Plan anti-crise de Sarkozy, le compte n’y est pas !

sarkozy-crise-caricatureOn l’avait annoncé, proclamé, affirmé avec force ambition, biceps gonflés, comme on le fait d’une idée dont on connaît les faiblesses mais dont on sait que son seul objet est de convaincre, rassurer coûte que coûte, au moyen indubitablement efficace d’une communication soignée. Transiger sur le fond mais soigner la forme, telle est la norme élyséenne désormais.

Ainsi fait le 13 janvier dernier, alors que le chef de l’Etat plantait son plan de relance à la vox populi, chiffré à 26 milliards d’euros. Adopté avec 316 voix pour et 212 contre par les députés, ledit plan piloté par le fraîchement nommé ministre chargé de la relance, Patrick Devedjian, se voulait fédérateur : «Les élus ont un rôle capital dans la mise en œuvre des projets » avait-t-il alors déclaré. « Je compte sur vous. Notre pays doit nous trouver rassemblés face à cette crise injuste que nous affrontons avec courage.»

Malgré les différentes mesures prévues par le gouvernement, les partis d’opposition et les économistes restent dubitatifs sur le réel impact de ce texte. L’heure est aujourd’hui au bilan des mesures prises pour l’hexagone. En plein cœur de la crise, celui qui exhortait à un déblocage massif de fonds lors de sa présidence à l’Union Européenne semble plutôt avoir accouché d’une souris. Une fois de plus, il y a long de la parole aux actes et le compte n’y est pas… Loin s’en faut. Analyse.

Décryptage du plan anti-crise de Sarkozy
Le plan du président de la République a de quoi surprendre et ce, pour plusieurs raisons. D’abord, il n’est pas aussi massif ni aussi global que celui promis au sortir du dernier sommet européen des 15 et 16 octobre 2007, ni même celui décliné dans l’urgence lors du discours de Douai, en décembre dernier. Il privilégie l’investissement mais, contrairement à ses homologues de la zone euro, néglige la consommation en dépit de l’effet immédiat de ce levier de croissance sur l’économie. Pendant que nos voisins britanniques abaissent de 2,5 points le taux de TVA, que l’Espagne fait du soutien des classes moyennes et populaires une priorité, les 200 euros alloués aux bénéficiaires du RSA dans le cadre du plan de relance font pâle figure.

Le « président du pouvoir d’achat » semble très éloigné des difficultés qui frappent aujourd’hui les ménages français. Pourtant, la consommation accusant déjà un recul de 0,1% au premier trimestre 2008 avait entraîné une baisse de 0,3% du PIB. Ajouté à cela, un taux de chômage en nette augmentation, on imagine mal comment ce plan de relance pourrait s’ériger en rempart contre la crise.

Aucun effort, en effet, ne doit être épargné face aux très graves dangers que la récession fait planer sur l’emploi. A commencer par les secteurs les plus touchés, comme l’automobile ou le bâtiment. D’ailleurs, sur les 1.8 milliards annoncés pour le logement, seuls 700 millions seront réellement alloués à ce secteur, la première copie budgétaire du gouvernement enregistrant une baisse de 1,1 milliards. En ce qui concerne l’automobile, le seul plan ambitieux incarné par la prime à la casse de 1000€ aura pour principal effet d’écouler les stocks de véhicules invendus sans pour autant relancer la production ou inciter à la consommation.

Concernant les projets d’investissement, le président Sarkozy annonce un effort de près de 10,5 milliards d’euros pour mener à bien de grands chantiers comme la construction de nouvelles lignes de TGV ou encore le Canal Seine-Nord pour lesquels l’Etat ne participe qu’à hauteur de 4 milliards, le reste étant à la charge des entreprises publiques ou des collectivités territoriales.

Cependant, ces dernières durement frappées par la crise (restrictions des crédits) et les difficiles compensations financières d’Etat dues à la décentralisation « Raffarin », risquent d’avoir bien du mal à honorer leurs engagements. Au final, après décompte et autres soustractions, seuls 4 à 5 milliards d’argent frais sortira vraiment des caisses de l’Etat.

Les collectivités territoriales réagissent
L’agitation présidentielle suffira-elle pour autant à camoufler l’inadéquation entre les moyens dispensés et la sévérité de cette crise économique ? Assurément non à l’échelle nationale. Tous les experts reconnaissent que ce plan est l’un des moins ambitieux des pays développés et que son impact sur la croissance sera très faible.

Le gouvernement laisse donc à la charge des collectivités territoriales le choix des dispositifs pour réduire l’impact de la récession sur leur territoire, à l’image des Bouches-du-Rhône qui à lui seul prévoit dans son budget plus d’un milliard d’euros pour soutenir le tissu économique départemental.

Premier donneur d’ordres de tous les Départements avec près de 460 millions d’euros d’investissements productifs en 2008, le Conseil général 13 contribue par sa politique volontariste, au maintien de dizaines de milliers d’emplois dans le secteur privé.

En guise de soutien à ce secteur, le gouvernement propose quant à lui, de régler ses dettes qui représentent la coquette somme de 11,5 milliards d’euros. Ces mouvements de trésorerie viendront-ils à bout des difficultés des entreprises alors que le secteur bancaire n’a jamais été aussi frileux pour dispenser ses crédits ? C’est certes une bouffée d’air frais mais qui ne les protègera pas d’une asphyxie due à une consommation en berne.

La répartition des compétences dans le système français est ainsi faite. Seul l’Etat a le pouvoir d’agir directement sur le porte monnaie des citoyens. Les collectivités territoriales, quant à elles, ne disposent pas des mêmes outils et missions.

On se demande alors pourquoi Nicolas Sarkozy, sous couvert d’un plan de relance présenté comme audacieux, accroît davantage les difficultés desdites collectivités. Ce choix est presque suicidaire au moment où elles vivent de plein fouet le goulet d’étranglement des crédits bancaires. Certaines sont en quasi faillites désormais, et ce n’est qu’un début !

Pour Jean-Noël Guérini (Conseil général) et Eugène Caselli (MPM) comme pour Jean-Claude Gaudin (Mairie de Marseille) et Michel Vauzelle (Conseil régional), le choix est fait. Il est unanime. Les taux d’investissement seront, au pire, reconduits, au mieux, augmentés. Pas question pour eux de réduire la voilure au moment où la crise va porter ses premiers effets négatifs au premier semestre 2009 en Provence, comme partout en France.

Si cela ne fait pas de difficultés pour le Conseil général des Bouches-du-Rhône, peu endetté, ce choix aura un prix coûteux pour les autres collectivités, notamment la Mairie et la Communauté urbaine de Marseille, dont les finances sont dans le rouge « sang » depuis des lustres. Pas d’autres choix que d’augmenter les impôts ou de revoir drastiquement à la baisse les projets en cours, pourtant mirifiques : Marseille-Provence 2013, capitale européenne de la culture, entre autres.

L’investissement, c’est soutenir l’emploi sans pour autant perdre de vue la nécessaire solidarité publique, surtout lorsque les effets dévastateurs de la crise toucheront directement les foyers des milliers de nouveaux chômeurs.

Les élus locaux, en prise directe avec leurs administrés, ont certainement analysés plus concrètement les turbulences économiques de la crise en gardant fixe le regard dans le viseur humain.

Les annulations successives de vœux aux corps constitués font œuvre symbolique certes, le choix de reverser les 250 000 euros nécessaires à son organisation, par Jean-Noël Guérini (nonobstant une enveloppe supplémentaire « exceptionnelle » de 600 000 euros), en faveur des associations caritatives montrent néanmoins le caractère urgent de pallier les défaillances de l’Etat qui, exsangue, tend à faire croire qu’un tour de passe-passe a valeur de réelles actions. Ceci n’est que pure illusion…

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Classé dans Culture, Economie, Général, Ils ont dit, Les grands projets, Politique, Pour vous faire votre opinion, Social, Transports

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