Crise financière mondiale : Sarkozy veut sanctionner les coupables d’un capitalisme moribond

Un peu comme le nuage nucléaire de Tchernobyl qui avait miraculeusement freiné sa course sur les sommets alpins helvétiques, aux frontières françaises, la sévère crise financière que traverse les Etats-Unis, à l’ère du village planétaire, n’aura donc pas évité l’Europe ni l’exception française. Les mots rassurants de nos dirigeants ont fait long feu et le système bancaire mondial est en train d’exploser sous nos yeux de citoyens inquiets.

C’est Ronald Reagan qui doit aujourd’hui se retourner dans sa tombe, lui pour qui “ l’Etat n’est pas une solution mais un problème ”. Nationalisation, plan de sauvetage et interventions massives des pouvoirs publics ont ponctué l’actualité de la semaine aux Etats-Unis. Jamais pareille intervention d’Etat n’avait été mise en place pour venir au secours des marchés financiers, pas même dans les années 30 avec le « New deal », le plan de relance de Roosevelt qui devait lutter contre la grave dépression économique que traversait le monde. Là déjà, l’Etat devait soutenir les couches les plus pauvres de la population, réformer les marchés financiers et redynamiser une économie américaine meurtrie depuis le krach de 1929 par le chômage et les faillites en chaîne.

L’ampleur de cette crise a fait ressurgir des mécanismes de défense et un protectionnisme que l’on croyait morts aux pays de l’ultra-libéralisme. Les faits sont pourtant là. L’Etat américain et la banque centrale sont sortis de leur rôle d’observateur souvent, de régulateur quelque fois, pour une intervention musclée de sauvetage des marchés. Au-delà de cette remise en cause du rôle de l’Etat, c’est le refus d’une hémorragie planétaire qui apparaît. Il n’est point question ici de philanthropie, le risque de contamination est réel. Dans quelle mesure cette crise va donc affecter la santé du monde économique et quelles seront les réponses apportées par les exécutifs français et européens ?

Interventionnisme à la sauce américaine
Si les banquiers ne se défenestrent plus, comme en 1929, l’interconnexion entre les places boursières, l’accélération du rythme de circulation des liquidités et des dettes, l’indépendance acharnée des banques centrales, les croisements capitalistiques des grandes banques et compagnies d’assurance, font que la crise financière que nous traversons ressemble à une politique de dominos. Il suffit que le premier tombe du mauvais côté pour qu’une néfaste réaction en chaîne s’opère.

En injectant massivement des liquidités sur les marchés financiers, le gouvernement américain va certes sauver quelques établissements bancaires et d’assurance sur le chemin de la banqueroute et éviter un scénario catastrophe, du moins pour un temps. L’Etat, serait-il de retour ? Explication d’un interventionnisme à la sauce américaine où l’idéologie se place entre parenthèses, le temps d’une crise.

Au mois de mars, les autorités américaines procédaient au sauvetage de la Banque Bears Stears, touchée de plein fouet par la crise des subprimes. Ce fut ensuite au tour de deux géants du refinancement hypothécaire, Fannie Mae et Freddie Mac, d’être nationalisés. Le contribuable américain au secours de la finance privée en somme. Au pays du libéralisme économique, cet interventionnisme fédéral peut surprendre.

Pourtant, le poids de l’Etat n’a pas cessé d’augmenter aux Etats-Unis. Jacques Généreux, Professeur à Sc-Po Paris confirme son influence dans une interview à Libération (22/09/2008) : “ Ce n’est plus un Etat-providence qui redistribue, c’est un Etat-privatisé au service des marchés, des profits. Il n’a cessé de donner plus de liberté à la finance, aux entreprises. Quand celle-ci débouche sur la crise, il doit intervenir en urgence ”. L’Etat américain n’est donc pas si effacé. En prônant la dérégulation des marchés, il s’est rendu responsable de ces débordements. Ce n’est malheureusement qu’en cas de coup dur, c’est à dire trop tard, qu’il intervient pour rassurer les acteurs économiques et leur redonner confiance. Ce faisant, il assure son rôle de gendarme économique, disons de pompier-pyromane.

Pourtant, en laissant sombrer dans la faillite, mercredi 24 septembre, la 5ème banque d’affaire du pays, Lehman Brothers, il veut donner l’exemple. Pas question de voler au secours de tous les spéculateurs surtout sans connaître l’ampleur de la contagion. Car la Maison Blanche navigue à vue et évalue les risques au cas par cas, heure après heure. Plus chanceux, l’assureur AIG , sera nationalisé pour 85 milliards de dollars (soit près de 80% de son capital), après un sauvetage manqué de la Réserve Fédérale Américaine (FED). Avec 4 millions de clients dans le monde et 116 000 employés dans 130 pays, AIG a atteint le seuil du “ Too big to fail ”, trop gros pour tomber. Politiquement suicidaire aussi.

Devant l’absence de mobilisation du secteur bancaire, le Trésor a dû une nouvelle fois mettre la main à la poche. Georges Bush mise le tout pour le tout en lançant banco 700 milliards sur le tapis. Retenant la leçon, le Congrès exige légitimement plus de contrôles et refuse l’abandon de millions de ménages endettés. Il a obtenu gain de cause aujourd’hui même.

Reste que cet interventionnisme met en évidence l’absence de règlements internationaux en matière de régulation. Cette douloureuse semaine ne montre pas un changement de cap idéologique mais souligne avec acuité les lacunes du système. Le plan de sauvetage annoncé n’a pas pour objectif d’assainir les marchés mais de colmater les brèches d’un tsunami économique et humain. Le risque est désormais planétaire, comment imaginer qu’à l’heure de la mondialisation, l’Europe et la France pourrait être épargnées ?

Comme pour Tchernobyl, la France épargnée ?
En France, les experts économiques et les observateurs commencent à décortiquer l’onde de choc probable dans l’hexagone. Quelles seront les répercussions sur notre système bancaire, notre épargne, nos investissements ? Christine Largarde, Ministre de l’économie et des finances, se veut rassurante mais prévoit que “ le coût du crédit va augmenter dans les semaines à venir ”. La récession est déjà aux portes de la zone euro.

Bien sûr, le réseau bancaire français, beaucoup plus diversifié qu’au pays de l’oncle Sam, s’appuie sur de nombreuses succursales et dispose de réserves obligatoires bien plus conséquentes. Ces banques de dépôts ont de vraies recettes contrairement aux banques d’investissement exclusivement spéculatives. Notre marché est plus réglementé. Seules les banques françaises ayant investit sur le marché américain seront donc touchées, comme pour BNP Paribas, la Société Générale ou encore l’assureur AXA. Le risque le plus aigü de notre système national est la crise de confiance qui sévit désormais entre banques. Car c’est là que le bât blesse… Les plus gros emprunteurs des banques, sont des banques !

Fermer le robinet du crédit, c’est moins d’investissement productif pour les entreprises et de fait, moins d’emploi. Les PME notent déjà un resserrement des conditions d’obtention d’un prêt et craignent pour leur compétitivité. Le “ credit crunch ”, phénomène qui conduit les banques à rationner quantitativement leur offre de crédit risque d’aggraver les effets de cette récession. Dans ce climat de rigueur, les entrepreneurs plus frileux rechignent à la dépense. La France se prépare donc, elle aussi, à des jours difficiles.

Plus encore, face à ses conditions défavorables, on peut se demander si la Banque Centrale Européenne (BCE) n’aurait pas tout intérêt à agir sur ce levier de croissance car les entreprises ne seront pas les seules victimes. 80 % des français se disent inquiets sur les conséquences de la crise financière. Moins de crédit, c’est aussi moins de consommation pour les ménages et la marginalisation de l’accès à la propriété. On peut donc légitimement craindre des réactions en cascade sur l’emploi, l’immobilier, la consommation. En bref, tout ce qui fait la croissance d’un pays.

Sarkozy à la rescousse
Au début de son quinquennat, Nicolas Sarkozy a voulu réaffirmer son attachement à l’économie de marché en réduisant les interventions de l’Etat. Mais il n’avait pas prévu le retournement de la conjoncture mondiale dès l’été 2007. Son projet bâti sur le principe d’une croissance forte (prévue à 2,5%) est compromis. Dans ce contexte international défavorable, la croissance peinera à atteindre les 1%. Ses promesses ne pourront plus s’appuyer sur du sonnant et du trébuchant. Chaque réforme devra, par conséquent, trouver un financement autonome, c’est à dire une taxe ou un impôt supplémentaire, grevant un peu plus le contribuable asphyxié et une croissance fantomatique. La marge de manœuvre de la « rupture » sarkosyste est devenue quasi nulle.

Son allocution, mardi 16 septembre à la tribune de l’ONU replaçait la morale au cœur des marchés financiers. Plus question d’allouer des sommes folles au secteur bancaire pour échapper aux conséquences de leurs turpitudes. Sarkozy veut clairement identifier des coupables et réclame des têtes. Mais lesquelles ? En réalité cette crise n’est que le résultat d’une chaîne de responsabilités. Tout le monde est coupable et, au premier rang, un système qui meurt de son excès de liberté sans contrôles. Il ne suffit donc plus de montrer du doigt les spéculateurs. Au final, personne n’a réellement enfreint les règles puisque que ce qui est précisément dénoncé est l’absence de règlementation unanimement acceptée par les acteurs économiques et financiers.

Le surlendemain, à Toulon, il réitérait en se posant en chantre de la régulation, en “ gendarme ” du système devant un parterre de 4000 militants UMP triés sur le volet. S’adressait-il à la nation via les militants de son parti politique ? En président de la République ou en chef de clan partisan ? Étrange…

Là, comme à l’accoutumée, il ne tergiverse pas et pointe la gravité de la crise, “ on est passé à deux doigts de la catastrophe ” avoue-t-il. Tantôt rassurant, garantissant que les épargnants ne perdraient pas un euro, tantôt sévère face aux parachutes dorés des dirigeants d’entreprises déresponsabilisés. Pourtant, même s’il annonce gravement une dégradation de la croissance, du chômage et du pouvoir d’achat, sa politique n’est en aucun remise en cause. Pas d’austérité donc… Du moins pour l’instant.

Or, si l’on se penche sur le Budget 2009, il apparaît clairement un gouffre de la parole de naguère aux faits d’aujourd’hui : la loi de finances présentée vendredi matin à la représentation nationale prévoit une croissance à 1% au mieux (certains spécialistes n’osent y croire et l’estiment à 0,5%), une hausse du déficit qui flirte avec la limite des 3% et une nette aggravation de la dette publique.

Le ciel est noir. Il l’est d’autant plus qu’à ce chiffrage officiel s’ajoute les résultats catastrophiques du chômage en août. Et, comme le pointe François Bayrou, le « picador » de l’exécutif, « 40 000 chômeurs supplémentaires, c’est-à-dire le plus mauvais chiffre qui ait jamais été réalisé en France depuis 1993, ça c’était pas la crise qui vient d’éclater au mois de septembre, c’était avant ». Pourquoi? « parce que les choix économiques du gouvernement ont été des mauvais choix et nous les payons. »

Si la critique est d’abord politique, Il est grand temps de moraliser un système macro-économique qui se meurt de ses propres excès en ruinant des millions d’être humains, coupables d’avoir fait confiance à des banquiers irresponsables. N’était-ce pas l’une des missions du Fonds monétaire international ?

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