A la communauté urbaine Marseille Provence, Eugène Caselli assume la patate chaude qu’est l’incinérateur de Fos


Les élus de la communauté urbaine Marseille Provence Métropole (MPM) ont voté jeudi la mise en service en 2010 de la partie incinération de l’usine de traitement des déchets actuellement en cours de construction à Fos-sur-Mer. Sur les 157 conseillers communautaires, huit élus s’y sont opposés, sept se sont abstenus : une écrasante majorité donc.

La politique est-elle l’art du meilleur compromis ? La séance de la communauté urbaine de Marseille Provence Métropole a montré à quel point les lignes ont bougé depuis la victoire surprise du socialiste Eugène Caselli à la présidence de MPM, grâce notamment à la trahison d’élus de droite.

« Que s’est-il passé lors de cette séance historique de la communauté urbaine ? », se demandaient les manifestants de l’Ouest du département parqués sur les belles avenues entourant le Pharo : un magnifique jeu de rôles où chacun, gauche, droite, Verts, MoDem, a tenu promesse. A défaut de tenir parole.

Après l’exposé didactique rondement mené du président Caselli, agrémenté de diapositives, de colonnes et de chiffres, de camemberts et de tableaux, c’est le crooner de la droite Robert Assante qui a lancé le show. Élégance racée, micro tenu à la Julio Iglesias, l’élu communautaire, anciennement UMP passé au Nouveau centre sur les ordres tactiques de Jean-Claude Gaudin, a décliné sa tirade la main sur le cœur. « C’est une journée très particulière pour moi », a-t-il exposé en se remémorant les débats « rugueux » du passé et en témoignant sa douleur au souvenir des « Assante assassin, Gaudin assassin », taggés sur des ponts d’autoroute autour de l’Etang de Berre. Il ne suffit pourtant pas en politique d’avoir le verbe haut et facile pour convaincre.

Ainsi, avec le refus d’employer les codes politiciens, le militant associatif devenu conseiller communautaire, Victor Hugo Espinosa, petite souris face à ces mammouths politiques, a choisi de rester fidèle à ses convictions et à ses combats de toujours. Invoquant « son droit de s’exprimer au cœur du groupe Faire gagner Marseille », malgré son opposition au vote proposé par le président socialiste Caselli, il ne s’est pourtant attiré que railleries de la part de la droite. Là où cet homme juste parle de santé publique, ses adversaires politiques répondent par des invectives. Une certaine idée de la politique dépassée.

Christophe Madrolle, transfuge des Verts au MoDem, a trouvé là un allié, quand il a sévèrement interpellé l’ex-Monsieur incinérateur, Robert Assante. « Vous avez été sourd, autiste », a-t-il attaqué. « Vous savez très bien que votre choix de l’incinération a bloqué tous les autres process. Si nous devons nourrir le four, on mettra à mal tous les process de valorisation, de méthanisation et de tri sélectif. »

Eric Diard pour la droite, saisissant au bond le refus de Renaud Muselier de s‘exprimer sur un sujet aussi délicat qu’explosif, passant une nouvelle fois à côté de son désir d’être le futur leader de la droite, a tenu à rassurer les opposants au principe de l’incinération : « Toutes les études sont unanimes, les normes européennes sont aujourd’hui draconiennes. Je comprends l’inquiétude des riverains. Mais en matière de qualité de l’air, ne vous trompez pas de bataille. »

L’incinérateur ou la mise sous tutelle de MPM ?
Finalement, ce sont Eugène Caselli et par voie de conséquence, Jean-Noël Guérini, président du Conseil général des Bouches-du-Rhône, qui ont récupéré la patate chaude. Une sacrée purée même. Lors de la bataille des municipales, le leader de la gauche avait, très vite, dès son entrée en campagne, réclamé un moratoire et un audit sur la question. De fait, le moratoire a eu lieu durant l’audit. Face à une situation financière de MPM au bord de l’abîme, le tandem Caselli-Guérini n’avait guère d’autre choix que ce pis-aller. Ils ne manquent d’ailleurs pas de rappeler qu’ils sont, tous deux, opposés à l’incinération.

Autour de Etang de Berre, le maire de Fos-sur-Mer, René Raimondi, agitateur devenu professionnel, poussé délicatement dans les tranchées par le revenant maire d’Istres, François Bernadini, ennemi intime de Guérini, doit lui aussi répondre de sa détermination face à ses électeurs qui vivent, respirent, bouffent de la pollution atmosphérique depuis des décennies.

Des deux camps issus pourtant des mêmes rangs, ce sont probablement Caselli et Guérini qui agissent en élus responsables et redevables de l’argent public. D’autant plus que les propositions qu’ils ont annoncées vont dans le sens de la prudence : avec la création d’un syndicat mixte des déchets et la mise en place d’un comité de suivi sanitaire des populations, ils répondent notamment à l’une des exigences faites par WWF France auprès de Jean-Claude Gaudin quand celui-ci était encore président de MPM. Proposition balayée d’ailleurs d’un revers de main.

Alors sans doute des riverains de la future usine de traitement des déchets et quelques élus de SAN Provence auraient accordé du panache à Eugène Caselli et Jean-Noël Guérini s’ils s’étaient arc-boutés. Il n’en demeure pas moins que la politique est d’abord l’école du pragmatisme et du principe de réalité. En « héritant » d’une communauté urbaine exsangue, de dossiers trop avancés, la gauche rappelle les erreurs, les errances de gouvernance de la présidence Gaudin.

Jeudi, lors de la séance, Jean-Claude Gaudin a d’ailleurs bu du petit lait en observant la tension vécue par son successeur. Et à la naïve question d’un élu vert (« Pourquoi n’avoir pas construit un incinérateur dans chacun de 16 arrondissements de Marseille ? »), le maire a répondu, avec son sens de la répartie inégalable : « Parce que j’avais envie de rester maire ! »

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Le dossier en 4 points :

-1- La construction de l’incinérateur était-elle trop avancée pour pouvoir stopper les travaux ?
Oui : élu en avril 2008, Eugène Caselli n’a réellement pris ses fonctions que fin juin. « A ce moment, assure-t-il, la partie incinération de l’usine, la plus importante, était terminée à 95%. » Ce qui signifie que dès fin 2007, le processus était irréversible : « l’ancienne mandature avait fait en sorte d’accélérer les travaux. »

-2- Un audit était-il absolument nécessaire ?
Oui et non : oui pour avoir la certitude qu’aucune faute grave et rédhibitoire n’avait été commise par la société Urbaser Valorge en charge de la construction de l’usine. Oui encore pour fouiller et trouver un moyen de stopper l’incinérateur. Oui enfin pour calculer le dédit en cas d’arrêt unilatéral de MPM. Un dédit estimé à la bagatelle de 500 millions d’euros.

Non, en revanche car tout le monde savait que l’annulation du projet aurait à l’évidence un coût financier pour la collectivité, puisque l’incinérateur était largement construit au moment des municipales.

-3- Y a-t-il à terme une autre solution que l’incinération ?
Oui : Eugène Caselli l’a parfaitement expliqué, tout comme Jean-Noël Guérini. Ils sont opposés au process de l’incinération. De fait, Eugène Caselli a choisi une position médiane, en réduisant de 25% la partie incinération (en passant de 360 000 tonnes à 250 000 t) et en doublant la partie méthanisée, soit 220 000 t.

Pour les opposants à l’usine, les commentaires sont évidemment plus tranchés : en élaborant un nouveau plan départemental (sur lequel travaille notamment le Conseil général), en planifiant dans le temps les techniques de valorisation des déchets et leur réduction à la source, en maintenant la décharge d’Entressen aujourd’hui aux normes, et enfin en conservant la partie du projet de Fos qui comprend la méthanisation, il est tout à fait possible de se passer de l’incinération.

-4- L’incinération est-elle dangereuse pour la santé ?
Oui et non : Les anciennes normes établies pour les vieux incinérateurs (construits jusqu’en 1999) ont été largement défaillantes, provoquant autour des usines de taux de cancer en augmentation, des infertilités et des malformations chez les nouveaux-nés. L’impact sur la santé est le principal moteur de la contestation chez les riverains et les associations. Reste que si les nouvelles normes européennes sont draconiennes, les conclusions de l’audit sur le sujet laisse planer le doute : « Les nouvelles normes de l’incinération, en ne portant que sur les polluants les plus connus, n’offrent pas de garanties suffisantes sur l’innocuité des rejets. »

Eugène Caselli a, pour sa part, choisi de se placer dans le cadre de la loi, qui n’interdit pas en France l’incinération. Plus encore, il a bien pris garde de faire les choix les plus respectueux du Grenelle de l’Environnement. Il les dépasse même en créant un comité de suivi sanitaire des populations composé d’experts indépendants sous l’égide de l’incontesté InVS (Institut national de veille sanitaire). Il borde donc autant que faire se peut…

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1 commentaire

Classé dans Economie, Environnement, Général, Ils ont dit, Les grands projets, Municipales 2008, Politique, Pour vous faire votre opinion, Sécurité

Une réponse à “A la communauté urbaine Marseille Provence, Eugène Caselli assume la patate chaude qu’est l’incinérateur de Fos

  1. Et voilà la messe est dite et nous pauvres habitants de l’ouest Provence, il nous reste plus que les yeux pour pleurer et respirer dans un futur la dioxyne de carbonne de l’incinérateur des marseillais.
    Pourtant d’autres solutions existaient et Monsieur Assante, Gaudin et leurs copains n’ont jamais voulu nous écouter et essayer d’aller vers la méthanisation, le tri sélectif, ils ne voyaient que par leur grande cheminée qui enfumera tout l’ouest de la Provence jusqu’à Marseille et qui va « polluer » notre belle côte bleue.

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