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Municipales – Marseille : Guérini prend tous les risques pour déboulonner Gaudin de l’Hôtel de ville

Hyper active, audacieuse, risquée. La campagne de Jean-Noël Guérini, candidat de gauche aux municipales de Marseille, ne cesse de surprendre. Présent sur tous les fronts depuis le mois de septembre, date de son entrée en lice, la majorité municipale UMP sortante lui prédisait alors l’épuisement, en vain… Force est de le reconnaître. L’homme est un forcené, un bourreau de travail, pas un jour sans une ou deux actualités quotidiennes depuis 5 mois. Aujourd’hui encore, sur le plateau de France 3 Méditerranée, il annonçait le nom de son… mauvaise pioche… de SA première adjointe dans l’éventualité de son élection : Samia Ghali.

Un leader marseillais se révèle
Cet homme prend décidemment tous les risques. Il quitte d’abord son fief du Panier où il est élu depuis 1977 pour aller provoquer le 1er adjoint sortant, Renaud Muselier, sur ses terres, celles des 4ème et 5ème arrondissements (3ème secteur). En fin stratège, il sait que l’élection à la mairie de Marseille se jouera là, au coeur de la ville, entre la Plaine et la Blancarde, il l’avoue lui-même sur son blog. Le défi est très risqué, d’aucun le trouve impossible, mais il n’en a cure. Décidé à tout risquer, il se positionne en véritable leader n’ayant peur de rien, sûr de son projet.

Si Renaud Muselier le nargue, l’invective, souvent cruellement, c’est parce qu’il sait que son ami Bruno Gilles a labouré le secteur depuis des années, sûrement aussi donne-t-il du ton parce qu’il sait sa propre popularité très aléatoire. Rarement un homme politique marseillais aura été autant raillé pour ses incompétences et sa gestion précaire et à l’emporte pièce de ses dossiers, nonobstant une personnalité post-ado ingérable. Malgré son maroquin national, il n’aura donc jamais grandi. Même Jean-Claude Gaudin, le maire UMP sortant, sollicité par le premier ministre du moment, M. Raffarin, préférât envoyer Muselier  » boire du lait de chèvres en Mongolie extérieure » plutôt que de le voir agir en mauvais doublon sur les rives du Lacydon. Ambiance… Les deux ont beau jeu de jouer le ticket, le maître est bien conscient des limites de l’éternel élève.

Une synthèse entre Bayrou, Sarkozy et Royal
Guérini, quant à lui, poursuit la manoeuvre, il force l’admiration pour un homme dont on disait, sans murmure, avec force porte-voix quelque-fois, le peu de charisme et l’élocution hasardeuse. Dont on raillait aussi le manque de notoriété face au tonitruant candidat au perchoir du Sénat. Sa famille réunie sans négociations d’appareils (PS, PCF, MRC, PRG, Verts et, dit-on, Lutte Ouvrière dès le 1er tour), pour la première fois depuis Defferre, le voilà totus tuus, comme l’on dit en latin, tout à tous. Sa campagne ressemble à s’y méprendre à celle entreprise pendant la présidentielle par François Bayrou pour le projet du gouverner ensemble loin des clivages, fondée sur l’hyper activisme d’un Sarkozy et l’audace d’une Ségolène Royal pour la compréhension d’une démocratie moderne participative avec, notamment, l’usage du multimedia. Une synthèse en somme.

Le voilà débauchant quelques figures de l’UMP locale (Francois Franceschi, ophtalmologiste de renom international, gaulliste pasquïen, tête de liste dans les 6ème & 8ème arr. ou André Varèse, élu sarkosyste notoire du 1er & 7ème arr. qui sera probablement bien placé sur la liste de Patrick Mennucci, directeur de campagne de Guérini, gageons la 3ème place), mais aussi Miloud Boualem, un vrai centriste marseillais, très bayrouiste, un de ceux qui n’a jamais cédé aux louanges post-centristes de l’Hôtel de ville, avec des scores très honorables aux dernières législatives (à deux chiffres dans certains secteurs).

L’audace du choix de la 1ère adjointe : Samia Ghali
Mais l’info du soir nous pousse à renifler du côté de la ruche, QG de campagne de Guérini, Place du 4 septembre. Le choix de Samia Ghali est incroyablement audacieux. Jamais, depuis l’après-guerre, un candidat crédible à l’élection municipale, quel qu’il soit, où que se situe son positionnement partisan, n’avait osé une première adjointe à Marseille, qui plus est issue de l’immigration maghrebine. Même si l’on pourra arguer de l’opportunisme, mettre en exergue le sophisme électoraliste, force est d’admettre l’incroyable courage politique de ce choix dans une ville qui révêlait naguère un Front National à deux chiffres !

Loin des arguties sondagières, d’ailleurs très ouvertes, Jean-Noël Guérini ose, au risque de perdre, avant même l’élection, dire avec qui il gouvernera et qui sera en charge de quoi. A l’heure où nous écrivons, nous apprenons qu’une conférence de presse aura lieu samedi prochain pour présenter « son gouvernement municipal ». Là aussi, nous vivons une nouvelle période démocratique à Marseille, autant dire du jamais vu.

Dire avant l’élection ce que l’on va faire et avec qui… C’est assurément endosser les dangers de décevoir nombre de ses fidèles amis. C’est aussi jouer absolument la transparence.

Ici, dans notre très modeste rédaction, les débats furent nourris ce soir, mais tous reconnaissent la méthode enthousiasmante et heureuse. Au fond Guérini nous a poussé à sortir de notre léthargie journalistique localière, et si la vérité triomphait ? Nous ne sommes pas tous d’accord, mais nous sommes un certain nombre à dire : banco… Enfin du neuf !

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Municipales 2008 – Marseille : au Modem, Bayrou tranche pour Bennahmias contre Rocca-Serra

http://www.regionpaca.frLa décision de François Bayrou est tombée : le chef de file du MoDem pour les municipales de Marseille sera Jean-Luc Bennahmias. Ce que nous pressentions depuis quelques semaines, autant dire depuis que le député européen ex-Vert devenu Orange avait été nommé dans le staff national du leader centriste, plus précisément à la commission nationale des investitures du Modem, a été finalement préféré au président de l’UDF 13, Jacques Rocca-Serra. Après des mois de calages, de tergiversations, de luttes intestines plus ou moins fraternelles, de sondages et d’enquêtes de notoriété, les anciens de l’UDF, les nouveaux du MoDem, ont enfin une tête de liste clairement identifiée.

Pour autant, le tout jeune parti, créé en début de mois par le 3ème homme de la présidentielle, ne part pas uni à Marseille, c’est le moins que l’on puisse dire. Les réseaux travaillés depuis des années dans les arcanes de tous les pouvoirs par Jacques Rocca-Serra, l’homme de toutes les majorités (Defferre, Vigouroux, Gaudin), ne suivront pas forcément l’ancien trublion écologiste, loin s’en faut.

Plus avant, ce sont bien deux cultures et deux conceptions politiques différentes qui étaient en guerre ouverte depuis des mois. L’une, celle de Bennahmias, honnêtement autonomiste entre Gaudin et Guérini, l’autre, celle de Rocca-Serra, officiellement en selle pour soutenir J.-C. Gaudin au deuxième tour des élections municipales. Et pour cause, ce dernier est actuellement son maire-adjoint aux relations internationales, aux transports (dont la RTM) et à la Maison de l’artisanat.

Une aubaine pour Guérini !
Le choix de Bayrou est donc une aubaine pour Jean-Noël Guérini, patron du Conseil général des Bouches-du-Rhône, qui voit le parti charnière des prochaines municipales, celui qui fera sans nul doute basculer ou non la majorité, s’éloigner des urnes de Jean-Claude Gaudin. Reste à savoir désormais si le Modem, qui a fait des scores à 2 chiffres dans les arrondissements du centre de Marseille lors des dernières élections législatives, suivra Bennahmias déjà vendu par les proches de Rocca-Serra comme un parachuté si loin des préoccupations locales. Ou si, à l’inverse, les fidèles de Rocca-Serra, suivront leur réflexes conditionnés de ralliement à l’UMP au 2ème tour. Là est la clef du scrutin.

Pour l’heure, Bennahmias est très satisfait : « Je lancerai ma campagne le 15 janvier, nous avons le temps. D’ici là, nous devons installer les structures nécessaires. Tous ceux qui ont participé à la construction du MoDem sont les bienvenus, y compris Jacques Rocca-Serra…  » Déclarait-il, jeudi dernier, dans les colonnes de La Provence. Le perdant, Rocca-Serra, ne l’entend pas de cette oreille et était, naturellement, furieux en apprenant la nouvelle : « Bayrou ne m’a même pas appelé. Je suis terriblement déçu. C’est injuste car c’est nous, les UDF, qui avons bossé pour [lui] depuis des années. Je croyais que les Béarnais avaient, comme les Corses, la reconnaissance du ventre. C’est malhonnête car je suis largement en tête du sondage de notoriété. Les Marseillais ne feront pas confiance à un parachuté ». Comment pouvait-il en être autrement ? Nous sommes bien-là au coeur de la fin d’un système stygmatisé par Bayrou lui-même durant la présidentielle, le système claniste du ventre, du service rendu avec retour d’ascenseur.

Rocca-Serra, la rancoeur tenace…
Logiquement, ce choix ne manque pas d’irriter l’Hôtel de Ville, qui doit singulièrement changer sa stratégie même si Jean-Claude Gaudin prétend toujours ne pas être en campagne. Le quarteron de fidèles UDF au maire sortant ont réagi d’une seule voix, comme Yves Moraine (Conseiller municipal UDF) : » Trahison ! » ou Maurice Di Nocera (par ailleurs candidat à son renouvellement de Conseiller général UDF) : « deux listes de gauche vont s’affronter, celle de Guérini et de Bennhamias! » Si, au niveau national, les choses deviennent limpides, les baronnies locales craignent de perdre le peu de pouvoir qui leur reste. Le Béarnais avait prévenu, il prendrait tous les risques pour imposer son « autre » vision de la politique. Force est de constater que c’est chose faite à Marseille.

La rancoeur tenace, Rocca-Serra qui avait pourtant prétendu être fermement favorable à des listes autonomes dès le 1er tour semble déjà changer son fusil d’épaule et déclarait vendredi dernier : « Nous allons réfléchir. Soit on participe aux listes MoDem, soit on constitue nos listes centristes, soit nous faisons alliance dès le 1er tour (avec l’équipe Gaudin). Mais nous ne quitterons pas le MoDem car la ligne d’indépendance nous plaît ». Comprenne qui pourra, l’art du sophisme est très compliqué dans cette configuration et semble avoir été réglé par un Bayrou lucide. La fin du grand écart…

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