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La gauche à Marseille après les municipales de 2008. Oui, il y a une vie après la défaite.

bulletins-de-vote.jpgLes faits sont têtus, disait l’autre. Concédons lui alors le mot et appelons un chat un chat : le 16 mars, malgré un score inespéré il y a six mois, la gauche marseillaise a été défaite.

Qu’un secteur bascule, avec un score bien plus maigre que ne laissaient espérer les chiffres du premier tour, ne change rien à l’affaire. Quatre a quatre, cela ne fait pas un match nul, car au Conseil municipal, il y a bien 51 élus de droite et 49 de gauche.

Ceux qui souhaitaient –le mot est faible—tourner la page Gaudin en seront pour leurs espoirs déçus. Alors, au moment où l’on s’aperçoit que la vague est venue mourir à quelques encablures du succès, revenons un peu sur ce qui s’est passé. Déjà, les commentateurs zélés posent leurs caméras vers d’autres horizons, zappant la bataille de Marseille.

Bonjour tristesse journalistique ! On célèbre le joli mois de mai avec des semaines d’avance, on s’extasie devant Sainte Carla qui ressuscite le petit Nicolas, on joue le congrès P.S. avant même qu’il n’ait commencé, on découvre la crise bancaire et les déficits pour ne pas parler pouvoir d’achat… Le train–train, quoi…

Presse locale : vous avez dit routine ?
Pendant ce temps là, 41 journalistes ont décidé de quitter La Provence, profitant de cette merveille qu’est la clause de cession. Et le chiffre pourrait encore augmenter…

Dans le même temps, un certain Guy Philip, ancien dir-com’ de Jean Claude Gaudin à la Région et à la Ville, est confirmé comme directeur général du Groupe Hersant Media dans le sud, nouveau propriétaire de ladite Provence, Nice et Var-Matin, entre autres. Vous avez dit influence ? Non, routine, répond l’écho… Lire la suite

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Gaudin est maire, Guérini en embuscade ou en premier ministre ? Le centre renaîtra-t-il à Marseille?

guerini-gaudin.jpg

Elle était touchante cette cérémonie démocratique et protocolaire du 3e tour de l’élection municipale de Marseille. Il y avait comme une intensité, une émotion visible dans tous les regards, dans les postures, presque romanesque. Une volonté de vouloir bien faire, de tamiser les risques de mauvaises surprises, de vivre honnêtement l’humilité et surtout, de prendre, quel que soit le camp politique où l’on se situât, conscience de la réalité du scrutin, la vérité des urnes.

Rarement le comptage des bulletins devant élire le premier magistrat de la ville, à été suivi avec autant d’attention, comme si l’impossible pouvait encore se produire. De part et d’autre, l’égrenage des bulletins, a fait retenir son souffle à l’assemblée… 47, 48, 49, 50, 51, c’est fait, Jean-Claude Gaudin est élu ! On sentait comme un « ouf » de soulagement collectif, comme si, jusqu’au dernier moment, cette victoire à l’arraché devait pouvoir être remise en cause par le secret des votes de ses amis politiques… Le maire sortant, étrangement ratatiné, se grandi spontanément, il sut désormais, qu’une charge énorme lui incombait et qu’elle était plus difficile que jamais. « Ah !!! » entendait-on dans l’hémicycle Bargemon. Lire la suite

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Municipales et cantonales à Marseille : Guérini élu, Gaudin fébrile… Quelle majorité, de paille ou de faiblesse ?

550.jpgAu lendemain des élections locales, qu’elles soient municipales ou cantonales, les états-majors s’agitent pour respecter ou infirmer les promesses données aux uns et aux autres durant les campagnes. Le nombre de postes ou de sièges n’étant pas extensible à l’infini, contrairement aux engagements de campagne… Il y aura forcément des heureux et des déçus qui dénonceront avec force trémolos dans la voix la trahison de dernière minute, souvent à juste titre, c’est la loi du genre.

Le calendrier, quant à lui, s’accélère et les négociations vont bon train pour tirer ça au clair. L’expérience humaine est souvent douloureuse dans ces moments de vérité ou l’hypocrisie formatée des campagnes de rassemblement doit laisser place au pragmatisme solitaire de la nouvelle configuration du temps, des lieux et des personnes… Avec ses nouveaux rapports de force que l’on soit majoritaire ou non. Lire la suite

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Thierry Noir, journaliste à La Provence, réagit vivement à notre article sur le musellement de la presse locale par Jean-Claude Gaudin

http://img295.imageshack.us/img295/8603/sarkozyrsfkf5.jpgChers lecteurs,

Nous avons reçu, le 8 février dernier, un commentaire de Thierry Noir, qui recommence à traiter la politique dans La Provence depuis que le quotidien a été racheté par le groupe Hersant. Dans ce billet, le journaliste attaque avec rancœur ses anciens confrères, le Conseil général, Jean-Noël Guérini… Sa réaction fait suite à nos deux derniers articles, celui que Stéphane Menu (ancien rédacteur en chef du Pavé de Marseille) nous a autorisé à publier, il en prend aussi pour son grade au passage, et le nôtre naturellement. Nous tenons à rappeler que le texte de Stéphane Menu est extrait de son blog personnel.

Nous n’aurions pas publié ce commentaire tant il est violent, mais il nous met au défi de le faire et, puisque nous assumons tout à fait ce que nous avons écrit, il est normal que M. Noir puisse avoir son droit de réponse. Il va de soi néanmoins que les propos relevant de la diffamation ont été coupés ainsi que ses coordonnées personnelles.

Extraits :

« Une connaissance m’a indiqué ce texte, puisqu’il qui parle de moi. Je réponds, même si je sais que le “modérateur” ne publiera pas ma réaction. Et d’ailleurs, c’est plus à lui que je m’adresse qu’aux lecteurs, s’il y en a, de ce site. J’ai beaucoup ri, à lire ce fatras, présenté comme un article de journaliste, sans en respecter les règles déontologiques. Ce mot est fondamental pour moi et je ferai (au futur et non au conditionnel) rendre gorge à qui affirmerait le contraire […].

Encore faudrait-il que les auteurs de ce site aient le courage de signer de leur nom. Mais le courage n’est pas de nos jours, la chose la mieux partagée, à l’heure ou internet garanti l’anonymat. Je n’aurai pas aimé être le voisin juif de l’auteur de cet “article” pendant la guerre.

Je passe sur ce “déjeuner avec des journalistes” (première ligne) qui dure “plusieurs heures” (dernier paragraphe)… Doivent pas traiter de la campagne électorale à Marseille, ceux-là, moi qui ai à peine le temps de m’enfiler un sandwich entre midi et 2 ! […]

Que répondre d’autre à ce tissu de conneries?
C’est un ami à moi qui a écrit le papier dans le Canard. Il m’avait appelé avant. Je l’avais prévenu, mais il a voulu croire que Gaudin, sachant que Duhamel était débarqué, lui aurait quand même confié des secrets qui pouvaient être contraires à ses intérêts. On croit rêver ! C’est trop drôle. Encore, encore ! (sur l’air des cotillons).

Je pourrai continuer des heures sur ce qui m’est reproché. J’ai écrit, à peu près, “une seule idée neuve dans le discours de Guérini”. Quelqu’un peut-il aller sur le site du candidat de la gauche et m’en trouver une seconde (je ne dis même pas une deuxième)? Je suis preneur.

Moi qui ai été recruté au Provençal, dans le “Quotidien des patriotes socialistes et républicains”, on va m’accuser, sans autre forme de procès, d’être “de droite”? Qu’est-ce que cela veut dire? Et si je l’étais devenu, l’essentiel n’est-il pas d’être dans la République? Et ça n’a rien à voir avec Hersant ou je ne sais qui… Le premier qui me fera signer un papier avec lequel je ne suis pas d’accord n’est pas encore né.

Toute la rédaction de La Provence a soupiré d’aise quand Duhamel a été débarqué, parce qu’il était nul (il a acheté pour 30 Millions d’euros des rotatives “Ferrari” quand on avait besoin de 4X4) , et elle était aussi soulagée quand Dauxerre a été jeté. Il m’a retenu par les cheveux quand je voulais démissionner pour aller au chômage et je lui en sais gré, je l’en remercie, encore aujourd’hui, mais il n’avait pas la carrure d’un directeur de la rédaction d’un journal ausi revêche que La Provence.

C’est toute la différence entre moi, qui signe mes articles de mon nom et donne mes coordonnées, et vous qui vous abritez derrière l’ anonymat, douillet, de celui qui sait tout (sacrée ambition) et qui finalement, n’exécute qu’une sale besogne de mercenaire.

C’est ma première -et dernière- contribution à ce site que je vais continuer à lire -c’est pas si souvent qu’on rigole. Vous avez de la chance, ce soir je suis aux chiottes et comme je suis constipé, j’ai du temps à vous consacrer, mais dans deux secondes, je tire la chasse. »

Thierry Noir

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Dans la vie, sans doute, tout est question de style. Le vôtre, monsieur le journaliste, est à l’image de votre chute.

Vous êtes piqué au vif par une remarque somme toute logique. Vous écrivez avec un tel aplomb qu’il n’y a pas une idée neuve dans le programme du candidat de gauche, que l’on peut sincèrement s’en étonner, ou au moins, le remarquer. Mais là n’est pas la question.

Au moins sommes-nous heureux de vous compter parmi les nouveaux lecteurs de notre blog. Il a été créé il y a bientôt un an et dépassera demain les 40 000 lecteurs uniques. C’est un chiffre qui se rapproche, dit-on, des ventes de La Provence à Marseille…

Qu’un journaliste du Canard Enchaîné soit votre ami, la belle affaire ! A l’évidence, il ne vous a pas cru et il a eu raison. Mais quelle présomption ! Encore heureux, sans cela, il aurait peut-être écrit qu’enfin, le quotidien dans lequel vous travaillez est un exemple pour la presse libre !

Parlez nous plutôt du fond, ce qu’il écrit sur les connivences entre un dirigeant politique et un patron de presse, plutôt que de tirer à vue, et avec rage, sur ceux qui dénoncent l’évidence.

Car enfin, dire que le projet de Jean-Noël Guérini ne comporte qu’une seule idée neuve, n’est-ce pas déjà faire part d’un parti-pris inacceptable ? Nous attendons d’ailleurs avec impatience que vous nous dévoiliez les idées très neuves chez son concurrent…

Nous remarquons quand même que vos doctes commentaires laissent apparaître de manière évidente de quel côté vous penchez… Il suffit pour cela de parcourir votre article paru dans La Provence du 9 mars, où vous n’hésitez pas à écrire que le financement du programme de Jean-Claude Gaudin sera essentiellement assuré par Bruxelles, tandis que celui de son adversaire est soumis à caution, car une collectivité ne peut donner d’ordre à une autre collectivité. D’ou sortez vous cela? Quand donc le candidat de gauche a-t-il déclaré qu’il donnerait des ordres, son idée n’était-t-elle pas plus justement de mettre toutes les collectivités autour d’une table afin que chacune participe au nécessaire financement des projets structurants? Vous ajoutiez même que le projet de Gaudin était global quant celui de son adversaire n’était que local. Autre manière de discréditer l’un des candidats non ?

En revanche, Jean-Claude Gaudin, et ses amis, ne les oublions pas, ces braves gens, savent ce qu’un ordre veut dire. Surtout quand il s’agit de mettre des journalistes au pas. Vous le savez plus que quiconque. Le Canard Enchaîné est clair sur ce sujet pour la gazette où vous signez ce que vous voulez. C’est clair aussi à La Chaîne Marseille (LCM), où un vote de défiance a permis de maintenir le directeur à son poste, contrairement aux voeux de ceux que vous servez avec un zèle étrange qui nous laisse songeur. Nous savons aussi, depuis les déclarations de Jean-Claude Gaudin sur les journalistes de Libération, dans quelle estime ces gens là tiennent votre profession et ceux qui l’exercent réellement.

Enfin, autre corde à notre arc, laissons la parole à Laurent Neumann, rédacteur en chef de Marianne qui écrivait il y a quelques jours : « La semaine dernière, le journal « La Provence » a refusé de diffuser dans ses colonnes une annonce publicitaire de Marianne concernant les élections municipales à Marseille. Motif invoqué par la régie publicitaire du quotidien régional : le titre de notre enquête, « Pourquoi Marseille mérite mieux que Gaudin », était « politiquement gênant ». Amis lecteurs de la région marseillaise, faites-le savoir autour de vous : La Provence ne veut pas déplaire à la mairie, quitte à censurer une pub qui, soit dit en passant, ne cassait pas trois pattes à un canard ! Même Le Figaro se demande si Jean-Claude Gaudin n’est pas en train de faire le combat de trop. Mais La Provence, elle, a renoncé depuis longtemps à se poser ce genre de questions […] En août 2007, Hachette a vendu La Provence au groupe Hersant (ainsi que Nice-Matin, Var-Matin, Corse-Matin et Marseille Plus]. Nous ne pouvions rêver meilleure démonstration des dangers que génère la mainmise totale d’un seul et même groupe sur la presse d’information de toute une région. »

Tous ces faits, ces propos, nous fondent à être légitimement inquiets pour la liberté de la presse régionale. Les semaines passent et tout devient de plus en plus limpide en vous lisant. Peut-être serait-il plus honnête de dire à vos lecteurs la nouvelle ligne éditoriale choisie par La Provence, celle d’une presse d’opinion. Il n’est pas indigne, comme vous le notez à propos, de choisir un camp, Le Figaro le fait très bien, Libération aussi. Quant à nous, nous avons ressenti l’impérieux besoin d’informer les nôtres et dire ce que les Marseillais ignorent.

Il va de soi que les critiques que nous pouvons formuler sur le contenu de certains articles ne remettent pas en cause le travail de la rédaction. Mais chacun sait qu’une ligne éditoriale d’un journal régional est très rarement déterminée par sa rédaction.

Dernier point, celui de l’anonymat. Nous le justifiions dès notre éditorial : « En ces temps de démocratie participative, le journalisme a mauvaise presse. On l’accuse, souvent injustement, de ne pas entrer dans le vif du sujet, de protéger ses effets. Cette critique vise surtout la presse quotidienne régionale, accusée d’être à l’intersection de toutes les subordinations, de ne pas bousculer les systèmes établis par peur de perdre sa puissance de compromis ». Nous y voilà donc avec plus de résonance encore un an plus tard. Sans cet anonymat, il y a belle lurette que les systèmes établis auraient eu raison de nous… C’est insupportable, mais c’est ainsi et ce n’est pas l’exemple donné par notre président de la République qui aidera à nous en affranchir.

Il n’est donc pas besoin de s’égarer, car tout ce qui est excessif est dérisoire et votre aigreur est, hélas, bien dérisoire. En vous souhaitant beaucoup de bonheur dans votre nouveau métier. Sans la chasse, mais en ouvrant les fenêtres, pour respirer le bleu du ciel.

Pour nous le débat est clos.

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Municipales 2008 – Marseille : la presse marseillaise muselée ? A l’heure du non-débat acrobatique selon Stéphane Menu

pressepaca.jpgAvec l’aimable autorisation de Stéphane Menu, ancien patron du Pavé de Marseille (publication indépendante qui fut, en son temps, très lue dans les sphères politiques et, plus généralement, de pouvoir), nous publions ses propos qui rejoignent en tous points les nôtres sur l’improbable indépendance éditoriale de la presse marseillaise. Le rachat de La Provence par le groupe Hersant, en pleine campagne électorale municipale, et le placement des plus proches de Jean-Claude GAUDIN aux postes stratégiques dans le nouvel organigramme du quotidien « phare » local, nous scandalise aussi. Vive Internet pour dire ce que l’on tait, pour faire émerger l’indicible puisque personne n’ose en parler, et pour cause… Alors faites-vous votre opinion, le papier de Stéphane Menu vous y aidera tant il est mesuré. Nous n’avons sûrement pas ce talent et cette distance pour crier l’insupportable !

A l’heure du non-débat acrobatique

« L’ennui, avec le Canard Enchaîné, c’est que c’est tellement gros qu’on a parfois du mal à le croire. Ainsi, lorsque l’hebdo satirique décrit avec force et détail le contenu du repas d’adieu de Stéphane Duhamel, ex-pédégé de La Provence, viré avec Gilles Dauxerre, ancien directeur de la publication, par le nouveau propriétaire du journal, Philippe Hersant, repas organisé à la mairie par Jean-Claude Gaudin. Ce dernier lui a d’abord assuré qu’il n’était pour rien dans son départ. Le maire de Marseille, aidé en cela par Christian Estrosi, avait beaucoup milité pour le retrait de Lagardère de ses journaux du Sud (Nice Matin, La Provence, Corse Matin…) ne se traduise pas par l’arrivée du groupe britannique Mecom mais plutôt par celle de Philippe Hersant.

Et, en effet, le Hersant en question a tout de suite rassuré Gaudin sur sa docilité : il a ainsi embauché Bruno Genzana dans une de ses filiales, le gratuit ParuVendu. Genzana n’est autre que le chef de file de l’UMP au Conseil général présidé par Jean-Noël Guérini, opposant socialiste à la mairie de Marseille. Dans la foulée, le décidément très compréhensif Hersant a recruté Guy Philip, ancien directeur de la communication de Gaudin, pour diriger le Groupe Hersant Médias (GHM), structure qui chapeautera les journaux rachetés à Lagardère. Bien entendu, que les esprits mal placés soient châtiés, l’homme en question n’aura aucun regard sur le contenu éditorial puisqu’il sera en charge du développement. Mais là, tout de même, la coïncidence est troublante.

A Marseille, il existait avant une presse d’opinion, un peu balourde, dont je vous conseille la lecture, histoire de balayer cette catin de nostalgie qui veut nous faire croire qu’avant c’était mieux. Pas une Une du Provençal sans que le Lion Defferre n’y jette un œil (maire de Marseille et, occasionnellement, ministre de l’Intérieur). On évoque le souvenir parfois avec une pointe de larme au coin de l’œil, pour poser le personnage. Le Méridional a été un torchis raciste sous l’impulsion de sieur Domenech. Mais la droite gaudiniste donnait elle aussi ses petits coups de fil pour tancer des journalistes récalcitrants. Et les supérieurs descendaient des étages pour recadrer la « charte » rédactionnelle : lui, c’est un ami ; lui, non… Un petit mot sur La Marseillaise où, quand le PC est tonitruant sur Marseille, la moindre virgule était pesée à l’angström par le comité central local. La liberté de la presse locale, c’était déjà du pipeau. Et même Le Pavé, que j’eus l’immense honneur de mener vers sa fin annoncée, dut faire, soyons honnêtes, quelques petites acrobaties sémantiques pour que les pouvoirs industriels et politiques ne retirent pas leur pub.

Aujourd’hui, à l’heure des fusions, la mise sous tutelle est plus pernicieuse. Car la presse locale n’est plus lue. Elle tient essentiellement grâce aux pages de pub. Alors, en arrière-fond, l’information est sous-pesée, les dossiers de fond expédiés aux oubliettes, les évidences contournées, etc. On regarde ailleurs. On évoque autour du café entre journalistes la chimère d’une presse courageuse qui ne serait qu’une presse normale. C’est ainsi.

Les bons journalistes font autre chose, se convertissent à d’autres pratiques. Le champ est libre pour Hersant et compagnie. Le plus triste avec ce type d’infos publiés dans le Canard Enchaîné, c’est sa manière de couler, de passer, de ne rien accrocher au débat sur Marseille, comme si nous vivions dans une contrée profonde de la Sibérie et que le Canard Enchaîné avait du mal à y être acheminé. Comme si cet article intitulé « Gaudin joue déjà à la belote avec Hersant » dans l’édition du 30 janvier, posant un regard inquiétant sur l’état de la démocratie à Marseille, ne nous concernait pas.

Comme si nous avions admis qu’il ne servait plus à rien de se battre pour s’occuper de cette petite proximité d’en bas de chez soi. Comme si nous avions admis que, du Canard Enchaîné ou de Jean-Claude Gaudin, le menteur, l’excessif, c’était le premier. A ce rythme, face à notre passivité, à notre pusillanimité, nous basculons progressivement, sournoisement, dans le non-débat, dans une presse camomille qui sert à endormir tout le monde, qui sert à anesthésier les antagonismes, qui sert à se convaincre qu’il ne sert à rien de s’exciter pour quelques arpents de dignité humaine gagnés sur les puissances de l’argent et des réseaux qu’elles alimentent. Les journalistes de La Provence font ce qu’ils peuvent.

Le Syndicat national des journalistes s’est ému de l’article, a réclamé des garanties sur l’indépendance des journalistes. Ils font ce qu’ils peuvent, le minimum syndical (les journalistes de La Tribune s’étaient mis en grève). »

Stéphane Menu

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Municipales – Marseille : Guérini prend tous les risques pour déboulonner Gaudin de l’Hôtel de ville

Hyper active, audacieuse, risquée. La campagne de Jean-Noël Guérini, candidat de gauche aux municipales de Marseille, ne cesse de surprendre. Présent sur tous les fronts depuis le mois de septembre, date de son entrée en lice, la majorité municipale UMP sortante lui prédisait alors l’épuisement, en vain… Force est de le reconnaître. L’homme est un forcené, un bourreau de travail, pas un jour sans une ou deux actualités quotidiennes depuis 5 mois. Aujourd’hui encore, sur le plateau de France 3 Méditerranée, il annonçait le nom de son… mauvaise pioche… de SA première adjointe dans l’éventualité de son élection : Samia Ghali.

Un leader marseillais se révèle
Cet homme prend décidemment tous les risques. Il quitte d’abord son fief du Panier où il est élu depuis 1977 pour aller provoquer le 1er adjoint sortant, Renaud Muselier, sur ses terres, celles des 4ème et 5ème arrondissements (3ème secteur). En fin stratège, il sait que l’élection à la mairie de Marseille se jouera là, au coeur de la ville, entre la Plaine et la Blancarde, il l’avoue lui-même sur son blog. Le défi est très risqué, d’aucun le trouve impossible, mais il n’en a cure. Décidé à tout risquer, il se positionne en véritable leader n’ayant peur de rien, sûr de son projet.

Si Renaud Muselier le nargue, l’invective, souvent cruellement, c’est parce qu’il sait que son ami Bruno Gilles a labouré le secteur depuis des années, sûrement aussi donne-t-il du ton parce qu’il sait sa propre popularité très aléatoire. Rarement un homme politique marseillais aura été autant raillé pour ses incompétences et sa gestion précaire et à l’emporte pièce de ses dossiers, nonobstant une personnalité post-ado ingérable. Malgré son maroquin national, il n’aura donc jamais grandi. Même Jean-Claude Gaudin, le maire UMP sortant, sollicité par le premier ministre du moment, M. Raffarin, préférât envoyer Muselier  » boire du lait de chèvres en Mongolie extérieure » plutôt que de le voir agir en mauvais doublon sur les rives du Lacydon. Ambiance… Les deux ont beau jeu de jouer le ticket, le maître est bien conscient des limites de l’éternel élève.

Une synthèse entre Bayrou, Sarkozy et Royal
Guérini, quant à lui, poursuit la manoeuvre, il force l’admiration pour un homme dont on disait, sans murmure, avec force porte-voix quelque-fois, le peu de charisme et l’élocution hasardeuse. Dont on raillait aussi le manque de notoriété face au tonitruant candidat au perchoir du Sénat. Sa famille réunie sans négociations d’appareils (PS, PCF, MRC, PRG, Verts et, dit-on, Lutte Ouvrière dès le 1er tour), pour la première fois depuis Defferre, le voilà totus tuus, comme l’on dit en latin, tout à tous. Sa campagne ressemble à s’y méprendre à celle entreprise pendant la présidentielle par François Bayrou pour le projet du gouverner ensemble loin des clivages, fondée sur l’hyper activisme d’un Sarkozy et l’audace d’une Ségolène Royal pour la compréhension d’une démocratie moderne participative avec, notamment, l’usage du multimedia. Une synthèse en somme.

Le voilà débauchant quelques figures de l’UMP locale (Francois Franceschi, ophtalmologiste de renom international, gaulliste pasquïen, tête de liste dans les 6ème & 8ème arr. ou André Varèse, élu sarkosyste notoire du 1er & 7ème arr. qui sera probablement bien placé sur la liste de Patrick Mennucci, directeur de campagne de Guérini, gageons la 3ème place), mais aussi Miloud Boualem, un vrai centriste marseillais, très bayrouiste, un de ceux qui n’a jamais cédé aux louanges post-centristes de l’Hôtel de ville, avec des scores très honorables aux dernières législatives (à deux chiffres dans certains secteurs).

L’audace du choix de la 1ère adjointe : Samia Ghali
Mais l’info du soir nous pousse à renifler du côté de la ruche, QG de campagne de Guérini, Place du 4 septembre. Le choix de Samia Ghali est incroyablement audacieux. Jamais, depuis l’après-guerre, un candidat crédible à l’élection municipale, quel qu’il soit, où que se situe son positionnement partisan, n’avait osé une première adjointe à Marseille, qui plus est issue de l’immigration maghrebine. Même si l’on pourra arguer de l’opportunisme, mettre en exergue le sophisme électoraliste, force est d’admettre l’incroyable courage politique de ce choix dans une ville qui révêlait naguère un Front National à deux chiffres !

Loin des arguties sondagières, d’ailleurs très ouvertes, Jean-Noël Guérini ose, au risque de perdre, avant même l’élection, dire avec qui il gouvernera et qui sera en charge de quoi. A l’heure où nous écrivons, nous apprenons qu’une conférence de presse aura lieu samedi prochain pour présenter « son gouvernement municipal ». Là aussi, nous vivons une nouvelle période démocratique à Marseille, autant dire du jamais vu.

Dire avant l’élection ce que l’on va faire et avec qui… C’est assurément endosser les dangers de décevoir nombre de ses fidèles amis. C’est aussi jouer absolument la transparence.

Ici, dans notre très modeste rédaction, les débats furent nourris ce soir, mais tous reconnaissent la méthode enthousiasmante et heureuse. Au fond Guérini nous a poussé à sortir de notre léthargie journalistique localière, et si la vérité triomphait ? Nous ne sommes pas tous d’accord, mais nous sommes un certain nombre à dire : banco… Enfin du neuf !

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Jean-Claude Gaudin n’aime pas les pull-overs serpillières, les cheveux longs et les ongles sales…

Reuters/Libération

Après toute une série d’écarts de langage et de grossièretés lancée à son opposition municipale, (lire notre article : Municipales à Marseille : Pourquoi Gaudin perd-il son sang froid?), Jean-Claude Gaudin, maire sortant UMP de Marseille, s’en prend désormais aux journalistes de Libération. La critique ne manque pas de sel ! Une gaudinade supplémentaire en somme.

En toute légèreté, il a sévi lundi soir au siège du parti sarkozyste, rue La Boétie, à Paris, devant une soixantaine d’étudiants des grandes écoles encartés à l’UMP. Invité pour parler des prochaines municipales, Jean-Claude Gaudin a fait passer un message politique essentiel : on peut être un cancre pour peu que l’on soit «tiré à quatre épingles». Pour sa démonstration, il a cité Christian Estrosi, secrétaire d’Etat à l’Outre-Mer et candidat UMP «autodidacte» à Nice : «Il a beaucoup de talents, il est toujours tiré à quatre épingles ». Non sans égratigner, au passage, son ex-ami ultra-catholique, Charles Millon, ancien ministre de la Défense d’Alain Juppé, fondateur du parti de la Droite libérale-chrétienne, « qui ne sait pas parler français. »

Au milieu de tant de jeunesse, M. Gaudin aura eu l’esprit émoustillé… Il devait lui-même donner un spectacle ravissant… Et, pour se mettre les rieurs dans la poche, le sénateur-maire de Marseille et candidat à la présidence du Sénat a forcé son talent comique : «C’est mieux que les journalistes de Libération que nous reniflons dans les avions avec leur pull-over serpillière, leurs cheveux longs et leurs ongles sales !» Présent dans la salle, son collaborateur Jérôme Clément affirme ne rien avoir entendu de tel. Sans doute avait-il les oreilles bouchées. Toujours est-il que Libération a pu enregistrer les propos, ils ne prêtent à aucune confusion

Au regard de la couverture de ce qui n’est pas encore une campagne électorale, puisque le maire sortant de Marseille entrera officiellement dans la bataille, selon nos sources, le 7 janvier prochain, soit un mois avant ce qu’il avait prévu, les confrères de La Provence doivent être tous manucurés et habillés par les plus grands couturiers ! Pas un jour ne manque à l’appel d’une restitution objective des faits téléphonée de l’Hôtel de Ville…

Tout cela ne serait pas bien grave et même plutôt drôle si le jugement ne semblait être un moteur de décisions politiques importantes. « J’aime Marseille et les Marseillais » martèle-t-il sans cesse. On sait en quoi s’en tenir… Papy fait donc de la résistance pour les complets gris anthracite, les cravates à rayures et toute la panoplie d’une petite bourgeoisie bien pensante et naphtalineuse où l’autre est toujours sale. Nous sommes désormais au jus : courons tous à La Redoute pour être aimé de lui… Puisqu’il vous aime on vous dit !

Sollicité par l’AFP, M. Gaudin a fait savoir par son entourage qu’il ne souhaitait pas réagir. (19h31)

Lire les commentaires « croustillants » sur les sites de Libération, Arrêt sur image ou Rue 89

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Rocca-Serra en tête du sondage de Bayrou pour la tête de liste MoDem aux municipales de Marseille

Curieuse et insolite a été la réponse de Jacques Rocca-Serra hier soir sur le plateau de LCM. A la question de savoir s’il connaissait les résultats du sondage commandé par François Bayrou pour départager les 3 candidats MoDem de la prochaine élection municipale de Marseille, il répond sans ciller, « non, je ne les connais pas, j’attends que François Bayrou me les donne. »

Dubitative, la journaliste qui les connaît déjà tente, avec le sourire moqueur du genre vous vous foutez de moi non ?, traduit par un timide, « vous n’avez pas une petite idée? », le patron de l’UDF 13, flegmatique, tranche « pas d’idée du tout et je ne veux pas le savoir… mais le bon sens paraît le dire de lui-même… »

Cette insistance à nier l’évidence est révélatrice du positionnement presque intenable de Jacques Rocca-Serra. L’homme est rôdé à l’exercice depuis des décennies. Il a appartenu à toutes les majorités municipales depuis l’après-guerre, de gauche comme de droite : Defferre, Vigouroux et Gaudin. L’ancien Sénateur incarne sans nul doute « l’ouverture » à lui tout seul, non sans talents, il en faut d’ailleurs beaucoup pour s’adapter avec un tel brio aux alternances politiques locales, ce qui confine, chez lui, au grand art.

Indépendant au 1er tour, soutien de Gaudin au second !
Devançant de peu ses adversaires et néanmoins collègues du MoDem, J.-L. Benhamias et M. Boualem, il se proclame candidat bayrouiste. Mais comment pourra-t-il honorablement proposer aux électeurs l’indépendance du Modem alors qu’il est adjoint au maire de Jean-Claude Gaudin, chargé des relations internationales, du transport et de la Maison de l’artisanat? A ce niveau-là il ne s’agit plus de girouette, mais d’acharnement thérapeutique ! D’autant plus qu’il ne cache pas son intention de soutenir le candidat Ump au second tour. Un grand écart difficile à soutenir pour les nouvelles recrues du MoDem. Dans l’exercice de la langue de bois, il a donné hier soir sur LCM, un exemple d’une virtuosité rarement atteinte (cf vidéo).

Son challenger, le député européen Jean-Luc Benhamias fulmine et évoque déjà des primaires. Rien n’est joué donc. D’autant que le trublion ex-vert est membre de la commission nationale d’investiture du MoDem aux côtés de François Bayrou. Ce dernier viendra opportunément tenter de démêler l’écheveau centriste lundi prochain à Marseille… La fin du grand écart ?

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