Sécurité à Marseille : le sous-effectif des agents de police rend les transports en commun peu sûrs

230707SSI04Mardi 13 janvier 2009, un chauffeur de bus de la ligne 8 dans le quartier Saint-Just a été violemment agressé. Deux jeunes, visiblement sous l’emprise de l’alcool, ont pointé une arme de poing non chargée sur leur victime actionnant la gâchette à deux ou trois reprises avant de lui donner un coup de crosse.

Solidaire, le personnel de la RTM déposait un préavis de grève de 24 heures paralysant à nouveau la ville provoquant la grogne des usagers. Ironie du sort ou timing malheureux, une semaine après l’épisode neigeux.

Ce fait divers dramatique renvoie à la question récurrente de la sécurité dans les transports en commun déjà largement abordée à la suite de l’affaire Mama Galledou, étudiante brûlée vive dans un bus incendié à Marseille en 2006. Poussés par l’opinion publique alors très choquée, les pouvoirs locaux avaient redoublé de promesses afin de limiter la montée de la délinquance à l’égard du personnel et des usagers des transports collectifs marseillais.

Deux ans après et malgré la mise en place de 600 caméras de vidéo surveillance sur le réseau de la régie phocéenne, le même constat désolant s’impose : les atteintes à la protection des biens et des personnes ne cessent d’aller crescendo.

Une police municipale en sous-nombre
Les marseillais sont en droit de monter dans un bus ou une rame de métro sans avoir la peur au ventre. Les salariés des entreprises de transports urbains aussi. Ils attendent des pouvoirs publics une réelle protection.

Essuyant les critiques des usagers suite au mouvement de grève, les syndicats ne cachent plus leur exaspération, « Si c’est pour créer une commission et dire que c’est en discutant entre nous que l’on va soigner ce mal, ce n’est pas la peine, on a préféré s’épargner cette épreuve inutile » déclarait Jean-Marc Lafon, Secrétaire général de la CGT à la RTM, le 14 janvier dernier.

Face à cette montée en puissance de la délinquance et des actes de violence, quelle serait alors la solution ? Il est certain que le traitement de l’insécurité ne peut être sectorisé. Il ne commence, ni ne s’arrête, aux portes du réseau de transport en commun.

Un partenariat pour une meilleure mutualisation des moyens reste l’outil le plus efficace dans la lutte contre l’insécurité. Les acteurs locaux le savent bien. Le sénateur-maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin, est d’ailleurs monté au créneau la semaine dernière pour demander au premier ministre François Fillon l’apport de 300 policiers supplémentaires afin d’accroître sensiblement le nombre de patrouille dans la ville. Conjonction du temps ou effet d’annonce ? On apprenait deux jours plus tard qu’une compagnie de sécurisation forte de 104 policiers viendrait renforcer, début avril, les 3000 policiers marseillais.  » 5 à 6 patrouilles supplémentaires par jour » annonçait Pascal Lalle, Directeur départemental de la sécurité publique.

Plus largement, la sécurité à Marseille reste un sujet sensible lié notamment au problème du déficit des effectifs de la police municipale. Celle-ci, auditée maintes fois, avait fait l’objet de remarques sévères sur son organisation. Déjà, en octobre 2006, après un mouvement de grève des policiers qui protestaient contre leurs conditions de travail, la direction générale des ressources humaines de la ville avait dressé un rapport plutôt salé.

L’étude constatait en effet un désengagement de la police municipale sur certaines missions de proximité, la mobilisation d’une partie des effectifs sur le chantier du tramway, des missions protocolaires de plus en plus nombreuses et d’une manière générale, un nombre insuffisant de policiers sur le terrain. Il relevait ainsi que «la police municipale totalise un nombre presque plus important de gradés que d’agents d’exécution ce qui crée sur le terrain un déséquilibre dans la réalisation des missions». Et de préconiser le recours «à des mesures disciplinaires pour sanctionner ceux qui manqueraient à leurs obligations professionnelles».

Qu’en est-il aujourd’hui ?
Pour l’heure, il y a 250 policiers de moins aujourd’hui qu’en 1981 à Marseille. Or, ce n’est pas le tout de promouvoir une politique de vidéosurveillance active, encore faut-il qu’il y ait des fonctionnaires derrière les écrans. Pour lutter contre l’insécurité, moyens matériels et humains vont de pair.

C’est bien là que le bât blesse. Avec un effectif de 250 policiers municipaux pour une ville qui compte 840 000 habitants, Marseille fait pâle figure en comparaison de Lyon qui en dispose de 364 pour 450 000 habitants. Qu’en est-il, du reste, de la nécessaire coordination des effectifs municipaux avec les forces de la police nationale ? Exécrable à ce que l’on dit, à mots couverts, de part et d’autre. Un rapport condescendant de professionnels à amateurs d’un côté, des « cadors qui sont peu sur le terrain contrairement à nous » selon les agents municipaux.

Dans un tel contexte, la Direction de la RTM aurait bien du mal à contrer à elle-seule la montée de la violence. Malgré ses excellents états de service, spécialiste de l’intégration et de la sécurité,  Karim Zeribi, Président de la régie des transport marseillais, aura bien mal à résoudre une équation que le gouvernement n’arrive pas à solutionner alors que la dernière statistique nationale enregistrait une hausse de 2.4% des actes de délinquance avec violence.

Engluées dans ce conflit social, les instances dirigeantes seraient bien en peine de trouver une solution miracle sans le soutien des forces de police. Doter Marseille des moyens en adéquation avec sa position de seconde ville de France semble relever du simple bon sens. La crise économique que nous allons traverser dans les mois qui viennent ne va certes pas arranger les choses avec son lot de licenciements et de détresse…

Il n’est plus question pour les parties en présence de se renvoyer la balle mais d’assumer chacune leur part de responsabilité pour parvenir à un but commun : relever le niveau de sécurité de la ville. Pour l’atteindre, peut-être conviendrait-il d’assurer une coordination sans faille entre services, dans le respect et la synergie des missions de chacun, de réorganiser le fonctionnement des compagnies et brigades afin de permettre au plus grand nombre des agents d’être réellement sur le terrain, entre autres.

Coupable d’avoir voulu venir en aide à ses passagers importunés par deux délinquants désormais appréhendés par la police départementale, ce chauffeur en est devenu la victime. Coupable d’avoir agi en homme responsable, il a provoqué l’émoi de ses collègues de travail exposés au quotidien aux mêmes dangers.

Cette nouvelle sonnette d’alarme fera-t-elle prendre conscience aux pouvoirs publics de l’enjeu de garantir la sécurité à chaque instant de la vie des marseillais ? Si il était déjà question en 2006 de redéployer les maigres effectifs de la police municipale, en 2009, rien n’a encore était fait concrètement.

José Allégrini, adjoint à la protection civile, déclarait en septembre dernier : « La problématique du Taser devra être l’occasion de réformer en profondeur l’organisation des policiers municipaux marseillais ». Caroline Pozmentier, son alter ego à la sécurité et à la prévention de la délinquance ajoutait récemment  : « Je vais rencontrer les différents élus dans le cadre du conseil local de sécurité et de prévoyance pour toutes ces questions et notamment celle concernant l’éventuel redéploiement des effectifs. »

Gageons juste que, face à cette interminable réflexion et audits des services municipaux, la liste des victimes n’augmente plus. Ca urge…

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1 commentaire

Classé dans Economie, Général, Ils ont dit, Municipales 2008, Pour vous faire votre opinion, Sécurité, Social, Transports

Une réponse à “Sécurité à Marseille : le sous-effectif des agents de police rend les transports en commun peu sûrs

  1. recherche emploi controleur ,merci.

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