Parti socialiste après Reims : petits meurtres entre amis ou démocratie vivace ?

aubry-royalLe congrès de Reims fut une tuerie. Il s’est achevé sur un échec cinglant : pas de synthèse, pas de négociations, pas de rassemblement et de vrais clivages sur la forme et le fond entre les partisans de Ségolène Royal, Bertrand Delanoë, Martine Aubry et Benoît Hamon.

Si tout dans le congrès avait été soigneusement préparé pour anesthésier voire ridiculiser « Ségo », celle qui tenait la corde au sortir des élections internes au parti, de la claque à la disposition des délégations devant la scène, toutes hostiles, elle ne s’est pas privé pour prêter le flanc à ses détracteurs, abusant des provocations subtiles dont elle a le secret.

Reste qu’elle a honnêtement tenté, dans la nuit de samedi à dimanche, de parvenir à un accord, même minimal, non-amendé par ses camarades aubryistes, hamoniens ou delanoïstes. Rien, rien, ils n’ont rien voulu savoir. Les dés étaient pipés, elle l’a vite compris. Ils voulaient tous sa chute. Engoncés dans des costumes sur mesure à la taille du pouvoir, celui du statu quo, sans respecter les suffrages des militants, comme il est de tradition au PS.

[La Fédération socialiste des Bouches-du-Rhône était très bien représentée autour de Ségolène lors de cette nuit des longs couteaux. Pas moins de 3 représentants : Jean-Noël Guérini, Eugène Caselli et Patrick Mennucci.]

Le lendemain matin, les visages épuisés, les voilà tous grimés en parangon de vertu. Le désaccord est sur le fond déclare Martine Aubry en déposant sa candidature à 9 heures 27, soit trois minute avant la clôture des dépôts. Le maire de Paris, quant à lui, s’enveloppe, quelques minutes plus tard, des atours de la morale en faisant don de son corps au reste de la tribu socialiste mais, de retour à Paris, opère une volte-face pour soutenir Martine Aubry. Le coup était prémédité, il est tordu. Ah… ces socialistes…

L’enjeu politique est d’abord un combat de personnes depuis la nuit des temps
Pourtant, nonobstant l’hypocrisie des propos (rassemblement, respect, famille socialiste, camarades, fraternité…), dans une terminologie très calibrée, un rien désuète, il y a comme une fraîcheur dans cet affrontement de personnes. Comme un débat permanent, un jeu de go tactique, une quête résolue d’arriver en tête lors des prochaines échéances électorales. Il n’y a rien-là que de très normal en somme, ni de très nouveau d’ailleurs. On s’étonne des cris d’orfraie, « univoce » de la presse.

N’est-ce pas, après tout, le fondement même de la démocratie ? Nos ancêtres grecs ou romains furent bien plus violents dans leurs échanges et la rhétorique ne fut sûrement pas l’arme la plus redoutable en l’occurrence. Les couteaux se plantaient profondément dans des chairs bien humaines, le matin venu. Ce temps-là n’est pas regrettable, loin s’en faut.

Pourtant, la modernité fait que nous sommes entré dans une ère où les mots doivent être polis sur la pierre du politiquement correct, fades, acceptés de tous, dans un verbiage rassembleur et creux. Il ne fait aucun doute que le combat politique est enjeu de personnes, lourdement égotique, duquel ressort vainqueur soit le plus fort soit le plus malin. C’est même plutôt salutaire. Mitterrand, en son temps, l’avait parfaitement intégré au point où il triomphait du brillant Michel Rocard.

Vendredi nous saurons qui, dans ce duel acharné de femmes, deviendra la première « premier » secrétaire national du PS. La tâche qui lui incombera, sûrement la plus redoutable, sera de colmater les brèches de la division et des coteries. Mais le Parti socialiste est rompu à l’exercice depuis sa création. Il a connu d’autres combats, bien plus sanglants encore. Calmons l’encre facile d’une presse déchainée qui a vu là un bon moyen de vendre du papier ou de l’espace, c’est bien naturel. Mais il faut raison garder, ce que le PS traverse est loin d’être un drame homérique, c’est un exercice de style, hautement politique en effet. Ni plus ni moins.

Le patron des socialistes des Bouches-du-Rhône, Jean-Noël Guérini, décidément très au fait de la communication multimedia numérique durant ce congrès (pas moins de 6 vidéos!), le résume assez bien :

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MINUTE PAR MINUTE, la journée du 18 novembre :

Alors que Royal dénonce un front contre elle et la perte du «sens de l’honneur» des socialistes après le ralliement de Delanoë à Aubry, Benoît Hamon est inquiet pour l’avenir du parti.

15h50. Filippetti ne craint pas «l’implosion» du PS. La députée de Moselle, membre de la garde rapprochée de Ségolène Royal, juge qu’il «n’y a pas de risque d’implosion» du PS. Pour elle, «la question, c’est comment on choisit un leader». Le camp Royal, selon elle, a «toujours dit» vouloir «travailler à l’unité du PS».

13h37. Pour Hamon, «ca dégénère». Benoît Hamon s’inquiète après les paroles de Ségolène Royal sur «l’honneur perdu» des dirigeants du PS. «J’ai l’impression qu’on a désormais plus de colère contre d’autres socialistes que contre la droite», estime le jeune candidat au poste de 1er secrétaire, qui n’est «pas très confiant dans ce que sera l’avenir de ce parti si cet esprit de revanche (…) continue à irriguer ce congrès». Et Benoît Hamon, qui a d’ailleurs «dit» à Bertrand Delanoë qu’il était «déçu» de sa décision de soutenir Martine Aubry, d’insister sur ces dirigeants qui «se connaissent depuis vingt ans, ressassent leurs vieilles querelles et nous proposent d’en reprendre pour trois ans».

13h00. Ayrault refuse de choisir un camp. Le chef de file des députés PS, qui soutenait Bertrand Delanoë, l’annonce : «je n’exprimerai pas publiquement de préférence» pour l’un des trois candidats, pour lesquels il éprouve «le même respect». Pour Jean-Marc Ayrault , ««la situation impose que nous maintenions un pôle de stabilité autour du groupe socialiste à l’Assemblée nationale». Et de promettre : «Nous nous mettrons au service de ce premier secrétaire et nous l’aiderons dans sa mission de rénovation du Parti socialiste».

12h25. Le Guen choisit Aubry. Le député de Paris, qui n’avait choisi personne avant le congrès, a tranché : ce sera Martine Aubry. Pour Jean-Marie Le Guen, proche de Dominique Strauss-Kahn, il serait «dangereux de précipiter le PS sur la voie de la présidentialisation». Dès lors, estime-t-il, Martine Aubry est «la plus à même de remettre collectivement le PS au travail, d’élaborer un projet de gouvernement alternatif à Nicolas Sarkozy et de permettre au Parti socialiste d’incarner l’espoir que les Français mettent en lui».

11h45. Les explications de Delanoë. Le maire de Paris, dont le revirement – après avoir laissé aux partisans de sa motion une liberté de vote, il a appelé lundi à «voter massivement» pour Martine Aubry – a surpris, y compris dans son camp, tente de s’expliquer. Dans un communiqué, Bertrand Delanoë précise que la liberté de vote qu’il a proposé «vaut évidemment aussi pour» lui. Quant aux critiques de Ségolène Royal, qui a jugé lundi que le PS avait «perdu le sens de l’honneur», le maire de Paris, estime au contraire qu’«avoir le sens de l’honneur, en démocratie, c’est défendre avec constance des convictions sincères». Et il ajoute qu’ «entre deux conceptions de la politique et du socialisme», il choisit celle «que porte Martine Aubry».

11h30 : Emmanuelli pour une «nouvelle tête». «Je conjure les militantes et les militants socialistes de mettre un terme à toutes ces affaires de personnes, et je demande à tous ces gens qui sont en politique depuis plus de 25 ans, de faire de la place à une nouvelle tête», a insisté le député des Landes, soutien de Benoît Hamon. Quant à Ségolène Royal, «Je voudrais lui faire remarquer que Laurent Fabius, moi-même et elle nous sommes de la même génération.Il faut avoir un sursaut, il faut créer une rupture», a-t-il conclu.

9h15 : les sympathisants socialistes ne veulent pas de Royal. A en croire un sondage BVA- «Les Echos»-France-Inter, 48 % des sympathisants socialistes préféreraient «une autre personnalité» que Ségolène Royal au poste de premier secrétaire. L’ensemble des Français, selon cette enquête, préfèrent «une autre personnalité» à 59%, contre 29% pour Ségolène Royal et privilégient toujours Bertrand Delanoë qui recueille 60% des suffrages des sondés.

9h00 : Jack Lang appelle à faire front contre Royal. L’ex ministre de la culture exhorte les militants à «faire bloc» autour de la maire de Lille dès le premier tour du scrutin, pour empêcher «les dérives à l’américaine» du parti qu’entraînerait, selon lui, une victoire de Ségolène Royal. Le député du Pas-de-Calais a salué sur RTL «le geste de Bertrand Delanoë» qui a apporté son soutien à la maire de Lille faisant preuve d’ «un esprit de sacrifice au service du parti». «Chacun doit balayer devant sa porte», a répliqué Jack Lang à Ségolène Royal qui a dénoncé les «changements de pied» de certains au PS. L’ancienne candidate à l’Elysée avait annoncé «il y a quelques semaines qu’elle mettait sa candidature au Frigidaire» pour la ressortir ensuite, a-t-il redit.

8h50: Royal soutient Frêche : La présidente de Poitou-Charentes a dû justifier son soutien au très polémique Georges Frêche, chassé du PS suite à des propos hostiles. «C’est un élu important, c’est un maire qui a transformé la ville de Montpellier, c’est un homme cultivé, c’est un homme intelligent», a expliqué Ségolène Royal à propos de l’ex-maire de Montpellier et homme fort de la fédération PS de l’Hérault, l’une des clés de la victoire de Royal lors du vote des militants. Certes, il a fait «beaucoup de maladresses mais s’il fallait exclure du Parti socialiste tous ceux qui ont fait des maladresses et qui ont dit des choses, notamment sur la candidate à l’élection présidentielle, bien plus répréhensibles (…), eh bien il y aurait beaucoup d’exclusions à prononcer», estime la candidate.

8h40 : Royal dénonce le «Tout-sauf-elle». «Ce front existe. On le voit bien», a regretté la présidente de la Région Poitou-Charentes sur France-Inter. «Je ne sais pas quelles sont les manouvres d’appareil qui sont derrière cette évolution. Ce n’est pas la première fois que le vote des militants n’est pas respecté. Or les militants m’ont placée devant», a-t-elle rappelé avant d’admettre que le ralliement du maire de Paris à celle de Lille pour le poste de premier secrétaire, «compliquait arithmétiquement» la donne. «Ma conviction profonde c’est que les militants sont en avance sur bien des responsables au PS. Si je suis désignée, c’est pour pousser en avant une nouvelle génération. Je retendrai à nouveau la main à mes concurrents», a-t-elle assuré.

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