’entrée à l’illégalité : « Je suis toujours surpris de voir que les employeurs qui déposent des offres à l’ANPE, me proposent au bout de quelques minutes d’entretien de travailler au black. Et quand j’en parle à mon conseiller, il me dit de ne pas généraliser ! Il faudrait quand même m’expliquer comment un resto peut tourner avec deux ou trois personnes déclarées ! ». Un récent article de La Provence « Plongée dans le monde du travail clandestin » met en évidence un véritable réseau de main d’œuvre non déclarée dans le BTP, avec ou sans papiers.

Comme il est coutume de dire, les droits s’accompagnent de devoirs. Pour le chômeur certes mais aussi pour le monde de l’entreprise qui devrait au même titre que la finance se moraliser. La variable emploi fait souvent les frais des fluctuations économiques. Sauf qu’il ne s’agit pas seulement de chiffres et de courbes mais bel et bien d’individus sacrifiés sur l’autel de la compétitivité. En ces temps de disette, mutualiser les dépenses d’organismes œuvrant conjointement tient du bon sens. Faciliter les démarches des demandeur d’emploi, aussi.

Mais la question des moyens reste sans réponse. De quels outils supplémentaires pourra se prévaloir l’ANPE ? Comment inciter les entreprises à opter pour des contrats durables face aux tentations du personnel jetable ? Aucune exigence n’a été formulée dans ce sens. On peut s’attendre, faute de mesures exceptionnelles, à ce que cette fusion conduise à la naissance d’un guichet géant, cantonné à l’enregistrement et au contrôle des chômeurs sans pour autant apporter de solutions au seul sujet qui vaille : le retour à l’emploi.

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Classé dans Economie, Général, Ils ont dit, Politique, Présidentielle 2007, Social

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