Zapatero emboîte le pas de Sarkozy en supprimant la publicité des chaînes publiques espagnoles

zapatero-sarkozyLe tableau des petites phrases peu amènes a été effacé. Qu’il ait dit on non cette gentille remarque à l’égard du Premier ministre espagnol : « Il n’est peut-être pas très intelligent. Moi, j’en connais qui étaient très intelligents et qui n’ont pas été au second tour de la présidentielle », José Luis Zapatero lui aurait alors sèchement répliqué, selon une exclusivité du Canard Enchaîné : « Zarkozy n’est peut-être pas intelligent, mais il aimerait bien être réélu ». Voilà donc que le petit jeu des sentences assassines entre amis n’est plus d’actualité, loin s’en faut.

Nicolas Sarkozy, en visite pour deux jours en Espagne, se veut désormais peu avare en compliments à l’égard de son homologue déclarant dans le journal El Pais : « Pour moi, José Luis est un homme de talent, un homme de conviction et une grande figure en Europe ». Ces propos, qu’il pourrait aisément s’octroyer, tend une fois de plus à rapprocher les deux hommes que la polémique lancée par Ségolène Royal, tentait d’éloigner.

Déjà, la presse espagnole se demandait suite aux déclarations de José Luis Zapatero du mardi 14 avril 2009, quelle mouche avait donc pu piquer le chef du gouvernement espagnol porteur à son tour d’une mesure pro-sarkozyste. En effet, l’annonce de la préparation d’une nouvelle loi sur l’audiovisuel public au cours du Congres du Groupe socialiste espagnol, le PSOE, a été accueillie avec fort enthousiasme et salve d’applaudissements des députés et sénateurs, favorables de longue date à la suppression de la publicité sur les chaînes publiques.

Cette mesure, traditionnellement portée par la gauche désireuse de se débarrasser des contraintes des annonceurs et des dictats de l’audimat avait pourtant en France, été décidée en début d’année par le Président Sarkozy peu enclin à suivre les préconisations de l’opposition. Dès lors, la recherche des pièges et motivations peu avouables du gouvernement occupèrent les esprits redoutant l’appauvrissement du groupe France Télévisions, les suppressions d’emplois et la volonté farouche de favoriser les copains du privé, de M6 en passant par TF1. En outre, les débats ouverts autour de la nomination du Président des chaînes publiques françaises par l’exécutif laissait planer le doute sur une tentative d’appropriation par le pouvoir de ces médias à des fins électoralistes.

Qu’en est-il de l’autre coté des Pyrénées entre procès d’intention et motivations louables de transformer le paysage audiovisuel public ? Peut-on objectivement accuser Zapatero de satisfaire les mêmes ambitions que son homologue français ? Reconnaissant s’inspirer de la réforme française, le chef du gouvernement espagnol agit cependant dans un registre commun aux membres du PSOE en défendant par sa position de leader, une mesure souhaitée depuis longtemps par son camp. La nage à contre courant du Président Sarkozy avait quant à elle dans un premier temps surpris puis aiguisée la méfiance de ses détracteurs.

Un modèle « à la française ? »
Le discours des deux hommes est pourtant sensiblement le même, à savoir faire de la télévision publique une référence en terme de qualité des programmes où la culture, la création artistique, les débats auraient toute leur place pour satisfaire l’intérêt général. La pub aurait-elle perverti à ce point le paysage audiovisuel public l’éloignant de sa mission en imposant une logique marchande implacable ?

Dans ce registre, il est certain que le bilan espagnol est bien moins nuancé qu’en France. Epinglée par la Cour européenne de justice pour non respect de l’intervalle minimum obligatoire de 20 minutes entre chaque coupure publicitaire, l’Espagne souffre d’une véritable saturation dénoncée par l’Association espagnole des annonceurs (AEA) comme «affectant très négativement l’efficacité de la communication commerciale». Il y avait donc urgence à légiférer sur ce thème pour le bien être de tous y compris celui des publicitaires !

Ainsi, TVE1 et TVE2 devraient donc se voir imposer une limite de 9 minutes de réclame par heure pour disparaître totalement dès 2010. De plus, le refinancement de ces chaînes dont les ressources ne proviennent que de l’Etat et des annonceurs suscite aussi de nombreux questionnements. Dans l’Hexagone, sur ce point s’étaient cristallisées bon nombre de craintes, le spectre du chômage en toile de fond. En effet, comment vouloir promouvoir des programmes de qualité tout en réduisant drastiquement les revenus inhérents à ces coupures pub ?

La redevance audiovisuelle n’existe pas en Espagne et il n’est culturellement pas admis de payer pour ce service public. En outre, les finances de cet Etat fortement touchées par la crise financière se réduisent comme peau de chagrin et le contribuable espagnol ne devrait guère apprécier la création ou l’augmentation d’un impôt destiné à ces fins. Si aucune autre information n’a encore était dévoilée sur ce projet, l’inquiétude suscitée par cette nouvelle loi sur l’audiovisuel commence à agiter le monde des médias ibériques, non sans rappeler les secousses subies par France Télévision ces derniers mois.

José Antonio Alonso, porte parole du PSOE a beau marteler que la télévision publique restera convenablement financée, certains comme l’Association des Usagers de la Communication (AUC) appellent à plus de discernement en temps de crise « il ne paraît pas raisonnable d’éliminer la publicité des chaînes de télévision publique, la raison devrait nous faire évoluer vers un modèle mixte de financement ». Y aurait-il eu précipitation dans les rangs du parti socialiste espagnol ?

Au delà de cette mesure, c’est aussi le style Zapatero qui est aujourd’hui décrié. Soraya Sáenz de Santamaría, porte-parole du Parti Populaire (le parti de centre droit) ne rate pas l’occasion de fustiger la manière de gouverner du chef de file socialiste qui selon elle « se lève un matin une chose à l’esprit, l’annonce aux médias sans pour autant savoir comment le faire ». Cette remarque ne manque pas de rappeler les critiques faites au Président français, souvent taxé d’hyperactif voire d’agité aux mesurettes surmédiatisées.

L’affaire porte aujourd’hui sur la forme bien plus que le fond et n’en est qu’à ses balbutiements. Aucune question politicienne sur l’indépendance des médias ne s’est invitée (encore ?) dans le débat espagnol plus pragmatique et orienté sur la réelle possibilité de mise en œuvre de cette loi dans un pays exsangue.

En France, malgré l’entrée en vigueur de ce texte législatif, le recul reste malgré tout insuffisant pour pouvoir tirer des conclusions de ce changement. L’avancée du prime time à 20H35 n’a que valeur anecdotique et les réels effets budgétaires de cette mesure ne se feront sentir que bien plus tardivement. Quant aux téléspectateurs espagnols, ils pourront bénéficier désormais d’une plus longue trêve entre deux spots publicitaires qui ponctuent à un rythme soutenu leurs soirées TV. Quand on vous dit que Sarko et Zapatero sont des amis…

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