Au moment ou les violences sexuelles explosent, les Plannings familiaux se meurent faute de financements. Celui de Marseille cumule les inconvénients.

logoplanningfamilialDeux dates, deux réalités diamétralement opposées. Sorti le 5 novembre 2008 et présenté à la Quinzaine des réalisateurs dans le cadre du Festival de Cannes, le film « Les bureaux de Dieu », réalisé par Claire Simon, décrit avec réalisme l’indispensable mission d’utilité publique des conseillères d’un planning familial. Le 23 décembre 2008, lassé et usé par des conditions de travail et de logement indignes, le personnel du Planning familial de Marseille, ferme ses locaux du 13 boulevard d’Athènes mais ne jette pas l’éponge pour autant….

La trêve des confiseurs digérée, le 7 janvier 2009, malgré une journée d’enneigement exceptionnel, l’association décide d’alerter les pouvoirs publics sur l’urgence de sa situation en installant des bureaux de fortune et salons d’entretien improvisés sur le trottoir du 13 du Boulevard d’Athènes.

Face à l’incapacité des acteurs locaux à trouver une solution coordonnée adéquate, le planning familial réitérera demain, à 14h, son action symbolique dans le 1er arrondissement de la cité phocéenne. Pourtant, cette fois-ci, la manifestation dépassera le seul cadre local, mais participera d’un mouvement contestataire national, et pour cause.

La journée du 27 janvier 2009 sera ainsi l’occasion pour l’association phocéenne, et plus généralement, le secteur médico-social tout entier, de mettre en avant deux revendications majeures : d’abord l’amélioration spécifique à Marseille de ses conditions de travail et, d’autre part, le refus d’une diminution du montant annuel des subventions consenties par L’Etat à l’ensemble des Plannings familiaux de France.

Le casse-tête du relogement du Planning familial de Marseille
Inondations, coupures d’électricité, arrêt du chauffage en pleine saison hivernale, locaux vétustes, délabrés, exigus et inadaptés à l’accueil du public en situation de handicap ou à mobilité réduite… Voilà, de manière non exhaustive, les difficultés supportées par la trentaine de salariées dans leurs bureaux du Boulevard d’Athènes.

Ce constat est d’autant plus préoccupant que le Planning familial marseillais représente la troisième plus grande structure associative après Paris et Grenoble. Chaque année, ce sont plus de 5.000 personnes qui viennent y trouver une écoute, un conseil, un accompagnement sur les questions liées à la vie affective et sexuelle. Il en va de la prévention contre les infections sexuellement transmissibles, de la contraception, de la lutte contre les violences conjugales et l’homophobie, de l’expérimentation d’une vie sexuelle et sentimentale épanouie…

A ce chiffre, s’ajoutent également 30.000 personnes qui bénéficient d’informations (écoutes téléphoniques, animations scolaires, animation collectives avec des adultes, formation…) sur l’ensemble des Bouches-du-Rhône.

Dans un tel contexte, on peut donc aisément comprendre le ras-le-bol exprimé par l’ensemble des équipes médico-sociales, placées depuis trop longtemps dans l’attente d’un local décent et digne de ce nom.

Cependant, dans la pratique, les choses s’avèrent plus compliquées qu’il n’y paraît car la question du relogement du personnel est soumise au jeu du marché immobilier.

Or, comme le souligne, Claire Ricciardi, présidente du Planning familial de Marseille depuis douze ans, les prix actuels de l’immobilier rendent impossibles l’éventualité d’un redéploiement des effectifs au sein du parc locatif privé marseillais. « Il nous faudrait assumer un loyer en augmentation de plus de 400%, alors que nos permanences sont déficitaires », déplore-t-elle.

Les pouvoirs publics seraient-ils alors les seuls à pouvoir faire sortir l’association de l’impasse ? Rien n’est moins sûr. En effet, la dernière réunion en date, qui s’est tenue le 15 janvier dernier dans les locaux de la Direction départementale de l’action sanitaire et sociale (DDASS), laisse peu de place à l’optimisme. Il manque 50 000 euros pour payer le loyer d’un nouveau local central… C’est peu de chose au regard de l’action publique et pourtant insurmontable pour l’association qui ne vit que de subsides publics….

Si le Conseil général honore fidèlement ses engagements à hauteur d’une subvention de 120 000 euros par an comme l’indique ce soir même sur son blog, Jean-Noël Guérini, avec force vidéo à l’appui, visiblement sensible à la cause, les autres acteurs publics patinent, notamment ceux gérés à l’Hôtel de ville. La mairie de Marseille ne propose qu’un éclatement des activités, hypothèse difficilement concevable au vue de la mission du Planning.

Sarkozy envoie un message moral quasi traditionaliste

Cependant, si la question du relogement de l’association phocéenne reste ouverte, un autre problème, encore plus inquiétant, obscurcit l’avenir d’une grande partie des Plannings familiaux français. On apprenait aujourd’hui même la quasi disparition du financement par l’État. On en viendrait presque à croire que le sort s’acharne sur les « bureaux de Dieu »…

Le projet de loi de finances 2009 ne laisse planer aucun doute : le montant des actions déconcentrées sur le conseil conjugal et familial est amputé de 42% pour 2009 (passant de 2,5 à 1,5 M d’euros) et de 100% en 2010. La conséquence d’une telle coupe budgétaire est, cela va sans dire, dramatique.

Au moment où le pays s’inquiète de la sexualité des jeunes, notamment dans les quartiers sensibles, avec son lot de « tournantes » dans les caves des immeubles et de découverte sexuée via les films pornographiques si facile d’accès sur Internet, un tiers des associations départementales et nationales n’y résisteront pas d’ici peu, très peu, quelques mois tout au plus. De surcroit, l’État affiche ouvertement son mépris envers le devoir d’éducation à la sexualité et d’information sur les droits sexuels, comme le prévoyait pourtant, le titre I de la loi Neuwirth (décembre 1967).

L’augmentation de la fréquence de 23% du nombre de personnes qui se sont déplacées dans les centres par rapport à l’année précédente n’aura donc pas suffit à convaincre le gouvernement du bien-fondé et de la nécessité de soutenir leur action ; pas plus d’ailleurs que les 450 000 personnes bénéficiant chaque année en France d’un soutien téléphonique, de formations ou d’animations collectives.

Né sous le nom de «Maternité heureuse» le 8 mars 1956, le mouvement, devenu Planning familial (MFPF) en 1960, a accompagné des générations toutes entières de femmes dans la revendication de leurs droits. Près de cinquante ans plus tard, les pouvoirs publics, s’appuyant sur le constat d’une conjoncture en berne, préfèrent opter pour une diminution des crédits au moment même où débute la troisième année de la campagne nationale de contraception. Comble du paradoxe, le 1er janvier 2009, Simone Veil, à l’origine de la dépénalisation de l’avortement, a été élevée au rang de grand officier de la Légion d’honneur.

C’est donc avant tout pour dénoncer «une politique gouvernementale d’économies» que les Plannings familiaux de France organiseront solidairement demain une action symbolique, avec en tête le souvenir encore vivace des grands combats gagnés dans les années 60 et 70 pour le droit à la contraception, à la lutte contre l’homophobie et à la dépénalisation de l’avortement.

Au même moment Benoît XVI réintègre la frange la plus traditionaliste, tridentine, négationniste et pourtant schismatique sous Jean-paul II, dans le giron catholique. Plus encore qu’une volonté d’économie, c’est un message politique, voire religieux, qui est envoyé à la nation par Nicolas Sarkozy, pourtant omnipotent, une reprise en main morale qui fleure bon le danger liberticide. Attention danger !

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