La Suisse, l’autre pays du fromage, cultive le houblon, la délation du voisinage, le secret bancaire, mais ne transige pas sur la démocratie directe. Le référendum populaire du dimanche 30 novembre 2009, mené sous l’impulsion du parti populiste UDC, a abouti sur un vote à plus de 57% favorable à l’interdiction de la construction de minarets, autant dire de Mosquées (sur les 26 cantons de la Confédération helvétique, seuls quatre cantons : Bâle-ville et les cantons francophones de Genève, Vaud et Neuchâtel, ont rejeté la proposition).
Ce résultat, qui embarrasse aujourd’hui les plus hautes autorités helvétiques, dont la campagne est largement perçu comme un «manifeste islamophobe» par la presse et les politiques du monde entier, semble avoir donné des ailes aux représentants européens d’une droite sans complexes, dont la nôtre, dans sa version franchouillarde. Mariani en a fait son beurre, l’histoire réchauffe les pâtes cuites… De là à les fondre?
Après le rétro pédalage de Xavier Bertrand, suite à des propos tenus sur LCI mettant en cause l’utilité des minarets en France, le député Thierry MARIANI, s’empare de l’aubaine et déclare sur son site Facebook qu’«un minaret ne fait pas partie du paysage provençal classique. Une mosquée, ça n’attire pas des touristes en Provence ». *
Naguère, il disait à qui voulait l’entendre qu’il “était diplômé de l’ENA” (mensonge). Et puis l’ENA n’est plus trop sarko-compatible. Charmeur, le Casanova préfère quand même une compagnie virile mais reste ferme dans ses convictions catholiques (sans être un aficionado de l’encens ecclésial). Il a compris, avec Jacques Chirac, que plus on donne de la voix, plus on se rassure, un vertige…
Une phrase, pas vraiment anodine dans le contexte des élections régionales, qui va receler, nul doute, son pesant de racisme ordinaire, alimenté par des calculs politiciens qui vont renarder le mufle cocardier, façon bidochon à la sauce provençale. D’autant que sur ce terrain, d’autres candidats comptent bien jouer leur expertes partitions, à la note près : J.-M. le Pen (FN) et Jacques Bompard (Ligue du Sud, maire d’Orange), entre autres.
Ce dernier ayant officiellement saisi le maire de Marseille pour faire interdire un concert à l’Espace Julien, le 12 décembre prochain, au prétexte que “les rappeurs de Maghreb United comptent dans leur «répertoire» des titres qui appellent clairement à la haine de la France et des Français, au mépris de la femme, mais également de nombreuses incitations à la violence contre les personnes et notamment la police.”
Pourtant, s’il n’est pas chapeauté d’ardoise, de chaumes ou de tuiles d’argiles moulées sur la cuisse, le minaret reste un relief rare en Suisse (4 seulement) comme en France, qui n’en compte que 10, purement architectural du reste puisqu’il n’y a pas de Muezzin (le chargé de lancer l’appel à la prière). Les cloches de la Bonne Mère, comme celles de toutes nos paroisses continueront de sonner naturellement. Amen !
Être français, à n’importe quel prix, laminant l’histoire
Peut-être que Thierry Mariani, fils du maçon italien, Giovanni Mariani, oublie les 200 000 musulmans vivant à Marseille. Peut-être oublie-t-il aussi, par excès de zèle, à la manière des fumeurs qui décrochent, les souvenirs de son propre père et l’existence du quartier de la Belle de mai où dès 1816 et, bien sûr, après 1876, l’immigration italienne se sentait chez elle, avec ses fêtes et ses violences régionalistes. Pourquoi avait-il honte, déjà, de sa propre histoire et des mains calleuses de son père, éternellement souriant ?
Ces musulmans d’aujourd’hui ne sont certes pas des touristes, quoi que leurs familles peuvent l’être. L’édile de la seconde ville de France en revanche, son très catholique “ami” Jean-Claude Gaudin n’entend résolument pas le même son de cloche. Lui qui porte la construction de la grande Mosquée phocéenne comme un étendard. Certes récent mais conscient que 20% des 4 millions de musulmans français vivent en Provence. Lucide patriarche…
Il est vrai aussi que la tête de liste UMP Mariani connaît bien moins le Vieux Port que les palais ministériels et parlementaires parisiens et qu’on le voyait peu à l’ombre de la Tour Ripert de Valréas, la capitale de l’Enclave des Papes (Vaucluse) du temps où il en était maire. Au point où il en a été défait aux dernières municipales (sa candidate, Colette Jacquier, ayant récolté moins de 21% des voix au second tour au profit de Guy Morin, un centriste démocrate chrétien local, sans étiquette avec une liste société civile).
Mais, pour le député Thierry Mariani, fils d’immigré, c’est encore trop d’ombre. Le ton de la campagne est donné. Pas de surprise, n’a-t-il pas été choisi par l’Elysée pour jouer en attaquant dans l’équipe du débat sur l’identité française en région Paca ? Après l’école militaire d’Aix, puis celle du RPR avec pour maître Charles Pasqua, ça vous forge un homme, rompu à l’exercice de l’équilibre impossible. Le vertige…
“
Choisie en 2001 par l’équipe Gaudin pour redonner un coup de jeune à la droite marseillaise, Valérie Boyer, ancien cadre hospitalier, a su profiter de cette belle opportunité pour devenir un personnage politique qui compte.
Internet, internet, internet ! L’Elysée mise tout, désormais, sur sa communication via le web. D’abord en annonçant l’ouverture, à l’occasion du sommet climat de Copenhague prévu en décembre, d’un compte sur le site de socialisation en direct Twitter où sera détaillée “la démarche” du président Nicolas Sarkozy durant cette négociation, en direct. Ensuite par le lancement du blog de la première dame, Carla Bruni-Sarkozy. Enfin, par toute une stratégie de communication thématique sur Facebook nonobstant des exclusivités en “off” sur ledit site.
Côté Face : le chef de l’Etat se rend aujourd’hui en Avignon pour présenter son plan “Agir pour la jeunesse” et rencontrer les étudiants de l’IUT et de l’École hôtelière.
Décidément rien n’arrête Maryse Joissains. Après avoir re-gagné in extremis la mairie d’Aix-en-Provence cet été, lorgné sur la candidature UMP aux prochaines régionales, voilà qu’elle emporte une belle victoire médiatique à la barbe de son “ami” Jean-Claude Gaudin : une photo avec Zinedine Zidane !
Vendredi 13 novembre, 2009
Marseille : la meilleure réponse au débat sur l’identité nationale du président Sarkozy ?
Mais à Marseille comme ailleurs, l’aïoli ministériel ne prend pas. Pourquoi? De deux choses l’une.
Soit la ficelle politique élyséenne est trop grosse, et elle l’est assurément, à la veille des élections régionales. Et l’on tombe dans le panneau. Ce n’est pourtant pas la première fois, du reste, que l’exécutif la brandi. Elle sent d’ailleurs un peu l’usure, voire le souffre, même bien huilée. Avec peu de buzz sur la toile, entre-nous soit-dit. Échec , pour l’heure…
Soit elle a un semblant d’honnêteté, comme le Président Sarkozy s’est attaché à le démontrer hier dans la Drôme. et son “je souhaite un débat nécessaire mais pas de Burka ! ” est nul et non avenu. Pourquoi? D’abord parce qu’il impose une limite, donne les réponses avant les questions et mesure le champ de et par lui même.
Si son désir est de définir la notion du français moderne que nous sommes, tel qu’il nous rassemble, est légitime, voire salutaire, alors pourquoi le diriger à priori ? Cela dit il impose la limite : la Burka (là où on le rejoint bien volontiers).
Mais il souhaite un dialogue national non ? Ce faisant, il fait ouvrir un site Internet dans lequel, tous les commentaires qui ne sont pas Sarko-compatibles sont systématiquement modérés… Ledit débat est très mal parti ! On pressent-là un exercice de communication purement électoraliste.
Plus encore, le Président postule que l’identité nait de la différence. Bon, peut-être, à voir, assurément, qui sait ? Les Marseillais, qui vivent l’altérité des origines au quotidien, plus fort ici qu’ailleurs, seraient plus que quiconque légitimement fondés à ne pas laisser aux seules élites parisiennes le soin de se demander ce que c’est que d’être français aujourd’hui. Peut-être se sentent-ils plus Marseillais que Français ? Un vrai sujet…
Pour autant, les questions identitaires liées à l’enracinement de la population locale à son territoire national, régional ou communal, demeurent plus que jamais d’actualité. [Pourtant, et il convient de le dire, 10 à 15 000 supporters de l'équipe nationale algérienne de football, très majoritairement français, présents sur le Vieux port de Marseille, le 18 novembre dernier, en témoigne, avec les excès que cela génère quasi systématiquement désormais : 15 gardes à vue, des vitrines brisées rue de la République (slurp..) , des bateaux brûlés, de nombreuses interventions de pompiers... Alors qu'en revanche la victoire de l'équipe de France, certes douteuse, le même soir à 3 heures près, n'a vu personne ou presque aux abords du Lacydon. Très questionnant... Le défilé des voitures aux couleurs algériennes, drapeaux brandits avec fierté pose certainement questions : l'appartenance identitaire, a ce moment-là était nettement outre-méditerranéen, là où, pour la plupart de ces gamins, ils n'avaient jamais mis les pieds...]
La construction de la grande mosquée de Marseille est, peut-être, qui sait ? Un élément de réponse sage. Ne pas avoir peur. Mais être naturellement fier d’être français. Voire heureux de vivre ensemble, d’où que l’on vienne, qui que l’on soit. Républicain en somme…
La République française proposait avec fierté au monde la conjonction du Jus soli et du Jus sanguinis, autrement dit le droit du sol et du sang. Se fondant sur la force de ses valeurs universalistes : tout être humain peut devenir français s’il adhère aux dites valeurs. C’est là que bât blesse. Les valeurs… Quelles étaient -elles ? l’égalité, la probité et la justice. Plus tard, l’égalité, la fraternité, et la valeur universelle, la liberté.
Le débat sarkozyste semble pipé : ce n’est pas sur l’identité nationale que le débat devrait être engagé mais sur les valeurs républicaines non négociables : comment vit-on ensemble ? La nation en somme…. Autrement dit, pas ciblé sur l’individu, mais sur la volonté du citoyen d’adhérer à ces valeurs pour faire partie du projet républicain, être un membre de l’unité nationale.
L’enjeu n’est pas le débat présidentiel mais comme l’a toujours fait la « Laïque éducative » de se ragaillardir, tout comme, du reste, l’enseignement « libre et privé ». Peut-être serait-il plus efficient de moins se préoccuper de ses seuls avantages dans un syndicalisme si puissant qu’il devient résistant à toute réforme.
Certes, c’est de moins en moins vrai. Certes, être en face-à-face avec 30 voire 35 élèves très informés, de plus en plus autonomes, n’est pas chose facile. C’est un vrai défi, incroyablement difficile même. Mais si nos élèves, les enfants de la France d’aujourd’hui, n’entendent pas, et c’est trop souvent le cas, les fondements de nos règles de vie, républicains, alors point de salut ! Si débat il doit y avoir, si révolution doit s’opérer, il est là… Et il s’appelle Education !
Poser les fondements du débat sur la Burka, aussi détestable soit-elle, c’est déjà répondre à la question et, de fait, démontrer que le débat n’est pas ouvert, ni objectif.
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