Neige à Marseille : A qui la faute ?

bonhomme-de-neige-vieux-portMercredi 07 janvier 2009, la cité phocéenne découvre un paysage auquel elle n’était pas habituée : en ce début de saison hivernale, la neige s’est improvisée en hôte exceptionnel pour le plus grand bonheur des uns et le désespoir des autres. En seulement quelques heures, pas moins de 20 cm de neige ont recouvert la ville, qui, de mémoire de Marseillais, n’avait plus connu pareille intempérie depuis 1987.

Si l’offensive météorologique fut rapide, les conséquences de cet enneigement inédit ne se sont pas fait attendre : axes routiers bloqués, transports en commun quasi-inexistants, établissements scolaires fermés, marins-pompiers débordés, services des urgences surchargés…

Face au spectacle surréaliste d’une ville en proie à la paralysie totale, une interrogation subsiste : comment les pouvoirs publics ont-ils pu, à ce point, se laisser surprendre par les pièges de la poudreuse ? En effet, la surprise passée, les critiques ont fusé de toute part sur l’épineux sujet de la gestion de l’événement par les acteurs locaux.

Du laxisme de l’Hôtel de Ville au manque de réactivité de la Communauté Urbaine, personne n’est épargné. Pas étonnant donc que dès le lendemain, le Premier Ministre, François Fillon, peinant à contenir sa colère, taclera ouvertement Jean-Claude Gaudin et le Préfet des Bouches-du-Rhône, Michel Sappin, tenus pour responsables du blocage inacceptable de la seconde ville de France.

Cependant, si l’épisode marseillais a résonné jusqu’à la capitale, c’est surtout parce qu’il révèle une incapacité plus nationale que locale à surmonter cette crise, caractérisée par un manque flagrant de moyens et de coordination. La neige fondue, le calme revenu, le moment de l’analyse des dysfonctionnements est venu. Analyse.

Marseille : un manque logique de moyens

Avec un taux d’enneigement moyen de 0.014%, il serait utopique de croire que la cité phocéenne se dote des équipements derniers cris de déneigement et de salage. « Nous ne sommes pas à Chamonix ou à Montréal », ironisait le Maire de Marseille à l’annonce de l’ouverture d’une enquête par les services de l’Etat, et, à juste titre, il serait ridicule de dépenser le moindre centime pour acheter des engins utilisables tous les 20 ans. Dans un département où le feu sévit chaque année, l’investissement en canadair ne serait-il pas plus opportun ?

Malgré tout, des moyens moins onéreux, sans parler d’investissement pharaonique, auraient permis de traverser l’épisode neigeux sans bloquer toute en ville pendant près de trois jours. Salage et sablage ont toujours prouvé leur efficacité pour faire face à la neige mais, encore faut-il le faire de manière suffisamment abondante et répétée afin que les caprices de la météo ne viennent pas anéantir les maigres initiatives préventives de la municipalité. Sans attendre les directives du Représentant de l’Etat, les collectivités territoriales marseillaises ont pris l’initiative de procéder à un salage préventif tôt dans la nuit et ce malgré un bulletin d’alerte météo donné uniquement pour le Nord du département. Cependant, les pluies nocturnes ont réduit à néant tous les efforts des acteurs locaux, qui ont constaté à leur réveil le scénario imprévisible d’une ville recouverte d’un manteau blanc.

Les dégâts étaient déjà irréversibles au regard des moyens humains, principaux absents de ce dispositif. Car au beau milieu de cette pagaille géante, une question récurrente, caractéristique de l’opinion publique, se pose : Où se trouvaient les hommes en jaune ce Mercredi 7 janvier ? Si l’Hôtel de Ville et la Communauté urbaine, dans une position commune, se défendent d’une quelconque sous-représentation de leurs effectifs, force est de constater l’inadéquation entre les moyens humains alloués et l’ampleur du problème. Curieuse défaillance quand on sait que sur les routes départementales, 40 camions commençaient à tourner depuis le mardi soir et que 300 agents du Conseil général étaient exceptionnellement dépêchés pour déverser plus de 360 tonnes de sel, en provenance des Salins-de-Giraud.

L’Etat patine et enquête

Faut-il en déduire pour autant que les pouvoirs publics locaux sont les uniques responsables de la gestion catastrophique de l’événement ?
Si la caricature et le sensationnel dopent les ventes des médias, une réflexion plus en profondeur s’impose afin de relativiser la part de responsabilité de chacun des acteurs présents.

L’Etat, si prompt à critiquer, ne l’a pas tant été à déneiger devant sa porte ; en effet, n’est-il pas du ressort du Préfet, comme représentant de l’Etat, de coordonner les missions et actions de chacun sur un même territoire ? Au-delà des désagréments supportés par les Marseillais, c’est surtout l’accumulation de véhicules bloqués, privés de l’aide et de l’assistance des agents de l’Etat, sur les autoroutes qui a posé le plus de problème. La critique faite aux uns est tout aussi valable pour les autres et soulève la question de la réactivité de l’Etat dans une région, placée depuis le début de la semaine en alerte orange.

L’absence de positionnement clair de Michel Sappin a entraîné l’inertie de bon nombre de services publics. Le cas des écoles est un exemple révélateur de la période de flottement et d’immobilisme dont le Département a souffert, contraignant chacun à prendre des décisions dans l’urgence. Ainsi, Jean-Claude Gaudin a du annoncer dans la précipitation la fermeture des écoles primaires, dont il a la charge, faute d’arrêté préfectoral.

Il en a été de même pour la capacité de l’Etat à fédérer rapidement les différents services compétents sur une mission commune et unique d’intérêt public. L’administration hospitalière, qui ne souffre pas des hésitations conjoncturelles, dispose de son Plan Blanc pour rappeler les personnels en cas de nécessité. Tous ces dysfonctionnements doivent conduire à une réflexion sur la mobilisation rapide des différents moyens à mettre en œuvre en cas de crise météorologique ou autre. M. Fillon peut se mettre en colère sans pour autant stigmatiser les collectivités territoriales en les isolant davantage et en les tenant pour uniques responsables d’une déficience pourtant collective.

En dépit de la polémique, on retiendra surtout les vertus de la neige sur le moral d’un grand nombre de Marseillais, ravis de chausser les skis sur les pentes de la Bonne Mère. Partout dans la ville, une ambiance bon-enfant flottait malgré les éternels râleurs et mécontents. Sans pour autant oublier que certains ont fait les frais de cet enneigement exceptionnel, il est important de noter qu’aucune victime n’est à déplorer sur l’ensemble du département.

Marseille, la singulière, s’est une fois de plus démarquée en faisant parler d’elle à tort ou à raison. Comme le soulignait Jean-Noël Guérini, lors de la présentation de ses vœux à la presse hier, il y aura toujours à l’égard de Marseille deux poids, deux mesures.

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