Archives de Tag: bruno genzana

Municipales à Aix-en-Provence : Guérini met de l’ordre dans le marigot socialiste

Le téléphone de Jean-Noël Guérini, président du Conseil général des Bouches-du-Rhône et homme fort du PS, doit chauffer depuis l’annulation, par le Conseil d’État, de l’élection municipale d’Aix-en-Provence (lire notre article). Maryse Joissains (UMP) ne sera plus officiellement maire de la cité du Roy René dès ce soir minuit.

Voilà donc que le marigot politique aixois s’agite à nouveau avec son lot de complots, de réactions égotiques, de déclarations de candidatures, de réorganisation des états-majors, de petits et grands calculs… Tout le monde souhaite être sur l’affiche de la campagne électorale qui s’ouvre.

Le Parti socialiste n’échappe pas, bien entendu, à la règle. Au contraire, déjà deux candidats sont sortis du bois cette semaine, Alexandre Medvedowsky et André Guinde quand d’autres caressent encore discrètement l’espoir de se lancer.

Une litanie d’ambitions qui a de quoi énerver le patron Guérini :  » les responsables socialistes aixois ont atteint un niveau de stupidité extrême. Je siffle la fin de la récréation », déclarait-il à La Provence en marge de la pose d’une première pierre d’un collège… à Aix.

Comme si ces élus n’avaient pas retenus la gifle infligée au PS par les électeurs aux européennes, Guérini prévient, menaçant  » s’ils ne sont pas à la hauteur de l’événement politique, ce sera leur dernier combat, on fera le ménage et il y aura des parachutages. Ils n’ont pas intérêt à décevoir, ni la fédération, ni ma modeste personne ! ». En d’autres termes : ce n’est pas tout de vouloir tous se présenter sans jouer collectif, encore faut-il gagner. A bon entendeur…

Le Président du Conseil général avait déjà tiré la leçon de l’échec socialiste aux municipales de l’an dernier. Pour éviter à nouveau la division (la candidature de Michel Pezet contre le candidat officiel, Medvedowski), il avait imposé la réunification des trois sections du PS aixois, au forceps.

Hier, il martelait encore, à l’Hôtel du Département, en des termes certes plus diplomatiques, le même message et le postait sur son blog, manière d’imposer sa règle du jeu. Si Guérini fait désormais  » confiance aux socialistes aixois », il les met sévèrement en garde, « attention ! », quel que soit le candidat désigné, « il n’aura pas droit à l’erreur ! ». Entendez : l’union, l’ouverture au centre et la victoire sinon la disgrâce…

Les visites ont dû s’enchaîner aujourd’hui au 9e étage du bateau bleu, siège du Conseil général des Bouches-du-Rhône, pour faire allégeance et se présenter comme le meilleur socialiste d’entre tous.

Officiellement, la fumée blanche sortira de ce conclave ce soir à Aix les mille lors d’une assemblée générale exceptionnelle de la section socialiste locale, à moins que la décision ne soit déjà prise.  » A conditions exceptionnelles, décision exceptionnelle  » lâchait-il récemment…

Publicités

1 commentaire

Classé dans Général, Ils ont dit, Municipales 2008, Politique, Pour vous faire votre opinion, Vidéos

Aix-en-Provence : L’élection municipale de Maryse Joissains annulée par le Conseil d’Etat

nouvel obs maryse joissains

Cela couvait depuis plusieurs jours (voir notre « Off » du 04/06/2009) : l’élection municipale de mars 2008 à Aix-en-Provence est annulée. Le Conseil d’Etat a rendu sa décision ce matin, après huit mois de procédure. Pourtant, par trois fois, le commissaire au gouvernement avait conclu au rejet de la requête déposée par Stéphane Salord, ancien adjoint au de Maryse Joissains, députée-maire UMP d’Aix, suite à un tract injurieux et anonyme diffusé durant la campagne.

Stéphane Salord témoignait il y a peu en ces termes : « Je me bats au nom de principes. J’ai donc fait valoir mon droit à me défendre et à contester en pointant du doigt des abus de langage et d’attitude. Mon but premier, c’était d’abord de dire : regardez comment se déroulent les campagnes électorales à Aix… Ça se termine toujours dans la boue et il y en a marre! À titre personnel, j’estime que notre pays est en retard en matière de déontologie politique… Peut-être sommes-nous en train de le rattraper ? »

Une question d’honneur pour le colistier de Francois-Xavier de Peretti (Modem) : « le tract anonyme diffusé pendant la campagne des municipales à Aix, parlait d’un trio, en l’occurrence Bruno Genzana, F.-X. de Peretti et votre serviteur, nous attaquait sur nos mœurs, traitant l’un d’alcoolique, l’autre d’être sur un emploi fictif et le dernier gogo danseur dans une boîte homo. »

Les Aixois retourneront donc aux urnes dans les 3 mois. On parle déjà d’une élection en juillet…

Le communiqué officiel du Conseil d’Etat :

Le tribunal administratif de Marseille avait été saisi de plusieurs demandes d’annulation des élections des 9 et 16 mars 2008 pour le renouvellement du conseil municipal d’Aix-en-Provence. Il les avait rejetées.

Les requérants se sont alors tournés vers le Conseil d’État, qu’ils ont saisi en appel. La section du contentieux du Conseil d’État, l’une de ses formations de jugement les plus solennelles, porte une appréciation différente sur les faits et annule les élections en jugeant que des propos et des insinuations d’une nature et d’une gravité inadmissibles qui ont émaillé la campagne ont constitué des manœuvres ayant pu fausser les résultats du scrutin.

Le Conseil d’État a retenu plusieurs éléments. Il a considéré qu’au cours de la campagne électorale précédant le renouvellement du conseil municipal, les attaques dirigées contre le candidat conduisant la liste « Génération Aix », et contre certains de ses colistiers, ont revêtu un caractère exceptionnellement violent.

Il a en particulier noté qu’un tract anonyme, qui contenait des imputations injurieuses et diffamatoires mettant en cause la vie privée ou la probité des membres de cette liste et qui a été évoqué par la presse et sur internet, avait excédé largement les limites de ce qui peut être toléré dans le cadre de la polémique électorale.

Il a en outre retenu le fait que, dans un article publié dans l’édition spéciale d’un hebdomadaire à diffusion nationale consacrée à la campagne aixoise, la candidate élue avait tenu des propos, qu’elle n’avait pas démentis, mettant clairement en cause la vie privée du candidat de la liste « Génération Aix » et de certains membres de cette liste.

Compte tenu du retentissement que tous ces éléments ont eu pendant la campagne et de l’impossibilité, pour le juge, d’en mesurer les conséquences sur la répartition des suffrages recueillis par chacune des trois listes en présence au second tour (l’écart des voix séparant la liste l’ayant emporté et la suivante étant réduit : 1017 voix), le Conseil d’État a décidé d’annuler les élections. En conséquence, de nouvelles élections devront être tenues dans un délai de trois mois.

1 commentaire

Classé dans Général, Ils ont dit, Municipales 2008, Politique, Pour vous faire votre opinion

Thierry Noir, journaliste à La Provence, réagit vivement à notre article sur le musellement de la presse locale par Jean-Claude Gaudin

http://img295.imageshack.us/img295/8603/sarkozyrsfkf5.jpgChers lecteurs,

Nous avons reçu, le 8 février dernier, un commentaire de Thierry Noir, qui recommence à traiter la politique dans La Provence depuis que le quotidien a été racheté par le groupe Hersant. Dans ce billet, le journaliste attaque avec rancœur ses anciens confrères, le Conseil général, Jean-Noël Guérini… Sa réaction fait suite à nos deux derniers articles, celui que Stéphane Menu (ancien rédacteur en chef du Pavé de Marseille) nous a autorisé à publier, il en prend aussi pour son grade au passage, et le nôtre naturellement. Nous tenons à rappeler que le texte de Stéphane Menu est extrait de son blog personnel.

Nous n’aurions pas publié ce commentaire tant il est violent, mais il nous met au défi de le faire et, puisque nous assumons tout à fait ce que nous avons écrit, il est normal que M. Noir puisse avoir son droit de réponse. Il va de soi néanmoins que les propos relevant de la diffamation ont été coupés ainsi que ses coordonnées personnelles.

Extraits :

« Une connaissance m’a indiqué ce texte, puisqu’il qui parle de moi. Je réponds, même si je sais que le “modérateur” ne publiera pas ma réaction. Et d’ailleurs, c’est plus à lui que je m’adresse qu’aux lecteurs, s’il y en a, de ce site. J’ai beaucoup ri, à lire ce fatras, présenté comme un article de journaliste, sans en respecter les règles déontologiques. Ce mot est fondamental pour moi et je ferai (au futur et non au conditionnel) rendre gorge à qui affirmerait le contraire […].

Encore faudrait-il que les auteurs de ce site aient le courage de signer de leur nom. Mais le courage n’est pas de nos jours, la chose la mieux partagée, à l’heure ou internet garanti l’anonymat. Je n’aurai pas aimé être le voisin juif de l’auteur de cet “article” pendant la guerre.

Je passe sur ce “déjeuner avec des journalistes” (première ligne) qui dure “plusieurs heures” (dernier paragraphe)… Doivent pas traiter de la campagne électorale à Marseille, ceux-là, moi qui ai à peine le temps de m’enfiler un sandwich entre midi et 2 ! […]

Que répondre d’autre à ce tissu de conneries?
C’est un ami à moi qui a écrit le papier dans le Canard. Il m’avait appelé avant. Je l’avais prévenu, mais il a voulu croire que Gaudin, sachant que Duhamel était débarqué, lui aurait quand même confié des secrets qui pouvaient être contraires à ses intérêts. On croit rêver ! C’est trop drôle. Encore, encore ! (sur l’air des cotillons).

Je pourrai continuer des heures sur ce qui m’est reproché. J’ai écrit, à peu près, “une seule idée neuve dans le discours de Guérini”. Quelqu’un peut-il aller sur le site du candidat de la gauche et m’en trouver une seconde (je ne dis même pas une deuxième)? Je suis preneur.

Moi qui ai été recruté au Provençal, dans le “Quotidien des patriotes socialistes et républicains”, on va m’accuser, sans autre forme de procès, d’être “de droite”? Qu’est-ce que cela veut dire? Et si je l’étais devenu, l’essentiel n’est-il pas d’être dans la République? Et ça n’a rien à voir avec Hersant ou je ne sais qui… Le premier qui me fera signer un papier avec lequel je ne suis pas d’accord n’est pas encore né.

Toute la rédaction de La Provence a soupiré d’aise quand Duhamel a été débarqué, parce qu’il était nul (il a acheté pour 30 Millions d’euros des rotatives “Ferrari” quand on avait besoin de 4X4) , et elle était aussi soulagée quand Dauxerre a été jeté. Il m’a retenu par les cheveux quand je voulais démissionner pour aller au chômage et je lui en sais gré, je l’en remercie, encore aujourd’hui, mais il n’avait pas la carrure d’un directeur de la rédaction d’un journal ausi revêche que La Provence.

C’est toute la différence entre moi, qui signe mes articles de mon nom et donne mes coordonnées, et vous qui vous abritez derrière l’ anonymat, douillet, de celui qui sait tout (sacrée ambition) et qui finalement, n’exécute qu’une sale besogne de mercenaire.

C’est ma première -et dernière- contribution à ce site que je vais continuer à lire -c’est pas si souvent qu’on rigole. Vous avez de la chance, ce soir je suis aux chiottes et comme je suis constipé, j’ai du temps à vous consacrer, mais dans deux secondes, je tire la chasse. »

Thierry Noir

__________________

Dans la vie, sans doute, tout est question de style. Le vôtre, monsieur le journaliste, est à l’image de votre chute.

Vous êtes piqué au vif par une remarque somme toute logique. Vous écrivez avec un tel aplomb qu’il n’y a pas une idée neuve dans le programme du candidat de gauche, que l’on peut sincèrement s’en étonner, ou au moins, le remarquer. Mais là n’est pas la question.

Au moins sommes-nous heureux de vous compter parmi les nouveaux lecteurs de notre blog. Il a été créé il y a bientôt un an et dépassera demain les 40 000 lecteurs uniques. C’est un chiffre qui se rapproche, dit-on, des ventes de La Provence à Marseille…

Qu’un journaliste du Canard Enchaîné soit votre ami, la belle affaire ! A l’évidence, il ne vous a pas cru et il a eu raison. Mais quelle présomption ! Encore heureux, sans cela, il aurait peut-être écrit qu’enfin, le quotidien dans lequel vous travaillez est un exemple pour la presse libre !

Parlez nous plutôt du fond, ce qu’il écrit sur les connivences entre un dirigeant politique et un patron de presse, plutôt que de tirer à vue, et avec rage, sur ceux qui dénoncent l’évidence.

Car enfin, dire que le projet de Jean-Noël Guérini ne comporte qu’une seule idée neuve, n’est-ce pas déjà faire part d’un parti-pris inacceptable ? Nous attendons d’ailleurs avec impatience que vous nous dévoiliez les idées très neuves chez son concurrent…

Nous remarquons quand même que vos doctes commentaires laissent apparaître de manière évidente de quel côté vous penchez… Il suffit pour cela de parcourir votre article paru dans La Provence du 9 mars, où vous n’hésitez pas à écrire que le financement du programme de Jean-Claude Gaudin sera essentiellement assuré par Bruxelles, tandis que celui de son adversaire est soumis à caution, car une collectivité ne peut donner d’ordre à une autre collectivité. D’ou sortez vous cela? Quand donc le candidat de gauche a-t-il déclaré qu’il donnerait des ordres, son idée n’était-t-elle pas plus justement de mettre toutes les collectivités autour d’une table afin que chacune participe au nécessaire financement des projets structurants? Vous ajoutiez même que le projet de Gaudin était global quant celui de son adversaire n’était que local. Autre manière de discréditer l’un des candidats non ?

En revanche, Jean-Claude Gaudin, et ses amis, ne les oublions pas, ces braves gens, savent ce qu’un ordre veut dire. Surtout quand il s’agit de mettre des journalistes au pas. Vous le savez plus que quiconque. Le Canard Enchaîné est clair sur ce sujet pour la gazette où vous signez ce que vous voulez. C’est clair aussi à La Chaîne Marseille (LCM), où un vote de défiance a permis de maintenir le directeur à son poste, contrairement aux voeux de ceux que vous servez avec un zèle étrange qui nous laisse songeur. Nous savons aussi, depuis les déclarations de Jean-Claude Gaudin sur les journalistes de Libération, dans quelle estime ces gens là tiennent votre profession et ceux qui l’exercent réellement.

Enfin, autre corde à notre arc, laissons la parole à Laurent Neumann, rédacteur en chef de Marianne qui écrivait il y a quelques jours : « La semaine dernière, le journal « La Provence » a refusé de diffuser dans ses colonnes une annonce publicitaire de Marianne concernant les élections municipales à Marseille. Motif invoqué par la régie publicitaire du quotidien régional : le titre de notre enquête, « Pourquoi Marseille mérite mieux que Gaudin », était « politiquement gênant ». Amis lecteurs de la région marseillaise, faites-le savoir autour de vous : La Provence ne veut pas déplaire à la mairie, quitte à censurer une pub qui, soit dit en passant, ne cassait pas trois pattes à un canard ! Même Le Figaro se demande si Jean-Claude Gaudin n’est pas en train de faire le combat de trop. Mais La Provence, elle, a renoncé depuis longtemps à se poser ce genre de questions […] En août 2007, Hachette a vendu La Provence au groupe Hersant (ainsi que Nice-Matin, Var-Matin, Corse-Matin et Marseille Plus]. Nous ne pouvions rêver meilleure démonstration des dangers que génère la mainmise totale d’un seul et même groupe sur la presse d’information de toute une région. »

Tous ces faits, ces propos, nous fondent à être légitimement inquiets pour la liberté de la presse régionale. Les semaines passent et tout devient de plus en plus limpide en vous lisant. Peut-être serait-il plus honnête de dire à vos lecteurs la nouvelle ligne éditoriale choisie par La Provence, celle d’une presse d’opinion. Il n’est pas indigne, comme vous le notez à propos, de choisir un camp, Le Figaro le fait très bien, Libération aussi. Quant à nous, nous avons ressenti l’impérieux besoin d’informer les nôtres et dire ce que les Marseillais ignorent.

Il va de soi que les critiques que nous pouvons formuler sur le contenu de certains articles ne remettent pas en cause le travail de la rédaction. Mais chacun sait qu’une ligne éditoriale d’un journal régional est très rarement déterminée par sa rédaction.

Dernier point, celui de l’anonymat. Nous le justifiions dès notre éditorial : « En ces temps de démocratie participative, le journalisme a mauvaise presse. On l’accuse, souvent injustement, de ne pas entrer dans le vif du sujet, de protéger ses effets. Cette critique vise surtout la presse quotidienne régionale, accusée d’être à l’intersection de toutes les subordinations, de ne pas bousculer les systèmes établis par peur de perdre sa puissance de compromis ». Nous y voilà donc avec plus de résonance encore un an plus tard. Sans cet anonymat, il y a belle lurette que les systèmes établis auraient eu raison de nous… C’est insupportable, mais c’est ainsi et ce n’est pas l’exemple donné par notre président de la République qui aidera à nous en affranchir.

Il n’est donc pas besoin de s’égarer, car tout ce qui est excessif est dérisoire et votre aigreur est, hélas, bien dérisoire. En vous souhaitant beaucoup de bonheur dans votre nouveau métier. Sans la chasse, mais en ouvrant les fenêtres, pour respirer le bleu du ciel.

Pour nous le débat est clos.

4 Commentaires

Classé dans Général, Ils ont dit, Les grands projets, Municipales 2008, Politique, Pour vous faire votre opinion

Municipales 2008 – Marseille : la presse marseillaise muselée ? A l’heure du non-débat acrobatique selon Stéphane Menu

pressepaca.jpgAvec l’aimable autorisation de Stéphane Menu, ancien patron du Pavé de Marseille (publication indépendante qui fut, en son temps, très lue dans les sphères politiques et, plus généralement, de pouvoir), nous publions ses propos qui rejoignent en tous points les nôtres sur l’improbable indépendance éditoriale de la presse marseillaise. Le rachat de La Provence par le groupe Hersant, en pleine campagne électorale municipale, et le placement des plus proches de Jean-Claude GAUDIN aux postes stratégiques dans le nouvel organigramme du quotidien « phare » local, nous scandalise aussi. Vive Internet pour dire ce que l’on tait, pour faire émerger l’indicible puisque personne n’ose en parler, et pour cause… Alors faites-vous votre opinion, le papier de Stéphane Menu vous y aidera tant il est mesuré. Nous n’avons sûrement pas ce talent et cette distance pour crier l’insupportable !

A l’heure du non-débat acrobatique

« L’ennui, avec le Canard Enchaîné, c’est que c’est tellement gros qu’on a parfois du mal à le croire. Ainsi, lorsque l’hebdo satirique décrit avec force et détail le contenu du repas d’adieu de Stéphane Duhamel, ex-pédégé de La Provence, viré avec Gilles Dauxerre, ancien directeur de la publication, par le nouveau propriétaire du journal, Philippe Hersant, repas organisé à la mairie par Jean-Claude Gaudin. Ce dernier lui a d’abord assuré qu’il n’était pour rien dans son départ. Le maire de Marseille, aidé en cela par Christian Estrosi, avait beaucoup milité pour le retrait de Lagardère de ses journaux du Sud (Nice Matin, La Provence, Corse Matin…) ne se traduise pas par l’arrivée du groupe britannique Mecom mais plutôt par celle de Philippe Hersant.

Et, en effet, le Hersant en question a tout de suite rassuré Gaudin sur sa docilité : il a ainsi embauché Bruno Genzana dans une de ses filiales, le gratuit ParuVendu. Genzana n’est autre que le chef de file de l’UMP au Conseil général présidé par Jean-Noël Guérini, opposant socialiste à la mairie de Marseille. Dans la foulée, le décidément très compréhensif Hersant a recruté Guy Philip, ancien directeur de la communication de Gaudin, pour diriger le Groupe Hersant Médias (GHM), structure qui chapeautera les journaux rachetés à Lagardère. Bien entendu, que les esprits mal placés soient châtiés, l’homme en question n’aura aucun regard sur le contenu éditorial puisqu’il sera en charge du développement. Mais là, tout de même, la coïncidence est troublante.

A Marseille, il existait avant une presse d’opinion, un peu balourde, dont je vous conseille la lecture, histoire de balayer cette catin de nostalgie qui veut nous faire croire qu’avant c’était mieux. Pas une Une du Provençal sans que le Lion Defferre n’y jette un œil (maire de Marseille et, occasionnellement, ministre de l’Intérieur). On évoque le souvenir parfois avec une pointe de larme au coin de l’œil, pour poser le personnage. Le Méridional a été un torchis raciste sous l’impulsion de sieur Domenech. Mais la droite gaudiniste donnait elle aussi ses petits coups de fil pour tancer des journalistes récalcitrants. Et les supérieurs descendaient des étages pour recadrer la « charte » rédactionnelle : lui, c’est un ami ; lui, non… Un petit mot sur La Marseillaise où, quand le PC est tonitruant sur Marseille, la moindre virgule était pesée à l’angström par le comité central local. La liberté de la presse locale, c’était déjà du pipeau. Et même Le Pavé, que j’eus l’immense honneur de mener vers sa fin annoncée, dut faire, soyons honnêtes, quelques petites acrobaties sémantiques pour que les pouvoirs industriels et politiques ne retirent pas leur pub.

Aujourd’hui, à l’heure des fusions, la mise sous tutelle est plus pernicieuse. Car la presse locale n’est plus lue. Elle tient essentiellement grâce aux pages de pub. Alors, en arrière-fond, l’information est sous-pesée, les dossiers de fond expédiés aux oubliettes, les évidences contournées, etc. On regarde ailleurs. On évoque autour du café entre journalistes la chimère d’une presse courageuse qui ne serait qu’une presse normale. C’est ainsi.

Les bons journalistes font autre chose, se convertissent à d’autres pratiques. Le champ est libre pour Hersant et compagnie. Le plus triste avec ce type d’infos publiés dans le Canard Enchaîné, c’est sa manière de couler, de passer, de ne rien accrocher au débat sur Marseille, comme si nous vivions dans une contrée profonde de la Sibérie et que le Canard Enchaîné avait du mal à y être acheminé. Comme si cet article intitulé « Gaudin joue déjà à la belote avec Hersant » dans l’édition du 30 janvier, posant un regard inquiétant sur l’état de la démocratie à Marseille, ne nous concernait pas.

Comme si nous avions admis qu’il ne servait plus à rien de se battre pour s’occuper de cette petite proximité d’en bas de chez soi. Comme si nous avions admis que, du Canard Enchaîné ou de Jean-Claude Gaudin, le menteur, l’excessif, c’était le premier. A ce rythme, face à notre passivité, à notre pusillanimité, nous basculons progressivement, sournoisement, dans le non-débat, dans une presse camomille qui sert à endormir tout le monde, qui sert à anesthésier les antagonismes, qui sert à se convaincre qu’il ne sert à rien de s’exciter pour quelques arpents de dignité humaine gagnés sur les puissances de l’argent et des réseaux qu’elles alimentent. Les journalistes de La Provence font ce qu’ils peuvent.

Le Syndicat national des journalistes s’est ému de l’article, a réclamé des garanties sur l’indépendance des journalistes. Ils font ce qu’ils peuvent, le minimum syndical (les journalistes de La Tribune s’étaient mis en grève). »

Stéphane Menu

4 Commentaires

Classé dans Général, Ils ont dit, Municipales 2008, Politique, Pour vous faire votre opinion