De divisions politiques en polémiques à répétition, le Parc national des Calanques peine à voir le jour.

calanque-port-miouLundi 15 décembre, l’Espace Bargemon a été secoué par un Conseil municipal pour le moins mouvementé : durant toute la matinée, l’hémicycle a été le théâtre de débats politiques à couteaux tirés.

La question du vote de l’avant projet de création du Parc national des Calanques n’a pas échappé à la tension ambiante, à l’image de la vive altercation entre Jean-Claude Gaudin et Patrick Menucci, plus en verve que jamais, sur la question de la délimitation du périmètre du cœur du Parc.

Rappelons que depuis 1999, date de la création du Groupe d’intérêt public des Calanques (GIP), chargé d’élaborer les grandes orientations de ce projet, son Président, Guy Teissier, tente tant bien que mal de porter un dossier particulièrement sensible, aux enjeux plus politiques qu’environnementaux, comme en témoignent les interminables concertations publiques entre les acteurs de la vie des calanques et les collectivités locales.

En effet, en dépit de dix longues années d’études de faisabilité et d’expertises en tout genre, force est de constater que le Parc national des Calanques s’apparente davantage à un vaste chantier en construction qu’à un projet finalisé et abouti. La prise de bec entre le maire des 1er et 7ème arrondissements et Jean-Claude Gaudin, n’en est ni plus ni moins que l’éclatante démonstration.

Dès lors, une question se pose : comment expliquer un tel immobilisme? Si pour beaucoup, l’explication se veut avant tout politique, en raison des divisions non dissimulées entre les élus locaux impliqués, d’autres n’hésitent plus à pointer du doigt la complexité et l’opacité d’un dossier à l’instruction tortueuse.

Gaudin plombe-t-il le projet?
Les Calanques constituent un écrin de verdure, à la fois atypique et fragile en raison de l’interpénétration des milieux naturel et urbain. Ainsi, lorsque l’idée de créer un Parc national des Calanques émerge, c’est la population marseillaise toute entière qui encense le projet. Et pour cause, ledit parc a pour objectif de mettre en place une structure pérenne jugulant un financement national à même de pouvoir recevoir la manne des Fonds européens.

Pourtant, en coulisses, les choses s’avèrent plus compliquées qu’il n’y paraît. La municipalité tient d’abord un discours pour le moins ambiguë, à l’image des atermoiements du maire Jean-Claude Gaudin. Aussi surprenant que cela puisse paraître, ce dernier, cabannonier à ses heures du côté de Sormiou, ne s’est jamais positionné comme un fervent défenseur du projet, provoquant ainsi l’incompréhension d’un Guy Teissier, désireux de « tout changer », comme il aimait le confier au moment de la création du GIP.

L’attitude contradictoire de l’édile marseillais atteindra son paroxysme lorsque le 25 juin 2007, le Conseil Municipal adopte une délibération destinée à l’aménagement de l’ancienne batterie militaire du Mont-Rose, implantée à l’entrée du site classé des Calanques, aux fins de construction d’un projet hôtelier de grande envergure.

Cependant, face au tollé général provoqué par cette annonce, Jean-Claude Gaudin, passé expert dans l’art de la volte-face, sera contraint d’abandonner l’idée d’un quelconque grignotage immobilier et, plus avant, officialisera pour la première fois son soutien à la création du Parc, début octobre 2007 !

Il est vrai que nous étions entré, in fine, dans la campagne des municipales et que le candidat Jean-Noël Guérini, toujours patron du riche département des Bouches-du-Rhône, avait montré les dents en organisant une conférence de presse sur place avec le soutien des riverains et de toutes les associations écolos de Marseille, menaçant même de préempter les lieux si d’aventure le maire de Marseille persistait dans ses funestes projets…

Du côté de l’Hôtel de Ville, le revirement à 180° du maire fera également grincer des dents, à l’instar de Guy Teissier qui, loin de l’optimisme arboré à ses débuts, confiait ne « pas saisir en quoi ce qui était difficile hier l’est moins aujourd’hui » (Rue89 – 09/08/2008). Ambiance…

Un projet sensible et complexe
Si le dossier du Parc contient son lot de querelles politiques, il regorge également d’impératifs écologiques, scientifiques et démographiques que le GIP des calanques peine à gérer.

Le premier point noir du projet concerne la délimitation du Parc. En théorie, deux zones doivent être dessinées : d’une part, « le cœur », espace soumis à une réglementation particulièrement restrictive, et d’autre part, « le périmètre d’adhésion », correspondant au territoire des communes qui adhèrent volontairement à l’objectif de protection environnementale.

Cependant, en pratique, la définition du périmètre est un véritable casse-tête, en raison des spécificités de certains territoires des Calanques, tels que Sormiou et Morgiou, habités toute l’année, ou Port-Miou, donnant lieu à des autorisations d’occupation temporaire (AOT) qui n’auraient plus lieu d’être accordées en cas d’incorporation dans le cœur du Parc.

La situation est d’autant plus complexe qu’elle présuppose la question du financement dans la mesure où seule la zone du cœur du Parc peut ouvrir droit à une subvention étatique, et non des moindres, « environ 7 millions d’euros par an », comme le fait remarquer Guy Teissier .

La deuxième difficulté concerne la nécessaire conciliation entre les différents usages du massif des Calanques et la réglementation applicable au sein du Parc.

Alors que le président du GIP concède qu’ « il y a encore beaucoup de pédagogie à faire » (La Provence – 3/12/08), son bras droit, Lionel Royer-Perreault, préfère parler de « compromis naturel » dans un discours, dénué de réponses concrètes et révélateur de la lente avancée du dossier : « La chasse ? elle fait partie d’une culture et d’une histoire, de manière raisonnée, elle a sa place dans le parc. La pêche ? les pêcheurs répertoriés pourront continuer à pêcher. Quant aux amarrages, un groupe de travail spécifique se penchera sur la question ».

Toujours est-il que le mois dernier, lors de l’annonce officielle de sa démission du groupement, Michel Villeneuve, directeur de recherche au CNRS à Marseille, ne partageait visiblement pas l’optimisme démesuré de certains élus dirigeants. Las, il n’hésite pas à dénoncer la politique du GIP, peu enclin à suivre les recommandations scientifiques des géologues vis-à-vis de la gestion des Calanques, et à critiquer la complexité d’un dossier, empreint de contradictions.

Pour les plus fins observateurs, cet énième rebondissement, à l’élan contestataire, renvoie à un problème bien plus profond que la simple divergence d’opinions : en ces temps de fortes préoccupations environnementales, pourquoi un projet aussi louable que la création d’un Parc national ne parvient-il pas à fédérer les différents partenaires impliqués, comme ce fut pourtant le cas lors de la course au titre de capitale européenne de la culture ?

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1 commentaire

Classé dans Economie, Environnement, Général, Ils ont dit, Les grands projets, Municipales 2008, Politique, Pour vous faire votre opinion

Une réponse à “De divisions politiques en polémiques à répétition, le Parc national des Calanques peine à voir le jour.

  1. geneviève

    Pour rebondir sur la dernière phrase, parce qu’un parc national des calanques n’est pas assez « porteur » et que Jean-Claude GAUDIN a certainement d’autres préoccupations que la défense de notre joyau marseillais.

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