Barack Obama investit résolument dans la recherche et l’innovation pendant que la France recule

obamaN’en déplaise au Vatican, le Président Obama a signé lundi 09 mars 2009 un décret autorisant le financement de la recherche sur les cellules souches embryonnaires. Interdite depuis 2001 par George W. Bush, le nouveau président américain veut désormais rompre avec la politique de son prédécesseur qui : «au lieu de promouvoir les découvertes, imposait (…) un faux choix, entre la science et les valeurs morales».

Cette promesse de campagne, aujourd’hui suivie des faits, se justifie autant par les perspectives qu’offre désormais l’utilisation de ces cellules dans le traitement de maladies dégénératives que par sa volonté stratégique de sortir les USA de la crise par « le haut » en s’appuyant sur la science. Ce désir de modernisation passe aussi pas le refinancement public d’action de recherches jusqu’alors financées par des fonds exclusivement privés, orientés vers un profit à court terme, tandis que les solutions pérennes font défaut.

Attendre que la tempête passe pour reprendre les mêmes modèles, n’est pas au programme du candidat du prometteur « Yes we can ! » qui ambitionne de modifier les liens entre science et morale, public et privé, industries gourmandes en ressources naturelles et recherches de nouvelles solutions moins coûteuses pour l’environnement.

Ce nouveau tournant pris par l’Administration Obama contraint les européens que nous sommes, à envisager l’avenir bien au delà de la sortie de crise et de nous projeter dans le monde de demain qui se décide dès maintenant.

Barack Obama résolument innovant
Avec ses 21.5 milliards, la recherche fondamentale n’est pas la seule bénéficiaire de ce plan de relance largement orienté vers l’avenir. Sur les 787 milliards votés le 17 février dernier par le Congrès américain, 120 milliards seront alloués à la recherche et le développement technologique dont 24.6 milliards pour les technologies de l’information et 50 milliards supplémentaires pour doper l’innovation en faveur des mutations énergétiques (renforcement de l’efficacité énergétique des infrastructures, stimuler le développement des voitures hybrides…) avec comme objectif de favoriser la croissance verte.

Cet effort budgétaire tend à inverser la tendance de ces huit dernières années de conservatisme féroce et d’absence de la puissance publique pour insuffler une nouvelle dynamique à l’économie américaine. La crise a au moins cela de positif : elle bouscule les théories, fait bouger les lignes et conduit les différents pays à adopter des solutions novatrices pour lutter contre le mal qui ronge leurs économies.

L’exemple de l’industrie automobile est, à ce propos, tout à fait éloquent : est-il toujours aussi judicieux de la maintenir sous perfusion si aucun effort n’est réalisé en vue d’une mutation en profondeur ? Ce secteur d’activité a certes longtemps incarné le dynamisme de tout un pays mais aujourd’hui ? Les heures de gloire de la Motown (Motor-town) ne sont plus qu’un beau souvenir au charme suranné des chansons produites par ce label. Détroit est désormais une ville fantôme aux allures de cimetière à voitures qui ne demande qu’à survivre à une crise financière, économique, sociale et environnementale.

Les choix du Président Obama n’ont rien d’une énième tentative de sauvetage mais montrent une volonté obstinée de trouver des solutions nouvelles en s’appuyant sur la recherche. Entre plan de relance, collectif budgétaire 2009 et orientations budgétaires de 2010, certaines agences comme la National Science Fondation ou l’Office Scientifique du Département de l’Energie voient ainsi leurs ressources doubler. En pariant vers une sortie de crise où « la science aura toute sa place », le nouveau continent se voit à nouveau comme le chef de file d’un monde en reconstruction et s’autorise à rêver à des lendemains meilleurs.

En France, la casse continue
La France était pourtant bien partie pour être parmi les pays les plus dynamiques en matière de recherche et développement (R&D). De longue tradition française, l’innovation fait partie de notre culture mais marque cependant un recul face aux pays émergents. Selon les statistiques communiquées le 21 février 2008 par l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI) pour l’année 2007, la Corée du Sud a détrôné la France au rang de quatrième puissance mondiale pour le nombre de brevets déposés (6370 brevets soit 4.1% du total mondial).

Et ce n’est pas la politique menée par le gouvernement qui risque d’inverser la tendance. Depuis plusieurs mois, la réforme de l’Université et de l’Enseignement supérieur provoque la colère des enseignants-chercheurs. Le budget 2009 porté à 24.16 milliards d’euros (soit 720 millions d’euros de plus que celui de 2008) prévoit cependant le non-renouvellement de 900 postes dont quelque 250 dans l’enseignement supérieur. L’opposition, avec Jean-Yves Le Déaut (PS) et Yves Cochet (Verts) dénonce un budget « maquillé » qui traduit dans la réalité un « déclin » des crédits et « des suppressions de postes ».

Plus d’une centaine d’enseignants-chercheurs de l’Université de Provence ont quant à eux démissionnés de leurs fonctions administratives suite à l’appel national lancé le 20 février dernier par la coordination nationale des universités. Ces démissions, conséquence de l’absence d’avancées significatives et de réelles négociations sur la réforme du statut des enseignants-chercheurs, sur les suppressions de postes programmées pour 2009 dans l’enseignement supérieur et la recherche, et sur l’avenir des organismes publics, dont le CNRS, menacés d’être réduits au nombre de huit sur l’ensemble du pays montrent à quel point le malaise s’étend dans les laboratoires de l’hexagone.

Depuis 2004, en effet, le mouvement « sauvons la recherche » tire le signal d’alarme sur le devenir de ce secteur. Le discours de Nicolas Sarkozy du 22 janvier a ravivé les tensions en présentant les chercheurs comme « mauvais, archaïques, idéologues, aveugles, refusant de voir la réalité en face et voulant seulement se mettre au chaud… ». Avec de tels discours, les blouses blanches n’ont pas fini d’arpenter les rues.

Mais au delà de la grogne que ce mépris présidentiel peut engendrer, l’idée de franchir les frontières pour obtenir de meilleures conditions de travail germe dans les esprits. Sans brandir la menace politicienne de la fuite des cerveaux, on peut malgré tout s’interroger sur le devenir des 900 postes supprimés. Malgré tous les vœux incantatoires élyséens, ce scénario relève de la gageure. L’appauvrissement de la recherche française concerne tous les citoyens que nous sommes. L’innovation est l’arme du futur, le carburant nécessaire pour faire redémarrer nos économies en panne.

Le chef de l’Etat précisait d’ailleurs à la veille du précédent G20 : « on a du pain sur la planche et c’est d’ailleurs ce que nous nous sommes dits avec le Président Obama hier soir. C’est que l’on avait envie de travailler ensemble, de regarder l’avenir dans la même direction et de bien être conscients de toutes les espérances qui sont levées et qui ne doivent pas être déçues. » Ainsi soit-il !

Publicités

Poster un commentaire

Classé dans Economie, Environnement, Général, Ils ont dit, international, Les grands projets, Pour vous faire votre opinion, Social

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s