Grèves du 29 janvier : un jeudi noir… de monde, pour quels résultats ?

photo-manif-marseille-29-janvier-2009A l’occasion de la journée d’action unitaire et interprofessionnelle, plus d’un million de personnes selon la police, 2,5 millions selon les syndicats, ont défilé jeudi dernier dans toute la France. Tous les observateurs, même ceux de TF1, prédisaient une mobilisation exceptionnelle, elle le fût, détrônant le record des 396.000 manifestants selon la Police (du million selon les forces syndicales) détenu par le mouvement social anti-Contrat Première Embauche (CPE) de mars 2006.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, peut-être faudrait-il un jour offrir à nos forces de l’ordre des lunettes et des calculettes tout comme à nos syndicats des arguments pour insister sur le fond et non gonfler des muscles déjà bien usés et rompus aux exercices d’une Presse qui, en publiant les deux chiffres, les anesthésient. Le peuple de France n’est ni aveugle, ni stupide… Voilà une de nos scories ancestrales à réformer pour tâter le pouls, réel, de la contestation ou du soutien à une idée, une politique, un leader…

Il ne fait aucun doute que cette journée de mobilisation fut exceptionnelle, rare, de celle qui dépasse largement le très faible taux de syndicalisation français. Plus encore, rarement les français, dont ont dit que le sport national est d’abord la grève, n’ont bravé le pavé aussi nombreux. Ce n’est pas le CPE qu’il convient d’avoir en ligne de mire, mais la réforme de l’enseignement libre qui a amené des millions de français, de droite comme de gauche, en 1984, à faire reculer la gouvernance socialiste pour réviser et, au final, abandonner, sa doctrine à plus de pragmatisme. On ne gouverne jamais contre mais avec…Même dans un rapport de force.

Dans la même veine, il conviendra d’être vigilant sur l’influence que va avoir ce rapport de force populaire sur l’action gouvernementale et là, dès ce matin, il semble que les dissonances apparaissent au plus haut niveau de l’Etat. Nous y reviendrons.

Les Marseillais, combien ?
Mais revenons aux chiffres, jeudi dernier, donc, le cortège avoisinait les 300 000 participants selon la CGT, 220 000 selon la fédération du Parti socialiste, et 25 000 selon les services des renseignements généraux. L’exemple même des excès marseillais. La Provence s’en est d’ailleurs émue, signe des temps. Non, la ligne médiane n’est pas forcément la vérité, elle soulage seulement les observateurs à moindres frais…

Il n’est pourtant pas très compliqué de compter le nombre de personnes au mètre carré dans un temps donné, sur une avenue comme la Canebière qui a compté des milliers de manifestations. Les scientifiques nous suivrons sur cette idée simple. Les nouvelles technologies aidant, on pourrait même les comptabiliser à la personne près si on le souhaitait…

Bref, rarement la cité phocéenne n’a vécu une telle mobilisation, comparable au défilé parisien. Sans revenir sur stérile une bataille des chiffres, il est indubitable que l’envergure de ce mouvement cache une diversité de revendications rarement rencontrées. Désormais soulevées à l’aune de la crise économique et financière. Bien des manifestants nous ont avoués qu’ils battaient le pavé pour la première fois de leur vie…

D’avis de manifestant, une telle hétérogénéité dans les rangs marque un tournant dans le conflit social. De quoi interroger sérieusement le gouvernement sans nul doute. Si la crise est mondiale, on le sait, les réponses sont toujours nationales, surtout avec un président, Nicolas Sarkozy, qui s’active pour démontrer, jour après jour, qu’il est le pilote, le décisionnaire, le réformateur, le chef…

Des revendications disparates, un vrai mal-être conjoncturel
Certes, la déclaration commune des différentes organisations syndicales (CFDT, CFTC, CFE-CGC, CGT, FO, FSU, Solidaires, UNSA) n’était pas claire et les observateurs ont eu beaucoup de mal à titrer. Mais, au fond, ces dizaines de milliers de personnes, que veulent-elles ? Que cherchent-elles, quel est le message ?

Surfer sur la vague de la détresse d’une crise économique mondiale n’aurait servi de rien, slogan peu mobilisateur. Le pouvoir d’achat ? Bien sûr là était la clef mais avec quel levier économique au moment où nos finances sont en quasi faillites ? Pragmatiques et sérieuses, les organisations syndicales, qui ne sont plus celles qu’elles ont été durant des années, convenaient d’être avant tout crédibles.

Réunir sous une même bannière les conséquences d’une crise économique sans précédent était assurément le seul levier mobilisateur et réunifiant pour les organisations syndicales : augmentation du pouvoir d’achat, sauvegarde des services publics, réforme et contrôle du système financier, lutte contre les licenciements et le chômage partiels préventifs…

La crise financière a fait naître de nombreux questionnements, du privé au public, dépassant les traditionnels clivages salariés-patronat. C’est un modèle de société qui est aujourd’hui remis en cause replaçant au cœur du débat une quête de moralisation des affaires et des valeurs de justice sociale que proposait jusqu’alors le système français.

« Nos vies valent plus que leurs profits » scandaient les manifestants, tandis que d’autres arboraient un dossard où l’on pouvait lire « humain en grève ». Loin du discours de Nicolas Sarkozy à Toulon fustigeant le capitalisme sauvage et un marché exempt de régulation, les aides allouées au secteur bancaire sans contreparties ont marqué les esprits comme autant de promesses non tenues, voire une trahison.

Rien d’étonnant donc à ce que cette onde de choc contestataire se répande jusqu’à des catégories socioprofessionnelles que l’on pensait préservées. Cadres, chercheurs, ingénieurs, magistrats et dirigeant de PME n’ont pas hésité à se mêler à la foule avec le sentiment partagé d’injustice et d’incompréhension du gouvernement et de sa fuite en avant.

Même si la crise n’a épargné aucun pays, les mesures prises en France pour minimiser son impact sont maintenant montrées du doigt. Contrairement à nos voisins européens, le gouvernement n’a pas donner l’impression d’aider les ménages à passer ce mauvais cap. Surdité ou éloignement des réalités de la part de l’Etat ?

Toujours est-il que la colère gronde dans un pays inquiet : faute de mesures massives et urgentes en faveur de l’emploi et de la consommation, la crainte de l’avenir n’a jamais été aussi forte pour tous avec 67% des français confiant leur incertitude quant à leur condition sociale.

En France, seul l’Etat ne voit plus la grève
Tout gouvernement a dû endurer l’épreuve. Pourtant, la réaction de Patrick Devedjian, actuel ministre en charge de la relance lâche : « Cette manifestation illustre un profond désarroi mais ce qui me frappe c’est qu’il n’y a aucun message clair.»

L’optimiste de Xavier Bertrand est heureux. Le nouveau chef de file de l’UMP, préfère en toute circonstance voir le verre à demi plein. Se rangeant aux cotés de la « majorité qui travaille» en ce jour de grève nationale, il en oublierait presque que parmi celle-ci beaucoup sont réduits au silence du fait d’une forte précarité et de pressions les empêchant de s’exprimer. Nonobstant tous ceux qui, comme les salariés de l’entreprise nationale d’électricité EDF, étaient révulsés à l’idée de voir des milliers de familles sans électricité. Ils portaient donc un brassard noir mais continuaient à travailler.

Mais voilà que, pour la première fois en France, naissait spontanément la première E-grève sur le réseau social Facebook. Cette grève sur Internet met en exergue la diversification des formes d’expressions modernes, de contestation comme de soutien.

Pourtant, le chef de l’Etat, Nicolas Sarkozy, très souvent au fait de l’information au point où l’on le targue de la contrôler, réagissant très rapidement, a qualifié l’inquiétude des français de « légitime » et a convié les organisations syndicales autour d’une table de négociation, à l’Elysée. Erreur de calendrier ou sempiternel et quotidien effet d’annonce, Bernard Thibaud, patron de la CGT affirmait aujourd’hui que ladite réunion été prévue pour le 7 février… Rien de neuf donc.. A priori…

Des millions de personnes dans la rue. Plus grande mobilisation française depuis des lustres. Pourtant, la couverture de l’événement au journal télévisé du 20h00  de TF1, de moins d’une minute pour six minutes sur les affres des familles à faire garder leurs enfants en crèches durant les manifestations, laisse songeur sur la ligne éditoriale de la Grand messe. Là est le vrai pouvoir présidentiel…

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